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Procès Hissein Habré : Des témoins racontent l’horreur dans les prisons de la DDS

  • Date: 1 octobre 2015

 Le défilé des témoins se poursuit depuis quelques jours à la barre des Chambres africaines extraordinaires. Hier, trois témoins ont été entendus et ils sont revenus sur les exactions commises au Tchad sous le régime de Hissein Habré.

Les voix des témoins cités dans l’affaire Hissein Habré se font entendre, ces derniers jours, devant les Chambres africaines extraordinaires. Un ancien chef de poste de la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds) a été, hier, à la barre pour parler de ce qu’il a vécu au sein de ladite direction. Malabi Toudjibedje. Puisque c’est de lui qu’il s’agit. a été affecté à la Dds en 1984 en qualité de garde de prisonniers. Cependant, il a été déplacé à la prison des locaux, 6 mois plus tard, en tant que régisseur adjoint. A la barre, hier, le témoin a indiqué qu’on pouvait noter jusqu’à 6 morts par jour. Pendant la période de chaleur (mars-avril), dit-il, le nombre de morts était sensiblement élevé. Il passait de 45 à 60 cadavres. Lors de sa déposition, hier, devant les juges, Malabi Toudjibedje a aussi renseigné que : « les morts étaient mis dans un véhicule 404 bâché. On creusait un grand trou où nous mettions tous les cadavres ».

En répondant aux questions des représentants des parties civiles, le premier témoin du jour est revenu sur les tortures. « Lorsque j’ai été nommé régisseur adjoint, je voyais nos éléments attacher les prisonniers pour les torturer. Je ne pouvais pas m’y opposer parce que j’étais commandé par Saleh Younouss, directeur de la Dds. Lorsqu’il donnait l’ordre d’exécuter, personne ne pouvait s’y opposer », a encore déclaré le témoin.

«Mon rôle était de ramasser les morts pour les enterrer»

Devant la barre des Chambres africaines extraordinaires, l’ancien agent de la Dds a raconté les circonstances de son arrestation. Selon lui, le 9 janvier 1985, ne pouvant plus accepter de voir les prisonniers souffrir à cause de la faim, il a donné de la nourriture à deux d’entre eux. Il faut dire que son acte lui coutera un séjour carcéral pendant un an et sept mois. Car, il a été surpris, ce jour-là,  par le directeur Saleh Younouss en train de donner à manger (du pain et de la viande) à ces deux prisonniers. « Saleh Younouss m’a dit comment je peux donner à manger à des gens qui sont emprisonnés pour mourir ? », a dit le témoin selon qui, sa conscience ne lui permettait plus d’accepter certaines choses. A l’intérieur de la prison, son rôle était de ramasser les morts pour les enterrer. Mais, explique-t-il : « je faisais le rapport des prisonniers morts ou malades chaque matin que je remettais au régisseur (Saleh Younouss). Malgré mes nombreux rapports, il y’avait aucune amélioration concernant les conditions de détention des prisonniers ». S’agissant de sa libération, il a été présenté au ministre de l’Intérieur qui lui a indiqué qu’il était un prisonnier politique. Cependant, il a été blanchi par le résultat des recherches menées à son  encontre.

«Hissein Habré visitait la prison 2 fois par mois»

Auparavant, c’est-à-dire en 1983, le témoin a été caporal chef à la Brigade spéciale d’intervention rapide (Bsir). Dans cette prison, indique-t-il, il y avait 4 cellules (A, B, C, D) et une 5e (E) réservée aux femmes. La cellule C était réservée aux prisonniers de guerre. Dans cette cellule de 4 m de long et 6 m de large, il pouvait y avoir jusqu’à 700 prisonniers. « Pensez vous que dans une surface de 25m2 l’on puisse mettre 600 à 700 personnes ?  Même squelettiques ? », a lancé Me Mounir Balal, un des avocats de la défense. « Oui », a rétorqué le témoin. Par ailleurs, Malabi Toudjibedje a déclaré à la barre, hier, qu’en tant que chef de poste ; il voyait souvent Habré dans les locaux de la Dds. « Il venait là-bas deux fois par mois accompagné par 3 ou 4 gardes du corps. Quand il venait, il était souvent avec le directeur Saleh Younouss. On ne savait pas ce qu’ils se disaient », a-t-il témoigné.

Outman Moussa : « Hissein Habré est responsable de tout ce qui se passe au Tchad »

A la suite de Malabi Toudjibedje, un autre témoin a été auditionné, hier, par la Chambre africaine extraordinaire. Il s’agit de Outman Moussa ; par ailleurs ancien receveur de Poste à Abéché. Il faut dire que ce témoin a été victime des agissements du régime de l’ancien Président tchadien. Dans les locaux de la Dds, explique-t-il, il y avait beaucoup de Hajaraïs. « J’ai été arrêté le 15 janvier 1989. Au bureau local de la Dds, j’ai vu beaucoup de Hajaraïs et j’avais peur. J’étais dans l’inquiétude », a indiqué le témoin selon qui, les motifs de leur arrestation étaient qu’ils étaient de l’ethnie Hajaraïs. Libéré le 23 mars 1989, Outman Moussa a renseigné que Hissein Habré est le Président de la République. Il est donc responsable de tout ce qui se passe au Tchad. Il faut noter qu’un troisième témoin, Zakaria Fadoulkitir. a été aussi entendu par la Chambre. Il a abondé dans le même sens que ses prédécesseurs, arguant qu’il a été arrêté alors qu’il était en train de corriger un devoir. « Personne, à part mon étudiant, n’était au courant de mon arrestation. Un agent de la sécurité s’est introduit dans mon bureau et nous sommes partis à bord d’un véhicule dans lequel il y’avait d’autres agents. Dans les locaux de la Dds, le monsieur m’a donné un papier et il m’a demandé de signer. Je ne savais pas que j’ai été arrêté jusqu’ici », a soutenu le témoin. Avant de poursuivre: « il m’a demandé mon ethnie et je lui ai dit que je suis Zaghawa. Ensuite, on m’a amené à la prison de la Piscine à la cellule numéro 4. Lorsque je suis entré, c’était impensable. J’ai été repoussé par la chaleur et à l’intérieur de la cellule, il y’avait des nattes en nylon, des boites de conserve, des crachats ».

A la barre, le témoin a indiqué que pendant son séjour carcéral, personne n’allait aux toilettes. « On urinait dedans, on déféquait et on dormait dessus », a-t-il encore narré. A en croire Zakaria Fadoulkitir, après sa sortie de prison il était méconnaissable à cause de la chaleur et du manque de nourriture. Toutefois, le témoin n’a pas encore fini de faire sa déposition. Il sera encore à la barre, aujourd’hui, pour répondre aux questions des différentes parties.

Cheikh Moussa SARR   

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