HISSEIN HABRE

PROCÈS HABRÉ Le Procureur réclame la perpétuité et la confiscation des biens de l’ex-président tchadien

 Le Procureur Mbacké Fall a requis, hier, la perpétuité contre l’ancien Président tchadien, Hissein Habré. La robe rouge a également demandé aux juges des Chambres africaines extraordinaires (Cae) d’ordonner la confiscation des biens de l’accusé visés dans cette procédure. L’audience se poursuit, ce matin, avec les plaidoiries des avocats commis d’office.

Sa tête entièrement recouverte de son turban et de ses lunettes, Hissein Habré n’a fait aucune réaction, hier, lorsque le Procureur général, Mbacké Fall, a requis la perpétuité contre lui. L’ancien Président tchadien était même inexistant lorsque le Mbacké Fall demandait aux juges de le déclarer coupable des faits de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Le représentant du ministère public a aussi demandé aux juges des Chambres africaines extraordinaires (Cae) d’ordonner la confiscation de tous les biens de l’accusé visés dans cette procédure. Selon lui, Hissein Habré ne peut pas bénéficier de circonstances atténuantes eu égard aux crimes qu’il a commis. Dans sa robe rouge, Mbacké Fall et ses trois substituts sont, pendant toute  la journée d’hier, revenus sur les faits pour prouver à la chambre la culpabilité de Hissein Habré. Sur ce, le Procureur général est revenu sur la responsabilité pénale de l’accusé en passant par la création de la DDS par ce dernier. Mbacké Fall a soutenu, hier, que la responsabilité pour contribution et la participation aux crimes sont établies. Car, explique-t-il, en tant que chef d’État et chef suprême des armées, Hissein Habré donnait des ordres ou participait même aux crimes. « Toutes les preuves retenues contre Habré pour asseoir sa culpabilité sont régulièrement collectées au Tchad plus précisément à la DDS. Des constatations, des transports ont permis de découvrir des charniers au Tchad mais aussi, certains témoignages à la barre du tribunal ont révélé de l’implication de Habré dans les crimes », a dit Mbacké Fall. L’un des témoignages qui peut justifier la culpabilité de l’accusé selon la robe rouge est celui de Khadija Hassan Zidane. Cette dernière avait révélé, lors de sa déposition devant le juge, avoir été arrêtée le 25 juillet 1987 et détenue pendant trois ans à  la suite de l’évasion du prisonnier libyen. Et au cours de son interrogatoire à  la Présidence, la dame a affirmé avoir été violée à  quatre reprises par Hissein Habré. Elle a également soutenu avoir été violentée car lorsqu’elle a tenté de résister un jour, Habré l’a poignardée au niveau des parties génitales avec un stylo et lui a fait boire son liquide.

 Procureur Mbacké Fall : « Il faut le déclarer coupable pour participation conjointe après avoir fini de le déclarer coupable de participation individuelle »

Parlant du viol, de la torture et de l’homicide, le Procureur général a soutenu que ces faits sont également établis. Parce que, l’accusé, à l’époque président de la République et chef suprême des armées, n’a posé aucun acte pour interdire ces mauvais traitements infligés aux prisonniers. Mieux, poursuit-il, Hissein Habré ne pouvait pas ignorer ces mauvais traitements puisqu’il a été interpellé plusieurs fois par la commission des droits de l’homme des Nations-Unies et il a toujours répondu par le mépris. Selon le Procureur général, en s’abstenant d’agir pour le respect de la Convention de Genève concernant le traitement des prisonniers de guerre, Habré engage sa responsabilité.  C’est la raison pour laquelle, il a demandé à la chambre de déclarer l’accusé coupable pour participation conjointe après avoir fini de le déclarer coupable de participation individuelle. Dans son intervention, Mbacké Fall s’est attardé sur la création de la DDS. À l’en croire, les prisons de Hissein Habré ne respectent pas les normes applicables en matière de détention. Car, la mort et les maladies sévissaient dans ces centres et c’est ce qui explique, selon lui, tous les dégâts qui ont été constatés dans ces prisons. « Les dépositions de tous les témoins survivants apportent la preuve des conséquences dramatiques du séjour carcéral des prisonniers. Habré a traité les populations civiles en les considérant comme des ennemis du régime. C’est le cas des Zaghawa, des Adjaraïs, Arabes suspectés de soutien réel au Gunt », a dit Mbacké Fall.

 Procureur Moustapha Kâ, aux juges : «  Il ne faut pas tomber sous le charme de la victimisation »

Pour sa part, l’un des substituts du Procureur, en l’occurrence, Moustapha Kâ, a rappelé l’exécution des ministres et des cadres à Faya-Largeau. « Beaucoup de documents ont attesté ces faits. La présence de Habré à Faya a été matérialisée  et ceci a été relevé par l’expert Djindamadji. Ces crimes qui consistent à exécuter plus d’une dizaine d’autorité ne pouvaient avoir de témoins. Ces cadres n’ont rien à voir avec les faits parce que lors de la contre offensive en 1983, ces ministres du Gunt étaient sur place en train de tenir une réunion. Ils ont été capturés, emprisonnés avant d’être exécutés », a-t-il dit. Lors de cette attaque, poursuit-il, Hissein Habré a pris la fuite à bord d’un avion de la croix rouge. Moustapha Kâ explique : « Faut pas qu’on nous dise qu’on n’a pas retrouvé de corps. Parce que, les témoins vous ont indiqué qu’il y avait même une liste de ces morts. Hissein Habré a ordonné l’exécution de ses anciens collaborateurs. Il s’est octroyé des pouvoirs énormes sur toutes les institutions de la République. Mais, ce sont ces pouvoirs qui vont être utilisés, aujourd’hui, comme éléments de preuve contre lui ».

Toutefois, la robe rouge a demandé à la chambre de ne pas tomber sous le charme de la victimisation. « Hissein Habré estime qu’il a été trompé par la France et la France-Afrique. Il a bénéficié du soutien matériel de la France et même quand il était au pouvoir, il entretenait de bons rapports avec ce pays », ajoute-t-il. Il faut dire que les autres substituts du Procureur notamment Anta Diop Ndiaye et Youssoupha Diallo ont également abondé dans le même sens pour apporter la preuve de la culpabilité de Hissein Habré. L’audience reprend, ce matin, avec les plaidoiries des avocats commis d’office pour défendre Hissein Habré.

Cheikh Moussa SARR

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