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Procés imam Ndao et cie Les accusés avouent avoir été dans les rangs de Boko Haram

Les débats sur le fond ont démarré, hier, dans l’affaire opposant Imam Ndao et Cie au ministère public. Le procès a été marqué par les révélations faites par les premiers accusés entendus, notamment Mouhamed Ndiaye et Ibrahima Diallo. Ces derniers ont soutenu avoir été aux côtés des combattants de Boko Haram. Ils indiquent avoir même été reçus par le chef Abubacar Shekau.

Après les débats sur les exceptions de nullité de la procédure, la chambre criminelle a commencé à entendre les accusés sur le fond du dossier. Et le premier a défilé à la barre, hier, est l’accusé Mouhamed Ndiaye. Pêcheur de son état, il est né en 1984, marié et père de 3 enfants. Mouhamed Ndiaye a comparu répond aux délits d’acte de terrorisme par association de malfaiteurs, acte de terrorisme par menace d’attentat et complot, notamment complot visant à l’établissement d’une base au Sénégal, financement du terrorisme, blanchiment de capitaux et apologie du terrorisme. Sur une question de savoir s’il reconnaissait les faits, l’accusé a répondu par la négative. Ainsi, le juge lui a-t-il demandé de revenir sur les circonstances de son arrestation. L’accusé a rappelé qu’il vivait en Mauritanie où il exerçait la pêche. C’est là-bas qu’il a été arrêté avec les nommés Mor Mbaye Dème, Lamine Coulibaly, Ndiaye, Moustapha Mbaye, Omar Keita, Coulibaly et Mouhamed Seck.

Les faits : au courant de l’année 2012, les mis en cause ont tenu une réunion à Rosso, sur convocation de Moustapha Diop. L’ordre du jour portait sur un voyage en Syrie. « Pour moi, on part en Syrie pour apprendre le Coran et connaître sa religion. Finalement, je ne suis pas parti, mais j’étais au Nigeria dans le seul but d’apprendre le Coran. Je ne suis pas un terroriste. Tout ce que je connais, c’est mon travail », a indiqué Mouhamed Ndiaye, selon qui c’est un certain Ibrahima Bâ qui a financé son voyage pour le Nigéria. Il lui avait donné le transport pour 3 personnes, à raison de 150.000 francs chacun. C’est sur ces entrefaites qu’ils ont pris le bus « Sonef » à Kaolack, lequel devait aller au Nigeria en passant par le Mali, le Niger et le Burkina.

Mouhamed Ndiaye : « J’ai été initié au maniement des armes et la conduite des chars de combat »

« Au Nigéria, on apprenait le Coran et la religion dans une localité appelée « Abadam ». Nous avions séjourné dans plusieurs localités dont « Goza »,… Je ne savais pas que c’était des zones de conflit. On m’avait simplement dit qu’on pouvait apprendre le Coran », a dit l’accusé. Le juge de lui demander pourquoi il n’a pas appris le Coran au Sénégal ? Il a rétorqué : « je ne suis pas resté au Sénégal ni en Mauritanie parce que je vois que nos valeurs sont en déperdition dans ces pays. Je dois vous dire qu’en allant au Nigeria, je ne savais pas que ces localités susnommées étaient contrôlées par Boko Haram. Je ne suis pas parti au Nigéria pour combattre dans les rangs de Boko Haram ». Il faut dire que le juge a relevé beaucoup de contradictions sur les déclarations faites par l’accusé à l’enquête préliminaire et à la barre du tribunal. Devant les enquêteurs, l’accusé Mouhamed Ndiaye avait indiqué : « quand je suis parti au Nigeria, on a appris le Coran avant d’être initiés au maniement des armes et à la technique de conduite des chars de combat (Aïna kountoum) « où étiez-vous : ndlr». Mais, je n’ai participé à aucun combat, même si j’ai été témoin de certaines attaques. Par ailleurs, avant de partir au Nigéria, je savais conduire et je disposais d’un permis. C’est pourquoi je n’ai eu aucune difficulté à conduire des chars de combat légers ». Il ajoute : « j’ai été formé au maniement des armes et je maîtrise toutes les positions de tir. Cependant, je n’ai pas appris à tirer dans un avion en plein vol. Et pour nous protéger des bombardements, nous nous refugions sous des arbres pour lire le Coran. C’est ce que faisaient les responsables de Boko Haram ». Devant les enquêteurs, l’accusé avait déclaré : « j’ai participé à deux combats. Le deuxième combat auquel j’ai participé, j’ai affronté seul les blindés de l’armée. Mes compagnons m’avaient laissé seul. Ce jour-là, j’ai échappé à la mort parce que j’avais vidé mon chargeur et les militaires m’ont raté de peu. C’est ce jour-là que j’ai perdu mon frère Moussa Mbaye ».

« Je regrette d’avoir appartenu à ce réseau de djihadistes »

A la barre de la chambre criminelle, hier, l’accusé a aussi déclaré qu’on leur avait donné un numéro de téléphone lors de leur départ pour rallier le Nigeria. Sur place, Mouhamed a composé le numéro et des gens sont venus les prendre en moto. « Je ne peux pas dire avec exactitude que ce sont des combattants de Boko Haram, mais j’ai trouvé des Sénégalais sur place, dont certains de mes co-accusés », a-t-il dit. Avant de regretter son appartenance à Boko Haram. Poursuivant ses questions, le juge a demandé à l’accusé pourquoi on a modifié son nom pour l’appeler par « Abou ». « Est-ce que ce n’est pas un nom de guerre ? », s’est interrogé le Président. « Mon fils s’appelle Youssouf. On m’appelle Abou Youssouf (le père de Youssouf). Donc, ce n’est pas un nom de guerre qu’on m’a attribué au Nigéria ». Toujours dans ses déclarations, le mis en cause a soutenu que c’est difficile de quitter Boko Haram parce qu’ils étaient dans plusieurs zones. « Après nous avoir reçus et félicités, le chef Abou Shekau nous a autorisés à quitter le Nigeria. J’ai quitté avec Makhtar Diokhané et Ibrahima Diallo », a-t-il. Et les éléments de l’enquête de révéler que s’ils ont quitté le Nigeria, c’est parce qu’en contrepartie, ils devaient mettre en place un réseau djihadiste au Sénégal. Mais à la barre, il a nié toute action visant à mettre en place un réseau au Sénégal. Toutefois, les enquêteurs ont exploité le téléphone de l’accusé, ce qui a permis de trouver l’application télégramme. « Je correspondais avec Moustapha Diop à travers cette application. Et n’eut été l’arrestation, j’allais partir en Libye. Je ne suis pas revenu au Sénégal parce que j’avais eu écho que les limiers étaient à nos trousses. J’ai pensé que Libye était la destination la plus sûre », a-t-il conclu.

Accusé Ibrahima Diallo : « Je voulais vivre dans un pays où il y avait la Charia »
A sa suite, l’accusé Ibrahima Diallo, né en 1990, a été entendu. Elève, marié sans enfant, il a fait des études coraniques avant de fréquenter une école franco-arabe. Poursuivi pour les mêmes faits, il a confié à la barre : « je travaillais en Mauritanie et un jour, un certain Zaïd Bâ est venu me voir pour me dire qu’il devait partir au Nigéria. Il m’a expliqué que c’est la Charia qui était de rigueur là-bas. Quand il me l’a dit, j’étais prêt à y aller pour voir si c’était vrai ou faux. Je voulais vivre dans un pays où il y avait la Charia. Zaïd Bâ m’a également dit que je pouvais facilement trouver du travail au Nigéria ». Il enchaîne : « je n’ai jamais dit aux gendarmes que c’était pour faire la djihad. Je suis parti avec Abdoul Aziz Dia, Ibrahima Bâ, Mouhamadou Lamine Mballo. C’est le sieur Zaïd Bâ qui m’a donné 100.000 francs. On avait pris le bus Sonef à Kaolack pour nous rendre au Nigéria. Sur place, j’ai vu Mballo, Bella, Moussa Mbaye,… Comme activité, on était logé dans une maison pour apprendre le Coran. La seule sortie autorisée, c’était pour aller à la mosquée et revenir. Je n’ai pas subi de formation militaire ni d’entraînements. Quand les bombardements ont commencé, on voulait revenir au Sénégal. Sur ce, on a été déplacés à « Sambissa ». Je n’ai pas appris grand-chose au Nigéria ».

« J’ai donné à Imam Ndao 8 millions de nos francs pour… »

Le tribunal a demandé à l’accusé comment ils ont fait pour revenir au Sénégal ? Ibrahima Diallo a dit que c’est parce qu’l y avait un différend entre eux Sénégalais et le chef de Boko Haram, Shekau les a reçus. « Il nous a dit qu’un musulman doit être patient. Mawla Omar, un des leurs, nous a demandé de déchirer nos cartes d’identité et de laisser là-bas nos passeports. Le chef Abubacar Shekau a parlé avec Diokhané qui a financé notre retour. Je suis revenu avec Mouhamed Ndiaye, Diokhané. A notre retour, j’ai vu la dame Coumba Niang, femme de Diokhané, qui m’a remis 44 billets de 500 euros. Amina Sall m’a aussi remis 10.000 francs. J’ai acheté deux téléphones pour l’épouse de Diokhané. J’ai installé des applications telles que télégramme, whatsapp, Immo, viber,… J’ai installé télégramme pour appeler. J’ai donné aussi à Latyr la somme de 4 millions », a-t-il soutenu. « Quels sont vos rapports avec Imam Ndao ? », a lancé le juge. L’accusé de répondre : « j’ai vu Imam Ndao à trois reprises. Quand j’étais malade, je suis allé le voir pour qu’il me formule des prières. La deuxième fois, c’est lorsque j’ai décidé de lui donner le reste de l’argent (8 millions). Je devais partir en Gambie, c’est pourquoi je lui ai confié cet argent. Je lui ai également prêté un million ». L’audience a été suspendue et reprend ce matin avec la suite des interrogatoires.

Cheikh Moussa SARR

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