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La salle d'audience n°4 qui abrite le procès de Karim Wade et Cie

PROCES KHALIFA SALL ET CIE Les prévenus nient et s’expliquent sur le fond de la caisse d’avance

 

Le juge Lamotte accélère la cadence. Après le rejet des exceptions de nullité de la procédure, vendredi dernier, une partie des prévenus a été entendue sur le fond. Il s’agit de Fatou Traoré, Yaya Bodian, Amadou Makhtar Diop, Ibrahima Yatma Diaw et Mbaye Touré. Tour à tour, ils ont nié les faits avant de s’expliquer sur le fond de la caisse d’avance.

A l’ouverture de l’audience, hier, les avocats de la défense, notamment Mes Oussynou Fall et Khoureychi Bâ, ont formulé une requête pour demander que Khalifa Sall soit entendu en premier. Cependant, le parquet, l’agent judiciaire de l’Etat ainsi que les avocats de la partie civile ont rejeté cette demande tout en demandant au tribunal de déterminer la direction des débats conformément à la loi. « Nous le savons et nous le pratiquons depuis des années. Je ne pense pas qu’il existe qu’on demande l’ordre de passage des prévenus. Le tribunal ne s’est jamais immiscé dans les plaidoiries. Pourquoi aujourd’hui vous voulez demander quelque chose que nous n’avons jamais fait ? », s’est interrogé le juge Lamotte, selon qui c’est au tribunal de déterminer la direction des débats. Et donc qu’on le laisse dérouler comme il l’entend. Sur ce, il a appelé les prévenus un à un.

Fatou Traoré : « je leur ai prêté l’en-tête du Gie (Keur Tabar) de notre famille pour justifier les dépenses de la caisse d’avance »

Première personne à être entendue, il est reproché à Fatou Traoré, entre 2011 et 2015, avec les prévenus, d’avoir formé une association ou établi une entente pour commettre un délit contre des personnes ou leurs biens, faux en écriture de commerce, fausse facture de fourniture de mil et de riz, avec connaissance, aidé ou assisté les prévenus dans les faits de détournement public d’un montant provisoire d’1,830 milliard, d’avoir dans les mêmes circonstances de lieu et de temps assisté les prévenus dans les faits d’escroquerie portant sur montant de 1 milliard 830 millions. Elle a tout simplement nié les faits avant de confier : « en un moment donné, Yaya Bodian m’a demandé de lui prêter l’en-tête du Gie de notre famille pour justifier les dépenses de la caisse d’avance. Ce que j’ai fait. Et quand il établissait les factures, j’apposais le cachet du Gie et je signais en qualité de trésorière du Gie ». Sur la nature des factures, elle dira qu’il y avait des factures de riz et de mil. Et sur une question de savoir à qui appartient ce Gie, Fatou Traoré a rappelé que « c’est un Gie de famille qui a été créé en 1995. La famille n’était pas au courant des factures que j’établissais pour M. Bodian. C’était mensuel et je délivrais deux factures par mois. Pour les dépenses, il s’agissait de denrées alimentaires ». Les débats d’audience ont aussi permis de savoir que Yaya Bodian utilisait sur les factures des données d’Ibrahima Traoré, président du Gie, à son insu. « Ça faisait 24 factures par année et mon frère n’était pas au courant. Ce qui était facturé n’a jamais été livré, c’était juste pour justifier une caisse d’avance », a encore dit Fatou Traoré.

Yaya Bodian : « C’est un procédé qui date d’avant Khalifa Sall »

Poursuivi pour les mêmes délits, Yaya Bodian ne reconnait pas les faits. Mieux, il a répondu à Fatou Traoré qui a déclaré que c’est lui qui lui avait dit de lui prêter l’en-tête du Gie de sa famille pour justifier les dépenses. « C’est sur instructeur de mon directeur, Mbaye Touré, qui m’a demandé de trouver des factures pour justifier des dépenses diverses, que j’ai saisi Fatou Traoré. Cependant, je lui ai bien dit que c’est juste pour la forme tout en sachant que c’est des factures qui n’étaient pas destinées à la livraison. C’était pour permettre à la perception de mettre à disposition les fonds. C’est sur la base de ces factures que le percepteur donnait les faits », a-t-il dit. Tout en précisant que c’est un mécanisme mis en place par un percepteur qui était là. « Le percepteur nous a demandé d’amener des factures pour couverture. Le support c’est la caisse d’avance et le percepteur disait que c’était juste pour régler un problème comptable. C’est un procédé qui datait d’avant Khalifa Sall et on a toujours procédé de cette manière. On savait que Fatou Traoré avait les factures de leur Gie et je me suis rapproché d’elle pour qu’elle me les prête. J’établissais les factures et elle apposait la signature. Par la suite, elle m’a laissé les références et j’ai continué chaque mois », a soutenu Yaya Bodian. Par ailleurs, le Président du tribunal a posé une question, de savoir pourquoi les signatures de Yaya Bodian trouvées sur les factures ressemblaient à celles d’Ibrahima Traoré. « C’est moi qui ai signé les factures de 2011 à 2015. Je signais les factures comme ça, mais ce n’est pas ma signature officielle. J’utilisais cette signature pour les besoins de ces factures. Pour moi, ça n’avait aucune valeur puisque c’était seulement pour des formalités. Je dois aussi préciser que je n’ai jamais vu la signature d’Ibrahima Traoré », a répondu Yaya Bodian.

Ahmadou Makhtar Diop : « Ce que je signais ne correspondait pas à la réalité »

Egalement prévenu dans cette affaire, Ahmadou Makhtar Diop a été entendu. Et comme ses prédécesseurs, il a nié les faits. « J’ai pris fonction à la ville de Dakar en 2008. J’ai pris le train en marche et je me suis aperçu que j’étais membre d’une commission de réception des marchés. Il n’y avait pas de passation de service, donc je ne savais pas ce qui se passait », a déclaré Ahmadou Makhtar Diop. Avant de poursuivre : « en un moment donné, Yaya Bodian me donnait des procès-verbaux pour signature. J’ai vérifié la facture et tout était normal. Je lui ai dit pourquoi je vais signer parce que je n’ai pas assisté à la réception, il m’a dit que c’est des fonds destinés au maire. Je signais avec désinvolture. Ce que je signais ne correspondait pas à la réalité ». En réponse aux questions posées par le Président du tribunal, M. Diop a informé qu’il signait deux procès-verbaux par mois, un pour le riz et l’autre pour le mil. « De 2011 à 2015, j’ai signé l’ensemble des procès-verbaux que vous m’avez présentés. C’était la formule et j’ai commencé ça depuis 2008. J’ai su plus tard que le Gie Tabar ne recevait pas les fonds indiqués. J’ai apposé ma signature sans me préoccuper de la réalité », a-t-il conclu.

Ibrahima Yatma Diaw : « Ma signature ne saurait être un justificatif pour décaisser les fonds »

Ibrahima Yatma Diaw a précisé d’emblée qu’il ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Tout de même, il a renseigné que les procès-verbaux étaient le justificatif des fonds politiques. « Quand on me présente les procès-verbaux, ils étaient déjà signés par l’autorité, c’est-à-dire le maire Khalifa Sall. Cependant, ma signature ne saurait être un justificatif pour décaisser les fonds. Moi, je réceptionne seulement pour l’ordonnateur », a-t-il dit. Comme ceux qui lui ont précédé, il a rappelé que la caisse d’avance date bien avant Khalifa Sall. « C’est depuis 2002 que je suis membre de la commission de réception des fournitures au niveau de la ville. C’est comme ça que ça se passe. J’ai signé les procès-verbaux dans le cadre de mon travail. Mais ce n’est pas pour faire quoi que ce soit. Au moment où je signais je ne connaissais pas la nature des fournitures parce que je n’ai pas participé à la réception. De 2002 jusqu’à 2015, j’ai signé. J’ai signé un procès-verbal de réception de mil », a encore soutenu Ibrahima Yatma Diaw.

Mbaye Touré : « depuis 10 ans on accepte ces factures…»

Recruté à la ville de Dakar en 1992 comme cadre supérieur, Mbaye Touré a été affecté à la Direction administrative et financière. A cette époque, la caisse d’avance existait déjà. Il explique : « je voyais tous les mois le gérant de l’époque trouver des papiers pouvant justifier la caisse d’avance. Le maire était Mamadou Diop. Quand on m’a présenté ces documents pour la première fois alors qu’il n’y avait pas de procès-verbaux, je me renseigné. Et mes recherches m’ont permis de découvrir que déjà en 1983, cette caisse existait déjà. Il y a des documents qui prouvent cette conviction. La caisse d’avance faisant intervenir 3 personnes, notamment le maire, le percepteur municipal, le ministre délégué auprès du ministère l’Intérieur chargé de la décentralisation. Le receveur percepteur municipal remettait les fonds au maire ». Par ailleurs, dit-t-il, en 1997, ils ont créé une caisse d’avance qui sert de support pour les dépenses politiques. Et c’est le décret de 2003 qui réglemente les dépenses. « Cette caisse, ce sont des fonds politiques. C’est ça qui a guidé mon comportement dans cette affaire. Ce mécanisme en place est accepté par tous les acteurs, par le maire et les percepteurs. De 1994 jusqu’à maintenant, pas moins de 8 percepteurs sont passés et ont accepté ce mécanisme. Même le percepteur Ibrahima Touré avait refusé d’alimenter la caisse d’avance. C’est après l’avis de ses supérieurs qu’il a accepté de payer. Mais la caisse d’avance, c’est des fonds politiques. Pendant 10 ans, on accepte ces factures et lorsque j’ai vu ce mécanisme, c’est ce qui a guidé mon comportement dans le cadre de la gestion de la caisse d’avance », a-t-il dit.

Cheikh Moussa SARR

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