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PROCÈS HISSEIN HABRÉ- Abdourahmane Guèye raconte son calvaire dans les prisons de la Dds

  • Date: 24 novembre 2015

Le procès de Hissein Habré a été marqué, hier, par les témoignages de deux victimes sénégalaises. Il s’agit d’Abdourahmane Guèye et de Satta Gaye, par ailleurs, sœur du défunt Demba Gaye décédé dans les geôles du régime de Hissein Habré. À la barre, hier, le Sénégalais a raconté son calvaire dans les centres de détention de la Dds.

Deux Sénégalais ont été à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae), hier, pour faire leurs dépositions dans le procès de Hissein Habré. Il s’agit de l’homme d’affaires Abdourahmane Guèye et Satta Gaye, sœur du défunt Demba Gaye, décédé dans les prisons du Tchad sous le régime de Hissein Habré. En effet, Demba Gaye et  Abdourahmane  Guèye ont été arrêtés, le 25 mars 1987, à l’aéroport de N’Djaména. À la barre, hier, Abdourahmane Guèye a soutenu que ce jour-là, ils étaient arrivés en provenance de la République centrafricaine à bord d’un avion militaire français pour livrer des commandes de bijoux aux soldats français des régiments de Bangui venus en mission au Tchad. « Nous sommes arrivés nuitamment à N’Djamena où on a été accueilli par le lieutenant Kifour. Comme il se faisait tard, j’ai passé la nuit dans la base militaire et le lendemain je devais aller à l’aéroport civil pour faire les formalités douanières et policières », narre le témoin. Cependant, c’est entre la base militaire française et l’aéroport civil que les deux nommés ont été arrêtés par les autorités tchadiennes. « Comme je ne parle pas l’Arabe, les militaires nous ont demandé de monter sur le véhicule avant de nous amener devant un homme tout de blanc vêtu qui nous a demandé nos papiers. Nous lui avons remis nos passeports. Il a fouillé les passeports et s’est étonné du nombre de visas qu’il y avait dessus. Je voyageais beaucoup pour mes affaires. Il nous a demandé si on avait d’autres bagages. Nous lui avons remis nos mallettes contenant l’or que nous allions déclarer à l’aéroport. Il les a ouvertes et y a trouvé les enveloppes contenant les commandes de chaque soldat. Il les a ouverts une à une et  a vidé tout le contenu devant lui », déclare le témoin.

« Les conditions de détention étaient terribles »

À la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae), hier, Abdourahmane Guèye a expliqué son arrestation par le fait qu’on le soupçonnait d’être un espion envoyé par le Président Kadhafi. Cependant, il pense que le motif de leur arrestation était un moyen pour leur dérober leurs affaires. C’est sur ces entrefaites, explique-t-il, qu’il a été mis dans les centres de détention de la Dds puis au camp des martyrs. « Au camp des martyrs, on m’a amené dans une cellule sombre où j’avais trouvé des gens squelettiques. On était 30 personnes dans cette prison. Les conditions de détention étaient terribles. On nous préparait de la sauce avec de la viande et des légumes pourris. La nourriture était préparée dans un fût rouillé », a dit le témoin selon qui, il n’a jamais revu Demba Gaye après leur arrestation à l’aéroport. Revenant sur les conditions de détention, le témoin explique : « J’ai rencontré le capitaine Mohamed Djamil en prison et c’est ce dernier qui m’a indiqué la façon dont je dois utiliser la nourriture pour ne pas tomber malade. Ainsi, quand on amenait du riz, je mettais ça dans une bouteille jusqu’à ce que ça devienne du « Sombi » pour que je puisse manger. Je dois aussi préciser qu’il n’y avait pas de toilettes dans les cellules. On utilisait des fûts pour faire nos besoins. On ne se lavait presque jamais. Les conditions étaient tellement difficiles qu’il y a eu un mort dans notre cellule ». Lors de sa déposition, le sieur Guèye a révélé avoir vu des cadavres qu’on sortait dans les autres cellules. Il a aussi indiqué qu’il entendait les cris des personnes qui étaient torturées. Mais, insiste-t-il, il n’a pas été torturé physiquement.

« Ce que le Président Abdou Diouf a enduré pour me faire sortir de prison »

En réponse aux questions de la chambre, M. Guèye a renseigné qu’il attendait sa mort parce qu’il était malade à cause des conditions difficiles de détention. Sur ce, il a demandé au capitaine Djamil s’il pouvait trouver un avocat. « Lorsque j’ai demandé à Djamil est-ce-que je pouvais avoir un avocat, il s’est marré avant de dire que nous sommes à la police de la Dds et seule la mort ou Dieu pouvait nous faire sortir de cette prison », a-t-il dit. Cependant, Abdourahmane Guèye a été libéré en février 1988. Et dans les Archives de la Dds,  on a mentionné que Guèye a été arrêté parce qu’il se trouvait dans une zone militaire interdite. Mais, l’intervention des autorités sénégalaises notamment le Président Abdou Diouf a été décisive. « Ce jour- là, Aboubakar Torbo et Abba Moussa sont venus me chercher. Ils m’ont mis dans un véhicule 404 bâché avant de m’amener à la Dds pour me laver et changer mes habits. J’ai été ensuite conduit dans les locaux du ministère de l’Intérieur où le ministre Itno disait devant l’ambassadeur Pape Louis Fall que c’est par erreur que j’ai été arrêté », a dit le témoin. Avant de poursuivre : « L’ambassadeur m’a expliqué que le Président Abdou Diouf et le Khalif Général des mourides sont intervenus directement pour ma libération. C’est quand Abdou Diouf devait venir au Tchad pour le sommet du CILSS qu’on m’a sorti de cellule pour me soigner », a-t-il dit.

À sa suite, la sœur du défunt Demba Gaye a été auditionnée par les chambres. D’après le certificat de décès retrouvé dans les Archives de la Dds, M. Gaye serait mort le 15 novembre 1987 à 18h 30, officiellement en raison « d’œdèmes inflammatoires récidivants des membres inférieurs et supérieurs, de dysenterie amibienne et d’anémie sévère ». Il a été enterré par les détenus Clément Abaïfouta et Sabadet Totodet dans les fosses communes de Hamral-Goz.

Par ailleurs, un fait rare s’est passé, hier, au palais de justice à la fin des dépositions des Sénégalais. Le Président Habré a été hué par la famille Guèye et Gaye. Tandis que ses souteneurs applaudissaient et scandaient « Président Habré ».

Cheikh Moussa SARR

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