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PROCÈS HABRÉ- Le verdict tombe le 30 mai

  • Date: 12 février 2016

 La suite du procès de l’ancien Président tchadien a été marquée, hier, par les plaidoiries des avocats commis d’office par la chambre pour défendre Hissein Habré. Les robes noires estiment qu’il n’y a aucune preuve concernant les charges retenues contre Hissein Habré. En effet, ils ont plaidé le renvoi des fins de la poursuite. L’affaire est mise en délibéré pour le 30 mai prochain.  

« À l’ouverture de l’audience, le 20 juillet 2015, nous avions le malheur, le lendemain, d’être commis d’office pour défendre les intérêts de Habré. Car, on a été attaqué partout. Cependant, les attaques qui nous ont fait le plus mal nous viennent des gens de notre corporation. Ils ont envahi la presse pour parler des choses qu’ils ne maîtrisent pas et ils continuent jusqu’à présent à nous attaquer. Lorsque nous sommes commis d’office on ne peut pas refuser cette commission. Mais, quand on est dans l’impossibilité d’assurer notre rôle, on va saisir le bâtonnier ou le Président de la Cour d’assises », a d’entrée déclaré Me Mbaye Sène, un des avocats commis d’office. Cependant, la robe noire indique qu’ils ne répondront pas à ces attaques par respect à la corporation mais aussi, parce qu’ils veulent tous la même chose : « L’élargissement de ce grand homme d’Afrique et du monde (Hissein Habré) ». Il faut dire que Mbaye Sène et ses confrères ont pleinement assuré, hier, leur rôle d’avocats commis d’office lors de leurs plaidoiries. L’avocat entame sa plaidoirie en répondant au parquet général qui, dit-il, dans son réquisitoire en ce qui concerne le crime contre l’humanité, s’est fondé sur le viol. « On veut articuler le viol sur les simples déclarations de Khadija Hassan Zidane. Cette dame a été entendue, à la barre et elle a dit le contraire de ce qu’elle avait déclaré à Ndjamena. Elle avait indiqué au Tchad que lorsqu’on l’a amené à la présidence pour la forcer à entretenir des rapports sexuels avec le Président Habré. Face à son refus, Hissein Habré lui a donné des coups sur les deux cuisses. Elle saignait et le Président a dû renoncer à son intention », rappelle Me Sène. Avant de poursuivre que la dame a changé de fusil d’épaule devant les juges des Chambres africaines extraordinaires (Cae) arguant qu’elle a été violée 4 fois par Hissein Habré. « Ce viol n’existe pas. Il a été monté de toutes pièces. Pouvez-vous croire que ce grand homme s’est rabaissé pour coucher avec cette dame. Que ce chef d’État a entretenu des relations sexuelles avec une dame qui ne s’est pas douchée pendant 3 mois. Je ne le pense pas », a encore dit la robe noire selon qui, il n’y a pas deux vérités et que la beauté de Khadija, la rouge, ne peut pas atteindre Hissein Habré.

Me Mounir Balal : « Vous savez ce que la défense va plaider, c’est la non-culpabilité de l’accusé »

 Pour sa part, Me Mounir Balal a commencé sa plaidoirie en rassurant l’accusé Hissein Habré. « Vous savez ce que la défense va plaider, c’est la non-culpabilité de l’accusé », a indiqué Me Balal qui rassure qu’il n’y a aucun contact établi entre les deux parties depuis six mois. Il explique : « Mes pensées vont à l’accusé. Qu’il soit rassuré, je n’ai fait l’objet d’aucune sollicitation inconvenante ». Revenant sur le réquisitoire du parquet général, Me Balal a soutenu que dans le rapport de la commission d’enquête nationale, on a cité des victimes directes et indirectes et le parquet l’a rappelé. La robe noire a relevé des contradictions dans ce rapport. « Il y a 4 victimes pour lesquelles la commission a jugé nécessaire de reproduire leur témoignage compte tenu de leur importance. Je prends d’abord l’exemple de Bichara Djiibril Ahmat », a-t-il dit. À l’en croire, ce dernier a expliqué avoir était sorti dans sa cellule avec 150 autres détenus pour être amenés à 3 km dans le village de Handi. « Les militaires nous ont tiré dessus et j’ai été blessé à la main gauche et à la cuisse. Le fémur était donc fracturé. Comme dans un songe, une voix m’a demandé de tremper la chaine dans la mare de sang qui était à mes côtés. J’ai attendu le départ des militaires pour me relever. J’ai parcouru des kilomètres d’un village à un autre », avait déclaré le témoin à la barre.

Selon Mounir Balal, il est clair qu’on ne peut pas prendre ce témoignage en compte parce qu’il y a des discordances. « Tantôt il nous parle d’un véhicule qui leur avait escorté, tantôt il parle de plusieurs véhicules. Il résulte de ce témoignage une multitude d’incohérences parce que quelqu’un qui est blessé ne peut pas parcourir tous ces kilomètres », a-t-il dit. S’agissant du seul rescapé des attaques de Calahide en la personne d’Idriss Abdoulaye. Il avait déclaré avoir reçu 7 balles et il est resté 5 jours sans bouger. Selon le témoin, les balles étaient des balles pénétrantes et il y a que ses veines qui étaient coupées. « J’ai perdu beaucoup de sang. Après avoir constaté que le chacal venait dévorer les autres cadavres, je me suis éloigné à 100 m. Mes intestins étaient sortis et j’ai fait le constat lorsque je me suis approché d’un point d’eau pour boire. Je mangeais un fruit du savonnier (Ndlr : Soumpe : nom sénégalais », disait le témoin. Pour sa part, l’avocat indique que ce fruit ne murit qu’au mois de novembre et que ce fruit ne pousse pas sur le savonnier. « On était au mois d’août et pendant cette période il n’y avait pas ce fruit sur cet arbre. Sur interpellation de la défense, le témoin a dit que ses intestins étaient sortis et que la plaie était large. À ses dires, il y avait 7 balles et l’une a touché son poumon droit. Et, il a été secouru 5 jours après. N’est-ce pas là un récit légendaire », s’est interrogé l’avocat de la défense.

« Quelle crédibilité peut-on apporter à ces témoignages à charge ? »

Dans sa plaidoirie, Me Mounir Balal s’est également prononcé sur le choix des rapporteurs de la commission d’enquête nationale. « Les rapporteurs doivent présenter un certain nombre de critères. Ils doivent être indépendants, d’impartialité et de neutralité. C’est seulement dans ces conditions que sortira l’objectivité du rapport. M. Assane Abakar, président de ladite commission a comparu et il a dit que c’est Idriss Déby qui a commandité ce rapport 3 jours après sa prise de pouvoir », a-t-il dit. Et de renchérir : « Cette commission a été instituée à moins d’un mois de la prise du pouvoir. Ses membres étaient, pour certains, les anciens collaborateurs de Hissein Habré. Il s’agit d’El Jonto, etc. Ou est l’impartialité, ou est la neutralité. Les rédacteurs pour décrire la personnalité de l’accusé, utilisaient des qualificatifs. Comme Hissein est un homme décidé à exterminer tous les hommes qui ne partagent pas son opinion, Hissein Habré est un homme à double visage,… Cela ressemble beaucoup plus à un réquisitoire mais pas un rapport ».

Suffisant pour la robe noire de lancer : « Quelle crédibilité peut-on apporter à ces témoignages à charge. Des témoins préfabriqués ou des déclarations orientées toujours à charge. Manifestement, c’est sous la contrainte morale que ces personnes ont été obligées de déposer ». Sur les ordres que donnaient Habré aux agents de la DDS, Me Balal martèle : « Je me demande comment devrait être le bureau de Hissein Habré. Son bureau devrait avoir plusieurs talkies-walkies, des fiches,… Il n’a pas que ça à faire parce qu’il était chef de l’État. Ou trouvait-il du temps pour être en contact permanent avec les agents de la DDS ? Tout a été amplifié dans cette affaire, surmédiatisé, avec les ONG. Chaque fois, on nous dit c’est lui le président de la République et le Chef suprême des armées. Peut-on penser que le témoignage à charge des ex-agents de la DDS était le prix à payer pour leur réhabilitation par les nouvelles autorités de Ndjamena ? ».

Le juge donc a écouté toutes les parties et il rendra sa décision le 30 mai prochain.

Cheikh Moussa Sarr

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