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Le procès de «Jawad-le-logeur» débute ce mercredi à Bobigny

Jawad Bendaoud, personnage cathartique des attentats de novembre 2015, comparaît mercredi pour « recel de malfaiteurs terroristes » devant le tribunal de Bobigny. Appréhendé lors de l’assaut contre son appartement de Saint-Denis où s’étaient réfugiés les jihadistes, il a été tourné en ridicule dans tout le pays et risque 6 ans de prison supplémentaires.

« On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, monsieur ! On m’a demandé d’héberger deux personnes pendant trois jours et j’ai rendu service normalement. Je sais pas d’où ils viennent, on n’est au courant de rien, monsieur ! Vous croyez que si je savais, je les aurais hébergés ? ». En ce mercredi 18 novembre 2015, une France encore tétanisée par les attentats de Paris, esquisse un sourire. Cela ne lui était pas arrivé depuis cinq jours.

Alors que les policiers du Raid ont déjà donné l’assaut dans le fameux appartement conspiratif de la rue du Corbillon à Saint-Denis où se sont réfugiés deux des perpétrateurs des attentats, apparaît devant la caméra de BFM TV un lascar de type méditerranéen, vêtu d’un blouson en cuir et d’un pull noir, cheveux gominés tirés en arrière, barbe finement taillée et surtout des yeux ahuris que l’on remarque tout de suite malgré les reflets dans les lunettes de vue à grosses montures noires qu’il porte sur le nez.

Il est tôt, BFM TV tient un « scoop » et l’image de celui qui deviendra bientôt « Jawad-le-logeur » va tourner en boucle pendant des heures, suscitant d’abord de l’étonnement, sentiment rapidement suivi de rires ou même de fous-rires chez la plupart des Français qui la découvrent au fur et à mesure que la journée avance, une réaction cathartique tellement compréhensible compte tenu du contexte dramatique de la période post-attentats de Paris et du Stade de France en ce sombre mois de novembre 2015.

Dans les heures et les jours qui vont suivre, la vidéo et les photos de « Jawad-le-logeur », de son vrai nom Jawad Bendaoud, va faire le tour des télés et des réseaux sociaux, donnant lieu à de multiples parodies déclinées à l’infini. « Jawad, c’est celui dont on a ri après avoir trop pleuré », a parfaitement résumé Me Xavier Nogueras, l’un des avocats de celui qui comparaît ce mercredi devant la 16e chambre correctionnelle de Paris à Bobigny pour « recel de terroristes ».

Un lourd passif

Jawad Bendaoud a été la risée des réseaux sociaux.Capture d’écran Google

Car après ces trois petites minutes de gloire médiatique, tout est parti en vrille pour Jawad, dès l’instant où un policier l’a interpellé et lui a passé les menottes sous les yeux ébahis des reporters de BFM TV et de la journaliste de l’Agence France-Presse, Sarah Brethes, qui décrivait la scène dans un édifiant making-of publié en novembre dernier et fort justement intitulé « Le Rire après l’effroi ». Suspecté de complicité avec les auteurs des attentats qu’il a hébergés, selon lui, sans connaître leurs intentions terroristes, Jawad Bendaoud va passer six jours en garde à vue, soit la durée maximum prévue dans les affaires de terrorisme. Il sera ensuite mis en examen le 24 novembre pour « association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteinte aux personnes ».

Dans l’intervalle, le « pedigree » de l’intéressé est remonté à la surface et a fini de le discréditer. Ce brave trentenaire « prêt à rendre service » avait déjà été condamné à huit ans de prison en novembre 2008 pour le meurtre d’un jeune lors d’une bagarre à propos d’un vol de téléphone portable et plusieurs autres fois encore pour faux, violence avec arme, détention de stupéfiants et transports d’armes. L’enquête révélera que Jawad Bendaoud avait été contacté par Mohamed Soumah, un jeune du quartier, surnommé Mouss qu’il a connu en prison, pour prêter son appartement de la rue du Corbillon pour une durée de deux ou trois jours, à la demande d’Hasna Aït Boulahcen, cousine d’Abdelhamid Abaaoud, le chef présumé du commando terroriste responsable des attentats.

L’enquête révélera aussi qu’Abaaoud et son complice Chakib Akrouh, tous les deux morts de même qu’Hasna Aït Boulahcen dans l’assaut du Raid, projetaient de commettre un attentat-suicide à l’explosif dans le quartier de La Défense, projet dont l’exécution était imminente. L’enquête révélera enfin que Jawad-le-logeur était en réalité un revendeur de drogue doublé d’un escroc qui louait l’appartement en question – en réalité un squat dont il avait expulsé les occupants par la force – pour le compte de marchands de sommeil. Cette accumulation de charges ne présageait évidemment rien de bon pour Jawad, mais les épisodes qui suivirent allaient finir de démontrer que l’individu souffrait parfois, disons, de quelques déficiences dans sa façon d’appréhender son sort et la réalité. Le 16 septembre 2016, on apprenait qu’il avait tenté de mettre le feu à sa cellule de la maison d’arrêt de Villepinte où il était placé en isolement car il voulait être placé dans une autre aile de la prison.

«C’est moi la victime !»

Fou de rage lors de son procès à Bobigny, le 26 janvier 2017.Benoit PEYRUCQ / AFP

Quand il réapparaît dans la lumière médiatique au tribunal de Bobigny le 26 janvier 2017, Jawad est presque méconnaissable avec ses cheveux longs et une surcharge pondérale évaluée à 20 kilos. Il n’est pas encore jugé pour fait de terrorisme mais pour trafic de cocaïne par la justice qui l’a pris au mot quand il s’est présenté lors des interrogatoires comme « un simple dealer ». Cette première audience va être aussi courte que spectaculaire. Vitupérant et insultant les policiers qui le maîtrisent, Jawad est fou de rage quand il arrive en salle d’audience. « Bande de salopes, fils de p…,  je suis pas un ‘terro’ ! Ils m’ont mis des coups de matraque ! » Et comme ses avocats ne parviennent pas à le calmer, la présidente du tribunal demande qu’il soit reconduit illico au dépôt. Jawad regagne sa cellule de Villepinte avec en prime une peine de huit mois de prison fermes.

Quatre mois plus tard, il repasse par la case tribunal dans de meilleures dispositions, mais en ressort avec six mois de prison supplémentaires pour l’incendie de cellule évoqué plus haut et pour avoir menacé des gardiens. Début juin, il obtient du même tribunal que son cas soit disjoint du dossier des attentats, une petite victoire pour ses avocats qui ont plaidé son ignorance des projets terroristes de ses locataires. Mais comme c’est plus fort que lui, Jawad va à nouveau se distinguer comme le relate Sarah Brethes dans son making-of. « Je vais sortir, je vais faire quoi ? Je peux plus rien faire en France ! » lance-t-il à la présidente du tribunal. « Toute le monde me regarde bizarre, les infirmières, les jeunes en garde à vue. Hier, j’ai regardé le Jamel Comedy Club, tout le monde se fout de ma gueule ! ».

Se plaignant d’être surnommé par ses codétenus « Century21 » [une célèbre agence immobilière ; ndlr] ou « Stéphane Plaza », [du nom d’une vedette du petit écran qui anime les émissions Chasseurs d’appart’ et Maison à vendre ; ndlr], il a cette réponse surréaliste quand la présidente lui demande si quelque chose lui plairait, une fois sorti de prison : « Oui. Créer une association pour aider les jeunes ». Sa dernière apparition en date remonte au 30 octobre 2017 quand le tribunal de Paris a rejeté une demande de ses avocats qui souhaitaient que son procès pour recel de malfaiteurs terroristes se déroule à huis clos. Preuve qu’il n’est pas tout à fait « guéri » Jawad lança, à l’annonce du verdict : « C’est moi la victime !Ça fait deux ans que je suis incarcéré pour rien du tout. Vous avez fait de moi un coupable, j’étais au courant de rien ! ».

Une longue procédure

L’immeuble de la rue du Corbillon où le Raid a donné l’assaut.REUTERS/Gonzalo Fuentes

Ce mercredi, même si l’on ne peut jurer de rien, Jawad-le-logeur fera peut-être quand même profil bas à Bobigny. Reste à savoir s’il parviendra à garder son calme, ce qui ne semble pas être son fort, à l’occasion de ce procès qui doit durer trois semaines. L’ambiance risque cette fois d’être extrêmement pesante pour ce qui sera la première audience directement en lien avec les attentats de Paris et de Saint-Denis qui avaient fait 130 morts et 354 blessés hospitalisés en novembre 2015 [le procès de Salah Abdeslam, seul terroriste survivant, ne devrait pas intervenir avant 2021 ; ndlr].

Cette durée de trois semaines s’explique par le très grand nombre de parties civiles attendues, entre 300 et 350, auxquelles s’est jointe la ville de Saint-Denis qui veut obtenir réparation du préjudice financier et moral que lui a fait subir le plus tristement célèbre de ses administrés, un Jawad Bendaoud qui risque au maximum six ans de prison supplémentaires et 90 000 euros d’amende.

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