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Un proche de Macron en garde à vue

Député de La République en Marche, Thierry Solère est soupçonné d’avoir favorisé certains chefs d’entreprises.

Placé en garde à vue ce matin, Solère est suspecté depuis septembre 2016 d’avoir joué un rôle dans une affaire de fraude fiscale. Son immunité parlementaire a été levée dans le cadre de cette affaire. L’enquête a été élargie ensuite aux chefs de « trafic d’influence, corruption, abus de biens sociaux, financement illicite de dépenses électorales et manquement aux obligations déclaratives auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ».Après avoir présidé le Comité d’organisation de la primaire de la droite, Thierry Solère avait lâché en pleine campagne présidentielle François Fillon, comme Bruno Le Maire et ses proches Edouard Philippe et Gérald Darmanin, tous membres du gouvernement d’Emmanuel Macron aujourd’hui. Il fut au centre d’une polémique en se faisant élire, au nom de « l’opposition », questeur de l’Assemblée au nez et à la barbe du LR Eric Ciotti, avant de céder son poste fin 2017.

Exclu des Républicains, un temps membre des « Constructifs » (devenus Agir), il a rejoint La République en marche. Les faits dont les enquêteurs le soupçonnent remontent notamment, pour la fraude fiscale, à la période 2010-2013, alors qu’il était conseiller régional et lieutenant de Bruno Le Maire. Le député travaillait en parallèle comme conseiller stratégique dans le privé, notamment chez Chimirec, une entreprise spécialisée dans la collecte et le traitement des déchets industriels. Un poste qui lui rapportait « 12.000 euros par mois », avait révélé le site Mediapart en septembre 2016.

« Enrichissement occulte »
A l’été 2017, Le Canard enchaîné avait dévoilé que Thierry Solère avait « omis de régler une partie de ses impôts sur le revenu de 2010 à 2013, ainsi que la taxe foncière de la dernière année ». Un « oubli » qui lui avait valu « une saisie-arrêt sur salaire », selon l’hebdomadaire. L’élu avait au contraire affirmé avoir fait l’objet d’un « contrôle classique » et n’avoir « commis aucun délit fiscal ». Selon un article du Monde de début juillet 2018, le parquet de Nanterre soupçonne également M. Solère « de s’être servi de son influence » en tant qu’ »élu local et national pour aider ses sociétés clientes à obtenir des contrats publics ou un agrément des pouvoirs publics ».

Le quotidien évoquait aussi des soupçons d’embauche à « caractère fictif » de l’épouse d’un ex-dirigeant de la société Aliapur comme assistante parlementaire. Celle-ci était « chargée de faire son bilan de mi-mandat », « ce qu’elle a fait », affirme l’entourage de l’élu. Il lui est en outre reproché, toujours selon Le Monde, des faits « d’enrichissement occulte »: de « faux prêts » auraient été consentis par les sociétés d’un promoteur immobilier, permettant l’acquisition de « trois appartements » revendus ensuite « à ces mêmes sociétés en opérant au passage des plus-values ».

Le député conteste vigoureusement toute irrégularité, s’appuyant sur des attestations de fin de remboursement de plusieurs crédits immobiliers, que l’AFP a pu consulter. Le promoteur évoqué par Le Monde, un ami personnel de l’élu, se défend de toute transaction illégale avec ce dernier. Il affirme lui avoir bien acheté trois appartements, mais sans en avoir déjà été le propriétaire auparavant, a indiqué son entourage à l’AFP. L’homme d’affaires reconnaît par ailleurs lui avoir accordé un prêt, déclaré aux services fiscaux, mais qui ne concerne pas ces appartements.

Cette affaire aux multiples facettes a eu un effet collatéral de taille: soupçonné d’avoir transmis à M. Solère des éléments sur l’enquête le concernant, l’ex-garde des Sceaux socialiste Jean-Jacques Urvoas a été mis en examen en juin par la Cour de justice de la République pour « violation du secret professionnel ».

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