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Prostitution- Témoignages poignants de filles de joie

Qu’est-ce qui pousse les filles ou femmes à exercer le plus vieux métier du monde ? Des prostituées nous dévoilent leur vie quotidienne dans toute sa crudité. Témoignages.

Awa et M.S (noms d’emprunt), deux figures différentes mais qui partageaient le même métier : la prostitution. Elles avaient soif d’aventures et d’argent. Et ça a marché. Depuis, M.S n’a plus arrêté et ça lui plaît. Alors qu’Awa, elle, a arrêté et  vaque à ses propres affaires. ‘’Née à Colobane et grandie aux Parcelles Assainies, j’ai grandi dans une famille rigide où l’apparence et le qu’en-dira-t-on étaient sacrés. Cette atmosphère étouffante a sans doute contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. Mes rapports avec mes parents étaient tendus, j’ai rapidement commencé à fuguer, à disparaître durant des jours entiers. C’est en traînant dans le quartier des prostituées que j’ai découvert le métier. Je devais avoir 17 et 18 ans et il m’arrivait quelquefois de passer la nuit chez l’une d’entre elles. Elles me dorlotaient, s’occupaient de moi comme si j’étais leur propre fille. J’ai aussi rencontré pas mal de marginaux qui m’acceptaient telle que j’étais, sans me juger. C’est de cette manière que j’ai compris ce qu’étaient la solidarité et l’entraide.

Souvent, au petit matin, des policiers passaient pour me ramener à la maison. Malgré les disputes et les sanctions, je recommençais dès la première occasion’’, nous confie Awa.  ‘’Si le métier est aussi dur et précaire pour une grande partie des prostituées, ce n’est pas uniquement lié à la nature de leurs activités. Selon Awa, il y a beaucoup d’intermédiaires, tenanciers, propriétaires, gérants de bars qui, malgré la législation en vigueur, se sucrent sur le dos des femmes. ‘’Cette situation est intolérable pour moi. Cela me révolte profondément. Il me semble que c’est là que réside la véritable prostitution, l’asservissement des femmes au profit des hommes.’’ Lorsque des jeunes filles inexpérimentées se lancent sur le trottoir, elles sont très souvent inconscientes. Elles prennent des risques inconsidérés, ont des rapports tarifés avec des hommes alcoolisés ou drogués sans avoir conscience du danger. Dans ce métier comme dans toute autre activité, l’expérience permet de se préserver. Je n’accepte jamais un client lorsqu’il est sous influence et je sais me fier à mon instinct. Ce n’est qu’après des années que l’on finit par trouver ses propres marques. Lorsque je vois de jeunes femmes après une agression, cela me fait de la peine et me donne envie de les aider. Depuis quelques années, une idée a germé en moi : sortir de ce métier, créer ma propre affaire et Dieu merci, depuis 4 ans maintenant, je suis propriétaire d’un grand atelier de couture avec 7 employés.’’

‘’Cette misérable vie est derrière moi’’

‘’Maintenant je suis mère de deux petits anges. J’ai, par la grâce divine, oublié cette misérable vie, même si je me sens sale dans mon corps. J’essaie de le surpasser afin de vivre heureux avec mon mari qui, jusqu’ici, ignore tout de mon passé. Je n’ai pas encore le courage de le lui raconter de toute façon. C’est mon passé et chacun a son passé qu’il n’osera raconter à qui que se soit. Si c’était à refaire, je ne le referais plus jamais car ce n’est pas un noble métier. On perd toute sa dignité à cause de ce métier. La preuve,  il m’est arrivé, dans un supermarché, de rencontrer un de mes anciens clients qui me demanda mon numéro, pensant peut-être que j’étais toujours dans le métier. Je ne lui ai même pas répondu et fait semblant de ne pas le connaitre.’’

 M.S : ‘’Ma beauté et mon arme dans ce vieux métier’’

M.S, une dame à la trentaine, rencontrée à la plage de Camberène, accompagnée de son enfant, se dit fière de son métier. ‘’J’ai été mariée à deux reprises. Ces unions se sont toutes soldées par des échecs. Naturellement, je ne me prostituais pas durant ces périodes. Mais le mariage, le fait d’être la propriété d’un époux et d’avoir des devoirs envers lui est contre ma nature. Ma vie d’alors était plutôt confortable. Nous habitions en Suisse italienne, dans une région ensoleillée. Au final, je ne veux appartenir à personne et c’est en menant la vie que je mène que je me sens le plus moi-même. Pour faire simple, chez moi c’est comme je veux, quand je veux. Il n’y a pas d’autre alternative possible. Je suis trop libre pour vivre en couple. Et je dois bien admettre que certains clients sont des gens charmants. Il n’est pas rare que l’un d’entre eux me fasse un cadeau, m’envoie un message tendre pour me dire qu’il pense à moi. Je ne suis pas seule. J’ai choisi la prostitution pour être financièrement indépendante et élever mon enfant.

Aujourd’hui, j’ai une bonne vie et beaucoup de liberté dans mon quotidien. Evidemment, savoir gérer cette liberté est quelque chose qui s’apprend…’’ ‘’Malgré plusieurs essais, je n’ai jamais réussi à trouver un emploi qui me convient. J’ai travaillé dans des manufactures, des secrétariats, sans parvenir à me sentir vraiment à l’aise, à ma place. La prostitution est quelque chose qui me plaît et me convient. Et quand on aime ce que l’on fait, on le fait bien.

Mon enfant n’est pas encore au courant de mon occupation. Elevé dans la tolérance et le respect, il ne me juge pas. Il est dans une très bonne école ici dans la capitale et je m’occupe bien de lui. Il ne manque de rien et n’envie personne. Etre une prostituée ne fait pas de moi une personne légère sur le plan moral et ne m’empêche pas de prendre mes responsabilités. A vrai dire, c’est même le contraire : mon engagement civique est plus grand que celui de la plupart des gens. La preuve, si vous m’avez trouvé ici c’est parce que je l’ai amené aujourd’hui dans cette plage enfin qu’il s’amuse avec sa maman et ses deux amis que j’ai aussi amenés sous l’autorisation de leurs parents.

Ma vie de prostitution n’a rien à voir avec ma vie familiale. Et d’ailleurs, pour protéger cet ange, je vous demanderai de ne pas citer mon nom. Je rencontre toujours le prétendant choisi dans un lieu neutre, comme un café. Si je ne le sens pas, je ne vais pas plus loin. Au contraire, si le rendez-vous se déroule bien, je peux rester plus longtemps que convenu, sans demander à être payée davantage. Il me semble essentiel de ne pas le mépriser en ayant l’œil rivé sur un réveil pour lui montrer que l’heure tourne. C’est comme ça que tout a commencé. Des hommes souvent respectables dans ce pays me payer entre 200 et 300 mille francs pour un moment intime avec moi. Il m’est même arrivé de me pointer les cheveux mouillés au rendez-vous, avant de repartir aux travaux dirigés. Ma beauté est mon arme dans mon métier. ‘’ Elle ajoute : ‘’Je prends plaisir à échanger avec mes hommes lorsqu’ils me font partager leur intimité, plus rarement leurs perversions. Nos relations sont simples, il y en a que j’affectionne amicalement. J’essaie d’avoir la réponse adaptée lorsqu’ils évoquent leurs problèmes personnels, que je ne suis pas en âge de connaître. « Ma femme n’aime pas le lit. Elle déteste faire l’amour comme je l’aurai voulu… » Ce sont les mots que j’entends le plus souvent de ces hommes menteurs. Ainsi, ma curiosité est beaucoup stimulée. C’est fascinant.’’

Khady Thiam COLY

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