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PROCES IMAM NDAO ET CIE Les déclarations des « djihadistes », l’attaque des avocats et du public aux journalistes et la position du tribunal

 

Un procès sur le terrorisme se tient depuis plusieurs semaines au palais de justice de Dakar. Il faut dire qu’Imam Ndao et Cie ne sont pas les seuls au banc des accusés. Car les avocats de l’Imam et le public s’attaquent aux journalistes à qui ils reprochent de ne pas faire correctement leur travail. Cependant, le tribunal estime qu’il ne relève pas de ses prérogatives de vérifier des comptes rendus de presse. Il a rejeté toutes les demandes formulées par la défense de l’accusé Imam Ndao. Retour sur les faits marquants.

Le défilé des accusés se poursuit à la barre de la chambre criminelle de Dakar. Hier, c’est l’accusé Abdou Aziz Dia alias Abou Zubair qui a été le premier à se présenter à la barre. Né le 23 janvier 1990 et célibataire sans enfant, il a comparu pour actes de terrorisme en relation avec une association de malfaiteurs, actes de terrorisme visant à déstabiliser l’autorité de l’Etat, financement du terrorisme et d’apologie du terrorisme. Il a très tôt nié les faits en soutenant que ses déclarations ont été déformées par les enquêteurs. Toutefois, il a reconnu avoir été au Nigeria. Non sans combattre dans les rangs de Boko Haram. « Mon voyage a été financé par Moustapha Diop. Je l’ai connu à Nouakchott et c’est lui qui m’a dit que je pourrais gagner ma vie au Nigeria. J’étais réticent à cause la guerre, mais il m’a rassuré en me disant que ce n’est pas tout le pays qui était en guerre. En plus, il m’avait dit que si je mourrais dans ce pays, je serais considéré comme un martyr parce que j’y étais pour chercher du travail. Ainsi m’a-t-il remis la somme de 200 mille sur sa propre initiative. J’ai fait le voyage avec Ibrahima Diallo, Mouhamed Mballo et Cheikh Ibrahima Ba », a-t-il déclaré à la barre. Il a martelé que son objectif n’a jamais été de faire le djihad, même s’ils ont été accueillis par des motos à leur arrivé. Puis, ils ont été conduits dans un endroit où ils ne faisaient que prier et apprendre le Coran. Il leur a été interdit de sortir. « On m’a conduit à Fatourmoubine. Ce n’était pas l’endroit idéal pour moi. On nous interdisait de sortir et de communiquer avec nos familles. On était coupé du reste du monde. Tout était interdit dans cet endroit », a-t-il déclaré, avant de dire que c’est ainsi qu’il a préparé son retour pour le Sénégal.

« J’avais participé aux attaques des villes de Goza, de Sambissa »

A l’enquête primaire, l’accusé avait indiqué qu’il a subi une formation militaire là-bas. Et que chaque matin, ils se levaient à l’heure de la prière pour aller à l’entrainement. Devant les juges, hier, il a contesté ses déclarations. Mieux, il a soutenu qu’il n’est pas un terroriste et n’a ni participé aux combats ni combattu dans les rangs de Boko Haram. Par ailleurs, il a déclaré s’être retrouvé dans une forêt à Sambissa. Ce jour-là, il avait participé aux attaques des villes de Goza, de Sambissa. Abou Zubair avait même dit qu’il recevait, après chaque attaque, sa part du butin. Cependant, il a nié ces faits devant le tribunal, arguant encore une fois qu’il n’a même pas essayé à rencontrer les chefs de Boko Haram. L’accusé Abdou Aziz Dia de déclarer : « Boko Haram n’attaquait pas, ils ripostaient. Parfois, ils partageaient le butin. Mais, je n’ai jamais assisté aux combats. Ils me rendaient compte de leurs actes. Ils me disaient que le butin était constitué de vêtements et de chaussures ». Devant les éléments enquêteurs, l’accusé Abdou Aziz Dia aurait aussi déclaré : « lorsque vous avez l’autorisation de Abubacar Shakau de quitter Boko Haram, c’est parce que vous avez êtes porteurs d’une mission spéciale dans votre pays ». Hier, il a nié avoir soutenu de tels propos. Sur une question de savoir est-ce qu’il connaissait Imam Ndao, il a soutenu l’avoir vu une seule fois lorsque ce dernier animait une conférence à l’Ucad.

Le Président rejette les demandes de la défense de l’Imam Ndao

Par ailleurs, la défense de l’imam Alioune Ndao a formulé deux requêtes. « Lors de la deuxième confrontation de cette affaire, nous avions sollicité la comparution du chef divisionnaire pour la manifestation de la vérité. La chambre criminelle avait délibéré sur cette question et avait estimé que leur comparution n’était pas nécessaire en l’état actuel », a indiqué la défense, selon qui le Chef d’escadron Issa Diack et le commissaire divisionnaire Abdoulaye Diop devraient être entendus. Me Massokhna Kane a, de son côté, indiqué que la presse a déjà reconnu les accusés coupables. « Elle présente nos clients comme des personnes dangereuses. Je demande l’interdiction de la publicité des débats ». De son côté, le maître des poursuites s’est opposé à la requête des avocats. Selon Aly Ciré Ndiaye, ce n’est pas opportun de faire comparaitre le Chef d’escadron Issa Diack et le commissaire divisionnaire Abdoulaye Diop. Sur la demande d’interdiction de publication des débats, le parquetier a rappelé : « si un accusé estime que des propos tenus par X ou Y ont eu à dénaturer les faits, ils ont la possibilité d’ester en justice pour que cesse une telle situation. Je ne pense pas qu’il faille jusqu’à interdire la publicité des débats. D’autant plus que l’audience est publique ». Me Massokhna Kane de renchérir : « nous parlons de l’interdiction de la publicité des débats. C’est un procès qui est d’enjeu très grave. Les débats sont commentés dans la presse. Je n’ai jamais vu une presse aussi bien documentée. On dirait qu’ils ont tout. Il y a même des « Wakh Sa Xaalat ». Ça crée dans l’opinion une psychose de dangerosité alors que ça n’existe pas». Le tribunal a finalement rejeté toutes les demandes formulées par la défense.

Accusé Ibrahima Hann : « moi je connais seulement le djihad qui consiste à satisfaire mes parents »

Habitant à Kaolack, marié et père de 5 enfants, l’accusé Ibrahima Hann a comparu, hier, à la barre de la chambre criminelle pour les mêmes faits que son prédécesseur. Il les a niés en soutenant que le 13 novembre 2015, il a été interpellé par les gendarmes alors qu’il se rendait à la mosquée pour la prière de « fadiar ». « Ils se sont présentés comme étant des gendarmes. Ils m’ont interpellé avant de me dire qu’ils doivent faire une perquisition chez moi. Je leur ai demandé de me laisser du temps pour l’appel à la prière, mais en vain. Je leur ai dit que vous pouvez faire votre travail sans pour autant réveiller les enfants et ma femme. Ils n’ont rien trouvé chez moi à part un exemplaire du Coran », a-t-il dit. Avant de continuer : « vous m’avez arrêté sans pour autant trouver quelque chose ni chez moi ni sur moi. J’ai demandé à mon père de rentrer et de ne pas s’inquiéter parce que je suis innocent. Le commandant m’a dit que je serai libre, mais il faut que je fasse attention ». Pourtant, l’accusé semble avoir raison car son interrogatoire a été très rapide. Auparavant, il a reconnu être voisin avec les accusés Imam Ndao et Saliou Ndiaye. « Je ne connais pas les autres accusés. J’ai connu Imam Ndao parce qu’en 2007, des jeunes de notre localité avaient organisé une conférence sur le thème : le jugement dernier. Imam Ndao avait animé cette conférence et je lui ai posé la question de savoir ce que l’Islam pense de la musique. Après il est parti et on n’a eu aucun contact », a-t-il dit. Il ajoute : « Je lui ai posé cette question parce que quand j’étais petit, je faisais le rap vers les années 1999-2000. J’étais un mélomane et c’est en 2008 que j’ai arrêté vraiment d’écouter de la musique. Je ne connais pas les autres ». Le juge lui a demandé quelle est sa conception du djihadisme, il a soutenu qu’il connait le djihad qui consiste à aider ses parents et sa famille. Toutefois, il a reconnu que lorsque qu’il a appris l’arrestation de l’Imam, il a envoyé un message à une vingtaine de personnes, leur demandant de prier pour que l’Imam recouvre la liberté. Car, il lui arrivait d’échanger de temps en temps avec l’Imam sur des questions concernant la religion. Il a par ailleurs contesté être l’auteur des propos : « c’est en 2015 que le Sénégal recevra sa part ».
A sa suite, l’accusée Amy Sall a été entendue par le tribunal. Née en 1988, mariée à un des accusés, en l’occurrence Makhtar Diokhané, elle a nié les faits d’acte de terrorisme par association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste, acte de terrorisme par menace ou complot tendant à troubler l’ordre et déstabiliser l’autorité de l’Etat, financement de capitaux et blanchiment de capitaux. Sur les circonstances de son arrestation, elle a rappelé que c’est vers les coups de 4 heures 30 minutes du matin que les gendarmes ont fait irruption chez elle pour l’arrêter. « Quand les gendarmes sont venus, j’étais en train de rire parce que je ne pouvais pas imaginer que des gens viendraient dans notre maison à cette heure. Pendant ce temps, mon mari était en voyage. Avant de partir, mon mari Makhtar Diokhané m’avait dit qu’il allait rencontrer des amis (mbokk) qui ont des problèmes », a-t-elle dit. « Qu’entendez-vous par mbokk ? », a lancé le juge. « Ce que j’entends par Mbokk ? J’ai entendu les gens dire mbokk et moi aussi je le dis. Je pense même mon voisin est un mbokk. Mon mari ne m’a dit pas où est-ce qu’il allait. Il m’a juste dit qu’il n’allait pas durer. Auparavant, il s’était absenté plus de 8 mois. Il m’a dit qu’il était parti pour enseigner. Il ne nous envoyait pas de l’argent. A son retour du Nigeria, il ne m’a rien donné. Quand il partait aussi, il ne m’avait rien laissé ». Il résulte des déclarations que Makhtar a laissé au moins 500 euros. « Pour cet argent, je l’ai reçu de la part de Coumba parce que c’était pour continuer mon traitement. C’est Coumba Niang, ma coépouse, qui m’a dit que notre mari nous avait laissé de l’argent. Lorsque j’ai reçu l’argent en devises étrangères, je ne me suis pas posée de question. Elle ne m’a jamais parlé du montant ». Sur leur moyen de communication, elle a soutenu qu’elle correspondait par téléphone. « J’avais deux téléphones et on échangeait sur la ligne normale. Parmi les applications installées, il y avait télégramme. Abou Omar pensait que c’est la meilleure application pour échanger. Abou Omar je l’ai connu quand on était à Asecna. Lorsque mon mari était parti, il m’a appelé au téléphone pour s’enquérir de l’état de ma santé. C’est ainsi qu’il m’a demandé si j’entendais mon mari. Je lui ai dit pas tous les jours. Sur ce, il a installé télégramme disant que c’était la meilleure application pour communiquer. On s’est vu une seule fois et il m’a acheté le téléphone. Peut-être qu’il est ami avec mon mari », a-t-elle dit. A l’enquête, quand on lui a demandé est-ce que son mari était un membre de Boko Haram, elle avait dit oui. « Je l’ai su parce que c’est lui-même qui me l’a dit. C’est à son retour du Nigéria que ma coépouse lui a posé la question et il a répondu par l’affirmative. J’avais aussi dit qu’il avait ramené de l’argent. Avec cet argent, il a acheté des matelas pour moi et ma coépouse et une maison à Bambilor. Il a confié de l’argent à Coumba ». Cependant, elle a nié ces déclarations devant le juge.

Cheikh Moussa SARR

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