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Procès sur le terrorisme au Sénégal Les révélations hallucinantes des « djihadistes » continuent de pleuvoir à la barre

Des accusés poursuivis pour terrorisme au Sénégal ont défilé, hier, à la barre de la chambre criminelle de Dakar. Leurs déclarations devant le juge ont tendance à faire croire que ces derniers étaient dans une entreprise terroriste. La plupart des accusés entendus depuis l’ouverture de ce procès ont nié les faits, mais ont reconnu avoir été dans les rangs soit de Boko Haram soit d’Aqmi. Ils auraient même reçu d’importantes sommes d’argent.

L’interrogatoire des accusés se poursuit à la barre de la chambre criminelle spéciale de Dakar dans l’affaire Imam Ndao et Cie. Hier, c’était au tour de l’accusé Saliou Ndiaye d’être entendu par les juges. Né le 23 août 1984 à Kaolack, il est commerçant, polygame avec deux épouses et père de trois enfants. Il a comparu devant la barre pour répondre des faits d’actes de terrorisme par menace et d’attentats, actes de terrorisme par association de malfaiteurs, financement du terrorisme par association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et apologie du terrorisme. Il a nié les faits qui lui sont reprochés et a expliqué tout de même qu’en 2012, il a voulu aller en Afghanistan pour poursuivre ses études coraniques et acquérir de l’expérience. Car, on l’avait informé qu’on appliquait la charia dans ce pays. Cependant, devant les enquêteurs, il avait déclaré : « je voulais aller en Afghanistan pour prêter main forte à des frères musulmans qui subissaient des attaques, mais c’est mon guide, Imam Alioune Ndao, qui m’a demandé de ne pas y aller et j’ai suivi ses conseils ». Pourtant, il ressort de l’enquête que le mis en cause consulte fréquemment l’Etat Islamique pour, dit-il, se documenter. Par ailleurs, il a rappelé qu’ « en 2013, à la suite de la déclaration de la ligue des Arabes, je voulais me rendre en Syrie pour soutenir les victimes. J’avais souhaité la victoire des djihadistes contre l’Etat syrien ».

« Le terroriste Omar Diaby avait proposé de financer mon voyage »

Il faut dire que lors de son arrestation, l’exploitation de ses deux ordinateurs saisis ont montré que Saliou Ndiaye était en relation avec d’autres personnes, en l’occurrence l’accusé Abdou Hakim Mbacké Bao, Abdallah Babou alias Annas et Omar Diaby. Pour mémoire, en 2016, les États-Unis aiavaient placé le Franco-sénégalais Omar Diaby dit Omsen sur leur fameuse liste des terroristes internationaux. Il est considéré comme l’un des plus grands recruteurs de djihadistes d’Europe. En effet, Omsen avait fait convoyer au moins 50 jeunes Français vers la Syrie pour combattre dans les rangs de l’organisation terroriste Al Nostra. Le militant du Front al-Nosra (Jabhatal-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie) qui se fait aussi appeler Fateh al-Cham après avoir renoncé à son rattachement à Al-Qaïda fin juillet, est connu également sous le nom d’Omar Omsen. Selon les Américains, il a mené un groupe de 50 volontaires français vers la Syrie pour combattre dans les rangs d’al-Nosra. « Bien qu’il ait été considéré comme mort en août 2015, il a refait surface en mai 2016, affirmant que (l’annonce de) son décès était un stratagème pour qu’il puisse se rendre en Turquie pour une intervention chirurgicale », expliquaient les Américains tout en indiquant que  » Diaby avait attiré l’attention des services français de renseignement à cause de son implication avec un groupe extrémiste français et de ses vidéos de propagande sur Internet. A la barre, hier, l’accusé Saliou Ndiaye a encore confié que c’est ce même Omar Diaby qui avait proposé de financer son voyage en Syrie. Il avait aussi proposé de le loger et de le nourrir. « Cependant, mon projet de voyage vers la Syrie n’a pas abouti parce que je n’avais pas pu obtenir un visa pour la Turquie. Omar Diaby me demandait d’insister », a-t-il soutenu.

« Ma doctrine islamique repose sur « Ahloul Sunna »

Prenant la parole, le maître des poursuites a demandé à l’accusé : « est-ce que vous prônez l’application de la charia ? » Il a rétorqué : « je prône la charia parce que la majorité des Sénégalais sont des musulmans ». Procureur : « qu’est-ce que vous ferez du droit des minorités ». L’accusé répond : « Les minorités auront les mêmes droits que les musulmans. La seule différence c’est que les non musulmans auront à payer des impôts parce que leur sécurité sera assurée ». Dans les mêmes circonstances, Saliou Ndiaye a ajouté que sa doctrine islamique repose sur « Ahloul Sunna » (les gens de la Sunna et de l’ensemble des musulmans). « Les dirigeants de cette doctrine au Sénégal sont : Imam Alioune Ndao, Dr Ahmet Lo et Cheikh Assane Ka », a-t-il dit. « J’habite dans le même quartier qu’Imam Alioune Ndao. J’ai des relations très étroites avec lui. J’assistais à ses prêches. Il m’avait convaincu. Je suivais ses prêches et je les appliquais. Ses prêches m’intéressaient et je me suis rapproché de lui. Chaque vendredi, je priais à sa mosquée. Parfois, je déjeunais chez lui. On échangeait sur tous les domaines. Je n’ai jamais étudié dans son daara ». Sur une question de savoir est-ce qu’il connait Ben Laden, il a martelé : « j’ai vanté certaines de ses mérites parce que j’ai regardé une de ses vidéos intitulée « la face cachée de Ben Laden ». Dans cette vidéo, des gens qui n’étaient pas des musulmans chantaient la générosité de l’homme ». C’est sur ces entrefaites que l’avocat de Saliou Ndiaye est intervenu pour alerter le tribunal : « le procureur cherche à enfoncer mon client ». « Je ne cherche à enfoncer personne », a répondu le maître des poursuites à Saliou Ndiaye. Ainsi, le juge est-il intervenu pour dire : « ce n’est pas à vous de diriger l’audience. Calmez-vous et gardez votre sérénité. C’est au tribunal d’apprécier les réponses. C’est au tribunal qu’on cherche à convaincre ». Le calme revient, l’audience se poursuit.

« Je ne suis pas un terroriste et je ne suis pas d’accord avec ceux qui font l’apologie du terrorisme »

Sur une autre question de savoir est ce qu’il connaissait l’accusée Rama Bâ, il a soutenu : « je connais Rama Ba. On s’est connu au daara d’Imam Ndao. Je ne me rappelle plus de celui qui me l’avait présentée. J’avais dit à l’enquête que c’était Ibrahima Hann, mais je me suis trompé sur l’identité de la personne qui me l’avait présentée. Rama Ba et Aby voulaient rejoindre leurs époux en Lybie. Ayant rencontré des difficultés, elles sont restées au daara de Imam Alioune Ndao ». Il faut dire que les enquêteurs ont découvert sur le compte Skype de Saliou Ndiaye un message disant : « Salam Hakim ! Est-ce que le frère de Rosso vous a dit quelque chose à propos du travail que vous cherchiez. Je suis passé là-bas, on a discuté du marché mais il m’a dit qu’il y a des clients qui vont venir pour te rencontrer avec tous les autres clients de Richard Toll, de Kaolack et de Dakar ». Selon le procureur, ce message était à propos du projet pour aller en Syrie. Ce que l’accusé a nié en précisant : « je ne suis pas un terroriste et je ne suis pas d’accord avec ceux qui font l’apologie du terrorisme. Je ne suis pas un adepte de l’intolérance. Et pour justifier mes réponses, je dois vous dire que les enquêteurs nous posaient des questions pièges pour nous enfoncer ». A la fin de son interrogatoire, l’accusé Marième Sow, née à Saint Louis, a été entendue. Mère de 5 enfants, elle est la belle-sœur de l’accusée Coumba Niang. Elle est poursuivie d’actes de terroristes par menace, d’attentats et de complot, trouble à l’ordre public actes de terrorisme par association de malfaiteurs, financement du terrorisme, blanchiment de capitaux. A la barre, hier, elle a nié les faits, arguant que son seul tort est le fait qu’on lui a confié l’argent. « Coumba Niang m’avait confié de l’argent. Je ne me rappelle plus du montant. C’était la première fois qu’elle me confiait de l’argent. Je n’ai pas cherché la provenance de cet argent. Elle m’a remis de l’argent enveloppé quelque part. Je n’ai cherché à connaitre la nature de l’argent ni le montant », a-t-elle déclaré.

Latyr Niang : « les gens de Boko haram m’avaient montré une chambre pleine d’argent »

Les auditions se poursuivent et l’accusé Latyr Niang a été aussi appelé à la barre. Né en 1986 à Rosso, polygame avec deux épouses et pères de 5 enfants, il est commerçant de profession. Il a nié tous les faits pour lesquels il a comparu à la barre. A l’en croire, c’est Aboubacry Gueye qui a financé son voyage au Nigeria. « J’ai fait 21 jours dans ce pays sans savoir où je me trouvais. J’avais confiance en Aboubacry Gueye, c’est la raison pour laquelle j’avais accepté de voyager avec lui sans connaitre la destination. Quand j’ai su que j’étais dans la zone de Boko Haram, j’avais décidé de rentrer au Sénégal. Mais, le groupe s’y était opposé et pour me contraindre à rester, on m’avait montré une chambre pleine d’argent », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : « je n’avais jamais vu autant d’argent de ma vie. On m’avait même proposé de me donner une épouse là-bas pour que je reste, mais j’ai refusé. Tout ce que je voulais, c’était rentrer au Sénégal. Et je suis rentré avec mes propres moyens. J’avais 250 mille francs CFA par devers moi ». Répondant aux questions du tribunal, l’accusé a informé que l’accusée Coumba Niang lui a remis 4 millions de francs CFA de la part de Aboubacry Gueye. « Coumba Niang ne m’a pas remis 12 mille euros. Elle m’a remis 11 billets de 500 euros de la part de Aboubacry. Je ne suis pas un djihadiste. Je ne connais que le travail. Je n’ai jamais voulu de l’argent illicite. J’ai toujours gagné ma vie à la sueur de mon front », a encore déclaré l’accusé, qui a précisé : « je n’ai jamais dit que j’avais combattu aux côtés de Boko Haram. Je voulais voyager pour jouer au football, mais pas pour me retrouver dans la zone de Boko Haram. Je suis un père de famille. Cette arrestation a disloqué ma famille. Je ne connais pas la prison ». Seulement, devant le juge instructeur, Latyr avait soutenu : « quand je voulais rentrer, on m’avait demandé d’attendre l’arrivée de Makhtar Diokhané qui devait convoyer des Sénégalais djihadistes au niveau du Nigéria ». Il a nié ces déclarations avant de dire : « je n’ai jamais su que Makhtar Diokhané faisait le djihad. On m’avait juste dit de l’attendre parce qu’il devait venir avec des Sénégalais. Parce que quand j’ai décidé de rentrer, les éléments de Boko Haram m’avaient enfermé dans une chambre. C’est Aboubacry Gueye qui m’y a extrait ».

Notons par ailleurs que lors de la suspension de l’audience, les souteneurs des accusés se sont acharnés sur les journalistes, arguant que ces derniers ne rendent pas compte fidèlement de ce qui se dit à la barre.

Cheikh Moussa SARR

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