22 octobre, 2014
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Procès Cheikh Yérim Seck-Ndèye Aïssata Tall : ces révélations qui gênent

Procès Cheikh Yérim Seck-Ndèye Aïssata Tall : ces révélations qui gênent

Poursuivi pour viol sur la fille du magistrat Boubou Diouf Tall, Cheikh Yérim Seck risque de passer les trois prochaines années de sa vie en prison.
Ndèye Aïssata Tall a débattu avec toute la pertinence et l’éloquence qui a fait d’elle la perle brillante de l’émission « Débattons » de l’année 2012, Aïssata a scintillé de milles feux devant la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar. Alors que certaines de ses avocats soutenaient, la veille, qu’elle ne pourrait pas comparaitre, son apparition a provoqué une surprise générale dans la salle. La scène, digne de celle que l’on voit dans les films télévisés, a provoqué la stupéfaction générale.

A 11h 20 minutes, le tribunal venait juste de s’installer lorsqu’elle a franchi, en compagnie d’un de ses avocats, Me Moustapha Diop, la petite porte réservée aux avocats, juristes internes, clercs et journaliste. Dans la moiteur et la chaleur suffocante de la salle, la vue du visage angélique de Aïssata a eu l’effet d’un électrochoc. Et des voix ses sont levées avec étonnement : « Mais elle est venue ! », « Est-ce que c’est bien la fille ? ». D’autres qui, lors de la première audience, avaient crayonné les traits de la fille dans leur mémoire confirment : « Oui, c’est la fille avec le spencer bleu ». Le temps d’un battement d’ailes, cette belle surprise de l’avocat qui a gardé sa cliente dans son cabinet, loin des regards indiscrets, a laissé place à cette vilaine curiosité qui se lisait sur ces milliers de paires d’yeux qui, se braquant sur la supposée victime de Cheikh Yérim Seck, l’ont mitraillée comme une star hollywoodienne sur le tapi rouge. Aïssata, froide face à une foule qui la dévorait des yeux, s’est placée près de Yérim Seck qu’elle accuse de viol. Moulé dans un jean bleu délavé, assorti d’un spencer bleu électrique reposant sur un top (haut) gris cendre, elle laisse son « ami » rouvrir la porte de la chambre 09 de l’hôtel « Madamel ». Avec sérénité et assurance, elle lui donne aussi le privilège de franchir, en premier, la porte de cette chambre 09 où s’est déroulée leur scène érotique. Remontant le temps, ils se souviennent de ces moments, début de cette salace histoire de viol qui fait du Directeur de la publication du site « Dakaractu », un pensionnaire de la chambre 43 de la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Rebeuss, où il séjourne depuis le 10 septembre 2012.

« Elle ne s’attendait pas à ce que je la pénètre. Près de 15 minutes après la pénétration, elle a crié »



Un retour dans le passé que le magistrat Boubou Diouf Tall, papa de la demoiselle, a préféré rater. Arrivé depuis le matin, il a quitté la salle d’audience vers 10h19mn. Devant la mère d’Aïssata, ses sœurs, amies et proches, Cheikh Yérim Seck jurera n’avoir jamais violé la fille qui, sans sourciller, la tête penchée vers la droite l’écoute répéter : « Je n’ai senti aucune résistance de sa part. Si elle n’était pas consentante, elle n’allait pas se déshabiller ». Sans la plus petite perturbation, Cheikh Yérim, usant de ses techniques de communication, gesticule avec les mains en fixant le président de séance de ses yeux engorgés de sang. Avec tact, il pose ses arguments de défense. Parlant des frottements qu’il a eu à faire sur la fille, après une étape préliminaire de doux et langoureux « baisers et caresses », Cheikh Yérim confie n’avoir pas eu besoin de demander à la fille l’autorisation de la pénétrer, car : « la pénétration était suite logique aux caresses ». Mais il reconnait lui avoir dit : « J’ai envie de toi ». Si la fille a parlé de viol, c’est parce qu’« après elle en a parlé à sa sœur, elle a été entrainé sur un angle dans lequel elle ne pouvait plus sortir. Quant aux cris de la fille : « Après dix minutes de frottement, elle ne s’attendait pas à ce que je la pénètre. Elle s’est affolée après la pénétration ».



« C’est faux de penser que je ne suis pas désolé. Toute cette affaire me désole »

A l’avocat qui l’accuse de ne ressentir aucune désolation, le journaliste réplique : « Les dégâts, tout le monde les a subis. C’est faux de penser que je ne suis pas désolé. Toute cette affaire me désole. Ce que je ne peux accepter, c’est d’avoir violé ». Alors que Cheikh Yérim avait replongé dans cette fameuse journée du 08 septembre 2012, Ndèye Aïssata l’y rejoint de sa douce voix mielleuse. De cette voix, pleine d’assurance, aux intonations nettes et captivantes, elle reconnait s’être « embrassé, caressée » mais n’a jamais voulu être « pénétrée ». Imperturbable, tenant tête aux avocats de la défense, elle ne s’est pas laissée distraire ni dérouter de ce chemin vers « sa délivrance » qu’elle s’est tracé. Alors que Yérim Seck dit que c’est « près de 15 minutes après la pénétration que la fille a crié, Aïssata dit non. « Quand j’ai senti qu’il allait ma pénétrer, j’ai crié. Et quand j’ai senti qu’il m’avait pénétrée, j’ai de nouveau crié. Ce sont deux cri successifs ». Mais les témoins de l’hôtel disent n’avoir entendu qu’un seul cri.

« Je ne pensait pas qu’il allait me pénétrer, car je me disait que je parlais à un homme responsable »



Dans ce cocktail de mots et de déclarations aussi contradictoires les unes des autres, le débat n’était que riche. Avec un Cheikh Yérim aux yeux enfoncés dans l’orbite, les traits tirés par la fatigue où se reflète déjà les rigueurs du milieu carcéral et une Aïssata à la mine sévère et glacée, le procès au goût sucré-salé, à l’image d’un arc-en-ciel, changeait constamment de couleur. Cheikh Yérim se défendant comme un diable, Aïssata toutes griffes dehors, les juges ont, petit à petit, élagué cette affaire pour trouver la vérité.

Pour le président de séance, Adiyatou Kâ : « Même un enfant de 5 ans, si elle ne veut pas qu’on lui ôte ses habits, elle émet une résistance ». A la fille de répondre : « Je l’ai repoussé. Quand je lui ai dit que je n’étais pas là pour le sexe, il continuait à sourire et je ne pensais pas qu’il allait me pénétrer, car je me disais que je parlais à un homme responsable. Les choses se sont passées en un laps de temps. Quand il s’est mis à se déshabiller, j’ai sauté sur mes habits pour me rhabiller. Mais, sans que je ne m’en aperçoive, il a porté son préservatif, m’a tirée sur le lit avant de mettre tout son corps sur moi en me maintenant avec ses deux bras ». Mais Aïssata ne l’a ni griffé ni mordu. Elle n’a pas essayé de fuir non plus. Même avec une porte qui n’était pas fermé à clé.



Cheikh Yérim et la fille d’un Président africain qu’il aurait violé

Cheikh Yérim qui dit avoir voulu bâtir une « histoire d’amour avec la fille » répond à la question de Me Abdourahman So dit Lénine : « Naturellement, j’ai fait des va-et-vient, mais je n’ai pas éjaculé… ». A Lénine de répliquer : « Quand vous faites l’amour, d’après vous, c’est pour avoir des enfants ou pour avoir du plaisir. Donc vous ne pouvez pas dire que vous n’avez pas éjaculé. Vous êtes obligé d’éjaculer ». Mais Yérim qui sait toujours rebondir aux coups maintient sa thèse. Et si la petite étudiante de 20 ans dit s’être enfermée dans les toilettes après avoir été déflorée, Yérim contre-attaque : « Elle ne s’est jamais enfermée, je l’ai vue se faire un tampon avec les mouchoirs de toilettes ». Mais face à la question d’un des avocats de la défense ? Me Samba Ametty, les avocats de Cheikh Yérim, comme s’ils étaient aux Etats-Unis, sursautent en criant : « Objection ! ». La question était mortelle. Elle demandait : « Est-ce que dans le passé, en Guinée, on ne vous avait pas poursuivi pour des faits de viol sur la fille d’un Président ». Vrai ou faux ? La vérité n’est jamais sortie de la bouche de Yérim Seck. Dans ce combat où tous les coups sont permis, les témoins qui ont entendu la fille crier ont défilé à la barre. Pour certains, le cri était « fort, un cri d’alerte ». Pour d’autres : « On ne peut pas définir le cri ». Selon Souleymane Astou Diagne, par qui le numéro de la fille a transité vers Cheikh Yérim : « La fille est venue vers moi en me disant qu’elle voulait rencontrer Cheikh Yérim Seck ».

L’Observateur