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QUE CACHENT LES ATTAQUES D’IDRISSA SECK CONTRE LE PRESIDENT MACKY SALL ?- PAR ABDOUL AZIZ DIOP

En communication politique, une technique bien connue de dissimulation d’une mesure impopulaire prise par un pouvoir en place ou d’un échec dans la gestion d’un dossier par la haute administration consiste à créer des sujets sans portée dont tout le monde discute et qui éloignent les citoyens de la réalité plutôt préoccupante. Les politologues anglo-saxons usent dans leur jargon du concept « Issues » pour désigner les questions insignifiantes dont se servent les politiciens en perte de vitesse pour fabriquer un coin (« wedge » en anglais). On parle alors de « wedge issues » leur permettant d’« enfoncer un coin » pour diviser le camp adverse et l’affaiblir dans un contexte où rien n’indique que les citoyens souhaitent les entendre ou modifier leurs préférences à leur profit.

En France, « l’enfumage sarkozyen » consista, entre autres, à susciter un débat sur la burqa plutôt que sur la réforme (impopulaire) des retraites. On connaît la suite : la réforme passe malgré la levée de boucliers des syndicats. Dans les années 80, les ultraconservateurs américains (tous républicains) se montrèrent particulièrement habiles dans l’utilisation de la technique qui leur permettra d’obtenir le ralliement inattendu d’un grand nombre d’électeurs et de remporter les élections face aux démocrates. Ces derniers, pourtant plus sérieux, eurent du mal à se prévaloir de leur patriotisme face à des adversaires républicains qui firent campagne sur le thème de la bannière étoilée que d’aucuns – moins d’une dizaine d’Américains par an – osèrent brûler. Quid des « wedge issues » dans la communication des politiciens sénégalais ? Dans ses attaques récurrentes et toutes infondées contre le président Macky Sall, Idrissa Seck semble vouloir en user. Mais que cherche-t-il à cacher lorsqu’il fait feu de tout bois dès que l’occasion se présente à ses yeux ? Si, comme le laisse entendre Idrissa Seck, le président Macky Sall avait été « incompétent » au cours des quatre dernières années, l’artifice aurait été au coeur de sa méthode pour gagner du temps. Il n’en est rien, le Président préférant mouiller la chemise en faisant le pari (réussi) de la croissance (6,5 % en 2015 au lieu de 1,7 % en 2011) dans la solidarité (30 milliards de nos francs en 2015 distribués aux ménages éligibles au titre du Programme national de bourse de sécurité familiale).

Obligé de changer son fusil d’épaule, Idrissa Seck parla de « déshonneur » quand arriva le moment pour le peuple souverain de trancher le débat sur la durée du mandat en cours du président Sall. Le 20 mars 2016, les Sénégalais décident que l’expérience se poursuive jusqu’en 2019. Le temps de concocter un plan alternatif au PSE existe donc qu’Idrissa Seck ne mettra pas à profit, préférant « enfoncer un coin », celui de l’« indignité » dont Karim Wade paierait le prix fort quelques jours seulement après sa sortie de prison. Cette fois, l’ancien maire de Thiès cherche à dissiper la clameur de l’accusation très grave portée contre lui par Samuel Sarr dans les colonnes de Libération.

Selon l’ancien ministre  d’Abdoulaye Wade, Idrissa Seck aurait volé 74 milliards de nos francs avant de diligenter la clôture du compte pillé. Dans l’essai que nous avons consacré à la succession du président Abdoulaye Wade (L’Harmattan, Col. Pensée Africaine, 2009), nous conclûmes le chapitre de 8 pages consacré au « Protocole de Reubeuss » en ces termes : « Pendant qu’Abdoulaye Wade et Idrissa Seck s’obstinaient à ne pas reconnaître l’obsolescence de leur jeu, Karim Wade, pendu aux basques de son père, s’efforçait, lui, de trouver les moyens de sa propre histoire. Le clan se fissure à son profit exclusif. C’est le moment choisi par Idrissa Seck pour créer son propre parti afin de nouer les alliances censées lui éviter le pire. Histoire, le moment venu, de faire monter les enchères. » L’issue est désastreuse : Idrissa Seck ne tire toujours pas les leçons des échecs de 2007 et 20012. Il est peu probable que l’usage de « wedge issues » – tel un borgne au royaume des aveugles – le sauve d’une bérézina dans un peu moins de trois ans.

Dans une démocratie où « le Président de la République a le droit de faire grâce » (Article 47 de la Constitution), le citoyen peut toujours se demander s’il y a abus de pouvoir en cas de grâce accordée à un détenu. Le décret n° 2016-880 du 24 juin 2016 montre que le Président s’est refusé à tout abus de pouvoir par le maintien des « sanctions financières » et de la « procédure de recouvrement commencée » contenues dans la décision de justice du 23 mars 2015 concernant les anciens détenus Karim Meïssa Wade, Ibrahima Aboukhalil dit Bibo Bourgi et Alioune Samba Diassé. Celles et ceux qui, comme Idrissa Seck, reconnaîtraient au Président le droit de dealer s’arrogeraient ce droit le moment venu. Parce que ce moment tarde à venir, M. Seck s’arc-boute aux techniques éculées de manipulation du public pour ne jamais s’expliquer sur l’origine de sa fortune et s’affranchir du travail politique qui vaut au président Macky Sall son rang et son prestige international depuis le 25 mars 2012. C’est naturellement sur la teneur et l’application effective du décret présidentiel – plutôt que sur la réaction émotionnelle du coordonnateur du Forum civil – que portera en partie le coup de projecteur de Transparency international (TI).

En cas de parti pris, que reste-t-il du statut (honorable) d’un observateur neutre de la gouvernance dans son pays ? Quant aux intermittents de l’activité partisane (Mame Adama Guèye, Cheikh Tidiane Dièye et Mouhamed Sall Sao), il est souhaitable qu’ils continuent d’habiter seuls le territoire imaginaire, baptisé « Senegaal bi _u bëgg », où les élus sommés de dire tout ce qu’ils savent se lâchent, torpillant ainsi leur propre sécurité et celle des autres. Ce qui les fait jaser par intermittence est tout aussi dérisoire que la haine des partis politiques au pouvoir partout dans le monde. Mais pour combien de temps encore ?

Abdoul Aziz DIOP
Conseiller spécial à la Présidence
de la République

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One comment

  1. Une analyse nulle et non avenue.ça sent le griotisme et c’est dommage, une plume futée devenue dame de compagnie.Mr Diop on te comprend c’est macky qui te nourrit et l’adage dit : mange mon pain et chante ma chanson. Mr Diop vous êtes plus un homme libre