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Quatrième forum de Dakar sur paix et sécurité: leçon d’une rencontre (Par Fatou Sow Sarr Dr en Anthropologie et sociologie politique)

Le quatrième forum sur paix et sécurité de Dakar vient de se terminer avec succès, et il faut saluer cette belle initiative de liberté d’expression, de mixité et d’échanges, d’où nous sommes sortis enrichis individuellement et collectivement. Mais face à un problème difficile et complexe nous devons nous arrêter un instant, car beaucoup de questions ont fait surface.

Premier étonnement

Le discours de la Ministre de la défense de la France, qui dès l’entame de son propos s’est réjouie de venir ouvrir le forum de Dakar, a choqué plus d’un. Ce lapsus peut être compris comme étant révélateur de l’idée que les français ont du forum de Dakar ; peut être parce que même si l’idée vient du Président de la République du Sénégal , elle a été formulée sur leur territoire, ou parce qu’ils en sont un des principaux bailleurs. Pour finir, le Senegal, bientôt plus grand contributeur en hommes pour la lutte contre le terrorisme au sahel, peut-il encore objectivement être en marge du G5

Deuxième étonnement

Une séance de haut niveau avec les hauts gradés de l’armée et de la gendarmerie, sans le patron de la police, a encore étonné. Le terrorisme n’étant plus une affaire de frontière cela se passe au sein des communautés et la police plus que tout autre corps des forces de défenses et sécurité est au cœur de la communauté. L’absence du patron de la police a suscité beaucoup de commentaires, mais peut être qu’il était dans une autre mission !

Troisième étonnement

Ce forum n’a pas vu la présence au plus haut niveau de nos voisins immédiats, en dehors du Mali et plus largement de la sous région. Que se passe t-il ?

Quatrième étonnement

Parce que le terrorisme n’est plus une seule affaire des militaires, les communautés que leurs enfants soient victimes ou acteurs, auraient pu beaucoup apporter. Les autorités traditionnelles et religieuses comme un nombre important de femmes sont repartis aussitôt après la cérémonie d’ouverture, pourtant ils auraient pu prendre part aux échanges.

Mise en garde

En écoutant les différents discours nous avons l’impression qu’on met davantage l’accent sur les facteurs et non sur les déterminants. La pauvreté et la mal gouvernance sont des facteurs amplificateurs, mais les causes profondes ce sont les politiques de déstabilisation de l’Afrique pour le contrôle de ses ressources et qui utilisent comme moyen le terrorisme pour atteindre leur but et bien sur, la pauvreté et la mal gouvernance vont attiser les flammes allumées par d’autres. Nous devons nous demander d’où viennent les financements des terroristes et les armés sophistiqués à leurs dispositions. Tout en étant conscient de nos devoirs et responsabilités, nous devons refuser la culpabilisation et pointer du doigt les véritables auteurs.

Satisfaction

L’intervention de l’ambassadeur du Sénégal au Niger dans l’atelier sur la migration, nous a offert l’image d’un diplomate qu’on aimerait souvent rencontrer. Un diplomate de terrain, suivant le chemin de la migration, à la rencontre de ses compatriotes pour comprendre leur vécu les sensibiliser et surtout être capable d’apporter des informations précieuses.

Perspectives

Le terrorisme est devenu une affaire trop importante pour être laissé aux seules mains des forces de défenses et sécurité. Il frappe à partir des communautés, c’est pourquoi, la famille qui est la cellule de base doit être un élément important dans la stratégie de prévention de contrôle et de défense. C’est par elle qu’il faudra passer pour donner aux populations les moyens de résistances, par l’armement moral, comme l’ont fait les religieux au siècle passé qui nous a permis de résister mentalement et intellectuellement à la colonisation.

Professeur Fatou Sow Sarr

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Un commentaire

  1. Bravo Fatou, en votre qualité de sociologue, vous avez fait une bonne analyse du forum de Dakar et vous avez pointé du doigt les véritables problèmes et les perspectives nous viennent comme des pistes de réflexion pour faire face à ce phénomène. Nous avons l’habitude de dire que faire face un phénomène, il faut adresser des réponses structurelles et non des réponses conjoncturelles. Le forum de Dakar n’a pas adressé les véritables réponses et les véritables acteurs ne sont pas présents. De ce point de vue, aucune solution n’est inscrite dans la durée.

    Félicitation Fatou