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PROCES HISSEIN HABRÉ La souffrance des victimes racontée par leurs avocats

  • Date: 9 février 2016

L’heure des plaidoiries a commencé, depuis hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). Ce sont les avocats des parties civiles qui ont la parole et ils ont plaidé de manière distincte les charges de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de torture retenus contre l’ancien Président tchadien. Les avocats des parties civiles auront encore la parole, aujourd’hui, pour la suite et la fin de leurs plaidoiries.

Suspendu depuis la fin de l’audition des témoins, il y a deux mois, le procès de Hissein Habré a repris, hier, avec le début des plaidoiries par les avocats des parties civiles. Tour à tour, les robes noires ont chargé Hissein Habré en développant les charges retenues contre l’accusé notamment les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de torture. Le bal des plaidoiries a été ouvert, hier, par l’avocat sénégalais, Me Yaré Fall, un des représentants des parties civiles. Ce dernier a axé son intervention sur la responsabilité de Hissein Habré qui serait engagée dans les crimes qui sont commis au Tchad durant son règne. Selon la robe noire, c’est l’ancien homme fort de Ndjamena lui-même qui donnait des ordres aux agents pour la commission des faits. « Qui ose dire que pendant cette période (1982-1990) il y avait une autre autorité au Tchad que celle de l’accusé, Hissein Habré. L’accusé a créé ses propres appareils. C’est lui qui arrêtait, exécutait et libérait. Tout le monde était sous ses ordres », a indiqué l’avocat.

Parlant de la responsabilité du supérieur hiérarchique, Me Yaré Fall a également soutenu dans sa plaidoirie que la responsabilité de Hissein Habré est engagée lorsqu’il connait que des crimes sont en train d’être commis sans qu’il tente de les arrêter. « Il n’a pas empêché à ce que les crimes soient commis donc, sa responsabilité est engagée. C’est à ce titre qu’il est là devant vous. Hissein Habré n’a pas pris des sanctions lorsqu’il a su qu’il y avait des exactions, sa responsabilité est encore engagée », a encore déclaré l’avocat sénégalais.
Me Lamina Djindamadji enchaîne et s’adresse au Président de ladite juridiction, Gustave Gberdao Kam sur les crimes de guerre. L’avocat a indiqué que la chambre doit rendre la justice à tous ces orphelins, à toutes ces veuves et à tous ces hommes et femmes victimes du régime répressif de Hissein Habré. Mais également, dit-elle, à ceux dont les parents n’ont jamais vu leurs traces. Par ailleurs, la robe noire se demande si on va toujours continuer à dire que l’accusé n’a rien fait. « C’est grave de dire que Hissein Habré n’a rien fait. C’est un jour J, aujourd’hui, pour vous dire ce que ces gens-là ont vécu dans leurs chairs et dans leur âme. Tout le monde a subi cette terreur. La loi du silence instaurait par Hissein Habré. C’est une injure de dire que tout ce qui s’est passé est une imagination », a martelé Me Djindamadji selon qui, le juge a l’obligation de rendre justice au nom de ces gens.

Me Lamina Djindamadji : « Hissein Habré a le même nom qu’Hitler »

Poursuivant sa plaidoirie, l’avocat a renseigné qu’il n’y a pas beaucoup intellectuels au Tchad, aujourd’hui, à cause de Hissein Habré. « Il a le même nom que Hitler parce que son nom commence par H. Lors de son règne, la DDS et son ethnie étaient la race supérieure au Tchad. Ils pouvaient tout faire sans être inquiétés. Les gens étaient obligés de subir et de se taire. Quand on est capable de lever la voix, on devient coupable. Même ceux qui ne connaissent rien de la politique se retrouvent à la DDS », a-t-elle rappelé.

Par ailleurs, l’un des avocats de la partie civile est revenu sur la situation des prisonniers de guerre qui, renseigne la robe noire, ont vécu des tortures physiques et morales. « Ces prisonniers de guerre mourraient à petit feu. Il y a la violation de leurs droits parce qu’ils avaient le droit d’être jugés. Il y a eu aussi des détentions arbitraires et l’accusé ne peut pas vous dire qu’il n’était pas au courant. Il était même présent lors de la guerre de Faya », a plaidé l’avocat.

Pour conclure, Me Djindamadji estime que Hissein Habré est coupable de crimes de guerre. Il a commis des homicides volontaires avec les exécutions. Pour sa part, Me Philipe Houssine a orienté sa plaidoirie sur les types de torture. « La torture constitue un crime le plus présent dans ce dossier. La torture signifie une souffrance aigue ou mentale », a dit d’emblée Me Phillipe. Avant de poursuivre : « Des témoins vous ont dit qu’ils ont subi le supplice des bâtons, la méthode de la pulvérisation de gaz, l’arbatachar, entre autres, tortures. Il y avait des traitements inhumains. Parce qu’en dehors de la torture, on cherche à humilier la personne à la déshumaniser », a dit la robe noire selon qui, ce qui se passait au Tchad n’est pas un coup de hasard. Il y a un concepteur et El Jonto a dit que Hissein Habré a donné l’ordre de piller des biens et d’occuper les maisons des victimes. « Ceux qui agissent ont reçu des ordres. Les auteurs de ces actes de barbaries sont les fonctionnaires de l’État, les éléments de la Bsir, DDS, etc. Durant son exercice, il avait un contrôle parfait de ces différentes structures. Il était le président de la République et Chef suprême des armées au moment des faits. Que la défense nous dise quels sont les actes de la DDS en dehors de la torture et des exécutions », a dit Me Phillipe qui est convaincu que Hissein Habré est coupable de crimes contre l’humanité.

Me Jacqueline Moudeina : « Hissein Habré se substitut à Dieu, le créateur »

Dans sa plaidoirie, Me Houssine Phillipe a anticipé sur les plaidoiries des avocats commis d’office prévues à partir de jeudi prochain. À l’en croire, on ne se défend pas en droit pénal en disant que « je ne suis pas seul ». Selon l’avocat, Habré doit enlever son turban, ses lunettes blanches pour se défendre des accusations qui lui sont imputées. « Il est le Chef suprême des armées et qu’a-t-il fait pour arrêter ces crimes ? Pourquoi n’a-t-il pas crée une commission ? Sa responsabilité pénale individuelle est engagée en tant que Chef suprême. Il faut dire que ceux qui ont commis les exactions sont rentrées tranquillement sans être inquiétés », s’est-t-il désolé. Même tonalité chez Me Jacqueline Moudeina selon qui, la plus sombre histoire du Tchad est écrite avec du sang et des larmes. « Le Tchad a été plongé dans le désarroi pendant 8 ans. Cette cruauté humaine a été créée par un être humain qui se substitue à Dieu, le créateur. Cette cruauté humaine ne doit pas demeurer impunie, martèle-t-elle.

Parlant des parties civiles, Me Jacqueline Moudeina a renseigné que ce sont des personnes traumatisées qui ont défilé devant la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). À l’en croire, ces personnes ressentent la douleur et plusieurs d’entre-elles ont dû faire face à plusieurs épreuves. « Hissein Habré a gouverné le Tchad avec une main de fer de 1982 à 1990. Son seul souci, c’est la conservation du pouvoir. C’est la raison pour laquelle Habré voyait des ennemis partout. Pour s’assurer du bon fonctionnement de sa machine répressive, il arrivait que le Président Habré lui-même fasse des interrogatoires », a informé Me Moudeina.

Toutefois, plus de six avocats ont fait leurs plaidoiries, hier, à la barre. Leurs déclarations n’ont pas fait bouger l’accusé, caché derrière ses lunettes et son turban blanc. Il faut dire que les avocats des parties civiles auront encore la parole, aujourd’hui, pour la suite et la fin de leurs plaidoiries.

Cheikh Moussa SARR

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