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PROCÈS DU DÉFUNT ÉTUDIANT MAMADOU DIOP Les policiers risquent respectivement des peines de 3 mois et 2 ans de prison ferme

Après plusieurs renvois, le procès du défunt étudiant Mamadou Diop a eu lieu, hier, au Tribunal correctionnel de Dakar. Les prévenus ont nié les faits qui leur sont reprochés. Le procureur a requis 2 ans de prison ferme contre Tamsir Ousmane Thiam et 3 mois ferme contre Wagane Souaré. L’affaire est mise en délibéré pour le 24 décembre prochain.
L’affaire de la mort de l’étudiant Mamadou Diop qui a fait couler des larmes et beaucoup d’encre a été jugée, hier, au Tribunal correctionnel de Dakar. Les policiers Tamsir Ousmane Thiam et Wagane Souaré sont poursuivis pour coups mortels, Coups et blessures volontaires (Cbv) pour le premier nommé et complicité de ces chefs pour le second. En effet, si les juges suivent le réquisitoire du parquet, les prévenus risquent respectivement 2 ans et 3 mois de prison ferme. Selon le représentant du ministère Public, matériellement les faits existent. « Il faut écarter l’existence d’une Mercedes blanche qui n’apparait pas dans les déclarations des parties et dans la vidéo qui a été visionnée par toutes ces dernières. Il faut également écarter la thèse selon laquelle l’autre véhicule dragon était également venu ce jour-là à la place de l’Obélisque », a-t-il dit. Poursuivant, le parquetier indique que l’iman qui a fait le bain mortuaire a parlé de blessures au dos. Ce qui, selon lui, conforte le relevé topographique de la police scientifique et les déclarations du médecin légiste. C’est au regard de ce qui précède que le parquetier a requis de déclarer Tamsir Thiam coupable des délits de coups mortels à l’endroit de Mamadou Diop et Coups et blessures volontaires (Cbv) à l’endroit du député Cheikh Seck. Sur ce, il a requis une peine d’emprisonnement de 2 ans ferme à son encontre. Pour Wagane Souaré, le procureur a demandé la relaxe en ce qui concerne le délit de complicité mais, il a demandé au tribunal de le déclarer coupable de non empêchement à la commission des faits. Ainsi, il a requis 3 mois de prison ferme.
Les policiers nient les faits
Entendus par le juge du Tribunal correctionnel de Dakar, hier, les prévenus ont nié les faits. Selon Tamsir Ousmane Thiam, par ailleurs, conducteur du véhicule « dragon », c’est en retournant à la base qu’ils ont été informés de la mort d’un individu à la place de l’Obélisque. « Ce jour-là, il y avait une manifestation à la place de l’obélisque. On était garé à côté de l’ambassade de la Mauritanie vers les coups de 14 heures. Ensuite, on a reçu l’ordre d’évacuer la route pour permettre aux autres véhicules de passer. Avant même de rentrer, on avait entendu qu’une personne a été tuée lors de la manifestation », déclare-t-il. Avant de poursuivre : « Je dois vous dire que le dragon que je conduisais n’a jamais heurté Mamadou Diop. D’ailleurs, ce véhicule est doté de caméras qui nous permettent de voir tout ce qu’il y a sur notre chemin ». Ses déclarations ont été confirmées par son collègue Wagane Souaré qui avait la lance eau du véhicule visé dans cette affaire. « Les faits se sont déroulés comme Tamsir vous l’a dit. Le Colonel Lam du Gmi nous avait donné l’ordre d’évacuer la station pour permettre aux autres véhicules de la police d’intervenir. Le « dragon » avait pour mission d’éteindre le feu mais aussi d’évacuer la route pour permettre aux autres voitures de passer. On ne pouvait pas foncer sur la foule parce qu’il y avait des obstacles, c’est-à-dire des pneus, pierres, entre autres objets. On est certain qu’on n’a jamais heurté Mamadou Diop », raconte-t-il. Devant les juges, il soutient que c’est en cours de route qu’ils ont été informés par une radio de la place qu’une Mercedes a heurté quelqu’un avant de prendre la fuite. « Même le député Cheikh Seck dont on parle, on ne l’a pas touché. Si on avait foncé sur la foule, le véhicule allait tomber parce qu’il contenait 6000 litres d’eau », ajoute-t-il.
Mama Diop, père du défunt étudiant : « Ils ont tué mon fils »
Pour sa part, Mama Diop, père du défunt étudiant, estime que ce sont les prévenus qui ont tué son fils. « Ce jour-là, il y avait des leaders de l’opposition qui étaient venus pour manifester contre la candidature de Wade. C’est mon fils qui a poussé Moustapha Niasse lorsqu’on fonçait sur eux. Ils l’ont tué avant de se retourner vers Cheikh Seck. Heureusement que les images sont là », a-t-il déclaré. À l’en croire, aussitôt après le décès de son fils, Harouna Sy et Ousmane Ngom avaient fait des déclarations pour dire qu’on sera surpris parce que c’est une voiture blanche qui a tué Mamadou Diop. À sa suite, des témoins ont été aussi entendus par le tribunal. Babacar Niang, médecin de son état a révélé que le bassin de la victime a été écrasé. « Lors des manifestations, on a positionné deux ambulances au niveau de Blaise Diagne pour secourir les blessés. On nous a amené deux cas graves. Lorsque le médecin et son chauffeur se sont penchés sur ces deux cas, ils ont reçu une grenade lacrymogène à travers la fenêtre », a-t-il dit. Avant de continuer : « Mamadou Diop avait un bassin écrasé et les deux jambes ne pouvaient pas tenir. Il avait aussi une hémorragie interne. Pour arriver à casser les fémurs, il faut un objet lourd. Car, le bassin est solide. Il faut dire que la grenade lacrymogène a empêché au médecin de mettre une voie veineuse pour lutter contre l’hémorragie ». De son côté, Mouhamadou Abdoulaye Barro un autre témoin précise : « Un certain Omar Diallo m’a dit qu’il a vu le « dragon » heurter Mamadou Diop et aussitôt après il a tenté de le secourir mais ce n’était pas facile à cause des grenades ».
La partie civile réclame 108 millions F Cfa
Un des avocats de la partie civile, Me Tine, dira que les faits sont inacceptables et que le tribunal a tous les éléments objectifs pour condamner les prévenus. S’agissant des 10 millions de l’État pour la réparation du préjudice, la robe noire explique : « L’État nous avait fait une proposition de 10 millions F Cfa pour la réparation du préjudice mais nous l’avons décliné. Parce que ces 10 millions ne couvrent pas l’intégralité du préjudice de la famille. Toutefois, nous réclamons la somme de 70 millions pour préjudice économique, 30 millions pour préjudice moral et 8 millions pour les frais de procédure ». L’avocat de la partie civile a demandé au tribunal d’ordonner à l’État du Sénégal, civilement responsable, et les prévenus à payer solidairement cette somme. « Il faut dire que ces sommes peuvent cicatriser les blessures et tourner la page », a-t-il déclaré. Me Mbengue, avocat du député Cheikh Seck, déclare : « Aujourd’hui, mon client marche avec une canne à cause des blessures qui lui ont été causées par le « dragon ». Toutefois, nous vous demandons d’ordonner une expertise pour le député avec un expert qu’il vous plaira de désigner. Vous lui ordonnerez une provision d’un million de nos francs ».
La défense plaide pour la relaxe au bénéfice du doute
Avocat des policiers dans ce dossier, Me Bamba Cissé a soutenu que le doute plane sur ce dossier. « Je n’ai pas remarqué un élément de droit dans ce procès. C’est pourquoi, si j’étais juge, la bonne décision serait le doute. Vous n’avez aucune vidéo qui montre que le véhicule a heurté Mamadou Diop. C’est de l’exagération Monsieur le président. Ce véhicule pèse 30 tonnes avec 6000 m3. Tout le monde a senti le malaise de la partie civile. Est-ce qu’il y a des traces de roues ou de fer sur le point de chute de la victime ou sur le corps même de la victime ? » S’interroge-t-il. Avant de poursuivre : « On vous demande de condamner parce que c’est le peuple qui vous le demande. Mais, je vous demanderai de les relaxer au bénéfice du doute ». De son côté, l’Agent judiciaire de l’État (Aje) a pris la parole en dernière position pour expliquer le processus d’indemnisation. « Il y a une commission d’indemnisation et je constate que Mamadou Diop a été favorisé par rapport aux autres victimes grâce à tout ce que l’État a fait pour ses héritiers (Ndrl : pupilles de la nation, intégration dans la Fonction publique à titre posthume, etc.) », soutient l’Aje. Suffisant pour lui de déclarer qu’on a largement dépassé les 10 millions F Cfa proposés par l’État du Sénégal. « Il faut tenir en compte la jurisprudence du bateau le Joola où les familles ont été indemnisées à hauteur de 10 millions F Cfa. Mais aussi, la famille du jeune tué à Grand-Yoff par les policiers a aussi reçu 10 millions F Cfa », rappelle-t-il. Toutefois, l’affaire est mise en délibéré pour jugement au 24 décembre prochain.

Cheikh Moussa SARR

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