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Production laitière dans la vallée du fleuve : Des ministres torpillent un projet de plus de 4 milliards

C’est un projet estimé à 4 milliards 287 millions de francs Cfa de la Compagnie ouest-africaine pour la valorisation des produits de l’élevage (Covape) qui est tombé à l’eau. Les promoteurs espagnols ont pourtant dépensé plus de 100 millions de francs Cfa pour les voyages des différents ministres de l’Elevage. Il s’agit notamment de Pape Diouf, Yéro Ameth Diallo, Habib Sy et Oumou Khaïry Guèye Seck qui ont tous fait le déplacement sur l’Espagne aux frais des promoteurs.

Source : Wal Fadjiri
Estimé à 4 milliards 287 millions de francs Cfa, le projet de développement laitier du Nord Sénégal risque de ne pas se réaliser. Et pour cause ! A l’heure où le consommateur sénégalais est confronté à la hausse vertigineuse des prix des produits laitiers, l’Etat a mis le coude sur ce projet. Selon l’un des opérateurs privés sénégalais de la Covape, les Espagnols avaient déjà apporté 70 % du financement global du projet de développement laitier du Nord Sénégal. Les privés sénégalais devaient apporter les 30 %, soit 1 milliard 267 millions de francs Cfa. ‘Le président de la République, qui a été informé du projet, avait donné des instructions aux différents ministres chargés de l’élevage depuis 2000. Ils ont tous été invités en Espagne sans bourse déliée. Il s’agit notamment de Pape Diouf, Yéro Ameth Diallo, Habib Sy et Mme Oumou Khaïry Guèye Seck. L’un d’entre eux (que notre interlocuteur ne veut pas nommer, Ndlr), qui s’était vu refusé un billet d’avion, alors qu’il avait bénéficié d’un séjour de 4 nuitées à raison de 400 euros l’une (plus de 260 000 francs Cfa) avait promis de torpiller le projet. C’est ce à quoi nous assistons impuissants aujourd’hui. Il faut que le chef de l’Etat soit informé de ce que font certains de ses ministres. Leur attitude décourage les investisseurs’, déplore notre visiteur.

Les promoteurs du projet Covape avaient produit une étude de faisabilité. Et le président Wade avait instruit ses ministres pour la réalisation du projet de développement laitier du Nord Sénégal. Selon eux, ce projet pouvait contribuer à faire baisser la facture laitière. D’après leurs chiffres, le montant des importations était de 22,823 milliards de francs Cfa en 1993, alors qu’en 1994 (dévaluation du Cfa), il s’élevait à 34,316 milliards de francs. Aujourd’hui, cette facture est estimée à 42 milliards de francs Cfa. ‘Au niveau national, la suppression de la valeur mercuriale sociale et son remplacement par une taxe de 29,2 % sur la facture Caf (coût, assurance et fret) a contribué à augmenter de façon vertigineuse le prix du lait. Il n’est donc pas exagéré de dire aujourd’hui que le lait coûte cher au Sénégal et qu’il n’est plus à la portée de toutes les bourses’, soutient-il.

Les objectifs du projet Covape tournent autour de la construction d’un centre d’alimentation de ruminants pour la fabrication de 16 000 tonnes d’aliment par an, d’une industrie laitière pour la transformation de 12 millions de litres de lait par an, et de trois centres de services d’élevage pour la collecte de lait et la distribution d’aliment avec une capacité totale de 25 000 litres de lait par jour. Avec la construction de l’industrie de lait dans la vallée du fleuve Sénégal, le projet vise à mettre en place un système qui permettra de collecter, transformer et commercialiser le lait produit par les vaches de la région de Saint-Louis. Le démarrage du projet est possible grâce à la mise en place d’un ensemble d’infrastructures lourdes pour deux usines et les centres de services d’élevage, ainsi que des équipements variés. Ainsi, explique un des promoteurs, pour assurer le démarrage effectif du projet, il a été prévu deux années pleines pour les constructions et mises en place des équipements.

Au Sénégal, l’élevage est la deuxième activité du secteur agricole après l’agriculture. Il contribue à 35 % du Produit intérieur brut (Pib) du secteur primaire et 4,8 % du Pib total. La production laitière nationale reste cependant très faible. Elle est estimée en 2004 à 114,2 millions de litres et ne peut répondre aux besoins nationaux en produits laitiers. La satisfaction de la demande demeure ainsi tributaire des importations de produits laitiers. Elles ont représenté 250 millions de litres en équivalent lait en 2004, soit environ le double de la production.

Le directeur de l’Elevage, Malick Faye, a préconisé le développement de la production nationale pour résoudre l’équation posée par les croissantes importations de lait qui se chiffrent à 42 milliards de francs Cfa. Selon M. Faye qui intervenait, la semaine dernière, à Kaolack, à l’ouverture d’un atelier sur ‘L’alimentation de la vache laitière et la problématique de la stabulation et de la gestion technique de la reproduction en élevage laitier’, le Sénégal connaît en matière d’approvisionnement en lait un déficit structurel dont sont victimes les populations. Au grand bonheur des ministres qui torpillent les initiatives privées. Et les promoteurs de la Covape demandent au président Wade d’ouvrir une enquête sur le projet de développement laitier du Nord Sénégal.


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