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Que faire face au serpent de mer des crises des universités ? (Par Par Samba Diouldé THIAM)

  • Date: 1 septembre 2015

Les universités sont régulièrement agitées depuis des décennies. Une réforme majeure est en cours. Elle est bien pensée et bien dotée par l’autorité politique en charge du pays. Un ministre lucide, courageux et loyal est en responsabilité pour conduire l’enseignement supérieur. Le président de la République lui a récemment renouvelé la confiance pour poursuivre la mission assignée.

A l’ucad, des manifestations  d’étudiants, motivées semblent-ils par le non-paiement des bourses depuis le mois d’octobre 2013, ont conduit à mort d’homme. Cette perte est regrettable à tous égards et le gouvernement est le premier à le regretter et s’est déplacé pour présenter les condoléances à la famille de la victime.
Rappelons deux principes majeurs intangibles :
• Quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons d’une manifestation, la violence est inacceptable pour la soutenir.
• Le gouvernement a la responsabilité de l’ordre public et il faillirait à sa mission de puissance publique si le risque de la bavure l’entravait dans l’accomplissement des missions en la matière. S’il s’en produit une, les responsabilités doivent être assumées par le ou les auteurs et la justice saisie pour que force reste à la loi.
Dans tous les cas, le gouvernement doit anticiper les évènements et y faire face quand ils adviennent. Les réformes en cours ont dépassé le stade de leurs élaborations et des décisions y afférentes. Elles doivent être mise en œuvre avec vigueur, fermeté et stabilité dans les orientations validées. Elles ne peuvent subir que des ajustements mineurs.
Les points saillants du désordre tournent autour des retards de  paiement des bourses, de la restauration, de l’hébergement et du maintien de privilèges indus acquis dans les années passées.
Les bourses sont un fardeau très difficile à soutenir pour les finances publiques. Des mesures visent à rationaliser et à rendre plus efficace le système d’attribution initiale et de renouvellement. Il est de nécessité impérieuse de rompre avec l’idée largement présente dans l’opinion publique que l’étudiant a droit automatiquement  à une bourse  ou une aide, idée installée avec la décision politicienne du président Wade de généralisation du pécule étudiant.
L’enseignement universitaire est sélectif à toutes ses étapes, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un caractère de masse. Lui enlever son caractère sélectif et même hautement sélectif au fur et à mesure qu’on y monte, c’est signer sans rémission possible sa dégénérescence.
Le passage du secondaire au supérieur est soumis à l’obtention du baccalauréat. En faire la seule condition d’accès au supérieur n’a aucun fondement. Car l’on est en face des possibilités du système sénégalais dans sa globalité, des nécessités d’organiser la vie économique et sociale en tenant compte des besoins et des moyens de la société dans son ensemble. Les priorités, les équilibres et les moyens  sont établis par les autorités qui ont reçu cette mission de la totalité des citoyens à travers les élections. On ne peut donc pas être dans la contestation permanente du choix des sénégalais, en empruntant chaque fois des prétextes revendicatifs.
Si la revendication sort de son objet précis, si elle s’assigne une fonction de remise en cause des décisions issues du suffrage, elle ne doit rencontrer aucune attention sérieuse et doit être repoussée fermement. La plupart des revendications ressortissent de cette catégorie.
Du point de vue de la gestion des situations, il est fondamental de procéder à topographie des revendications pour définir des lignes de conduites cohérentes et efficaces. Dès lors le gestionnaire politique doit anticiper et éviter les situations qui créent des prétextes plausibles et mobilisateurs pouvant conduire au trouble de  l’ordre public.
Si des bourses restent impayées pendant des mois, la responsabilité du gouvernement est totalement engagée.
Notre suggestion est qu’une grande priorité soit accordée au paiement des bourses, sans retard et sans à-coup, pour supprimer une des grandes causes du trouble universitaire. Des solutions existent aux obstacles techniques et le caractère de sauvegarde publique doit dicter l’impérieuse nécessité d’apporter des solutions aux blocages dont le coût d’image politique est exorbitant pour le gouvernement et la démocratie sénégalaise.  Un autre centre de crises dans les universités est lié à l’existence des Centres des Œuvres Universitaires.
Il convient de repenser totalement la mission de ces centre, car ce qui s’y déborde des leurs frontières et a constamment des répercussions nationales.
Pour l’hébergement :
Premièrement, la fonction d’hébergement doit participer de la recherche de l’excellence du système pédagogique universitaire, par la priorité absolue accordée à l’excellence dans les études, et le renoncement à l’hébergement à caractère social.
La deuxième question à trancher est la suivante : limiter les capacités d’hébergement  dans toutes les cités universitaire, restaurer et maintenir la qualité et la sécurité des lieux ou continuer de s’installer dans une politique illusoire d’extension des capacités de logement.
L’admission dans les Cités devrait s’inspirer de l’orientation des bacheliers à travers le site www.campusen.sn, pour une totale transparence de l’accès aux logements selon des critères rigoureux d’excellence.  Pour couper court aux récriminations, il serait souhaitable de publier sur les sites des universités et même dans les journaux de la place les noms et les conditions remplies par ceux qui seront sélectionnés, pour des raisons de transparence et surtout pour diffuser la culture de l’excellence et du mérite du savoir au niveau des étudiants et de l’opinion publique. Pour la restauration, je suggère que le gouvernement à travers les centres des œuvres renonce définitivement à s’en occuper.
A la place deux mesures radicales devraient être prises :
Premièrement, la responsabilisation totale des étudiants pour se restaurer, en transférant aux ayants droit la subvention des tickets de restaurant. Les avantages de cette mesure : est qu’elle augmente le pécule de l’étudiant ayant-droit qui évaluera mieux ce qu’il coûte à l’Etat ; il n’y aura pas de détournement sur le chapitre des tickets ; l’étudiant choisissant où il mangera avec les ressources à sa disposition n’incriminera plus l’administration de son centre des œuvres.
Deuxièmement, en lieu et place des restaurants et cuisines que construirait l’Etat, celui-ci devrait affecter dans les environs des universités des domaines destinés uniquement à recevoir des investisseurs dans la restauration universitaire, pour éviter les mélanges des genres et les tentations et dérives de la proximité des étudiants et étudiantes avec d’autres types de consommateurs interlopes, chasseurs de bonne chair humaine et de plaisirs.
Aux considérations précédentes, il m’apparait indispensable de restaurer le fait fondamental, et pour que personne n’en ignore, que l’université est un lieu de transit temporaire pour ceux qui viennent étudier, que toutes les dépenses qui lui sont consenties ont pour objet d’assumer cette mission de formation des ressources humaines de haut niveau pour les besoins du corps social.
En aucune manière l’université n’est et ne saurait être une œuvre sociale charitable, ni une pouponnière pour jeunes filles et jeunes gens hantés par  l’insertion sociale qui les attend.
C’est pourquoi, la fonction « sociale » de la bourse, justifiée par ceux qui y prétendent en raison de la pauvreté de leurs parents, n’a aucun fondement démocratique, moral ou véritablement social.
Ceux qui atteignent le baccalauréat et l’université et qui invoquent l’état de pauvreté de leurs origines ne manifestent par là qu’une indigence intellectuelle et un manque d’ambition de sortir de la pauvreté. Ceux d’entre eux qui sont brillant n’ont que faire de la pauvreté des origines pour recevoir une bourse, allocation donnée au nom de la société à ceux qui méritants. Ceux qui ne sont pas brillants font du chantage au pouvoir politique et font dans le populisme. Il faut se faire à la raison que récompenser le mérite est plus méritoire et plus incitatif que récompenser la pauvreté.
A égalité de compétence intellectuelle, le manque de moyens des parents peut-être un facteur discriminant favorable pour celui qui s’en prévaut. Il est temps également de se défaire de l’idée généralement admise comme une bonne idée, que la bourse de l’étudiant doit être partagée avec la famille. La bourse ne doit être partagée avec personne et doit être exclusivement consacrée à aider l’étudiant à bien étudier en se concentrant sur ses études, en gérant avec une extrême rigueur les ressources dont il dispose. Gaspiller la bourse, soit en la partageant avec la famille, soit en la détournant pour faire la bringue, est un crime de dissipation de ressources de la communauté. Il n’y a pas de grands ou petits crimes. La politique et la religion occupent indument une place importante dans nos universités.
Traditionnellement, la politique est plus ancienne que la religion à l’université. Cela est le résultat d’une longue histoire coloniale de nos pays.
Nos universités ont été des centres de résistance contre le colonialisme, des lieux de déconstruction de  son idéologie et de fabrication des cadres dirigeants des mouvements syndicaux et politiques pour la libération, et parfois de la résistance armée. La libération de la société du joug colonial était une mission que les universitaires les plus brillants de leurs générations ont assumée avec honneur et bonheur. La suite des positions des intellectuels une fois les indépendances acquise est un autre débat. Certains ont estimé que la mission libératrice du peuple n’est pas achevée avec le démarrage de la décolonisation, d’autres étaient d’avis contraire.
Avec les indépendances, progressivement la politique à l’université s’est inscrite dans des termes qui n’ont cessé d’évoluer. Les tenants des pouvoirs politiques ont mis beaucoup de temps, plusieurs décennies, à conquérir des postures d’influence dans le mouvement étudiant qui était sous la férule de la gauche, d’abord historique à travers le Pai, puis la gauche éclatée : Pai-Pit, Aj, Ld, les trotskistes, puis, la droite à travers le Pds, les religieux comme idéologie puis comme confréries enfin les diverses mafias en quête de prébendes.
Le constat est que les influences intellectuelles politiques et religieuses sont en concurrence forcenée dans les universités. Le recul des idéologies a été annoncé par l’émiettement de la gauche, la naissance des premiers cercles religieux et confrériques, enfin l’émergence des seigneurs de l’affairisme. Le fait porteur de violence consubstantielle à l’université s’est installé avec la disparition des grandes organisations étudiantes, l’émergence des mouvements facultaires, les amicales et leurs ersatz les affairistes.  A l’image de la naissance de la « participation responsable » dans le syndicalisme ouvrier au début des années soixante, l’on a vu se diffuser dans toutes les instances de la société des types de « participation responsable », à des vitesses et rythmes différents.
La logique de cette apparition est liée aux stratégies du pouvoir politique pour élargir ses moyens de gestion de la société pour ne pas se cantonner seulement dans le recours aux  moyens répressifs devenus incapables de contenir les mécontentements dans la société. Il y’avait une conscience claire du Président Senghor à la suite des évènements de 1968  que pour assurer la durée de vie du régime, il fallait associer et intéresser de larges pans du corps social organisé ou en situation de contestation par une redistribution des ressources.
Cela allait des sphères religieuses et syndicales vers le reste de la société. En développant le mercantilisme politique, religieux, syndical, estudiantin, dans les corps armés et de sécurité selon des modalités spécifiques, le régime socialiste a prolongé ses jours de trente ans, ce qui n’est pas mal du point de vue strictement politicien.
Là est le secret de l’absence de coups d’Etat au Sénégal mais également du pourrissement que la société sénégalaise paie à ce jour. C’est cette perspective qui structure les différents mouvements dans la société, explique l’évanescence de l’autorité des religieux, des dirigeants politiques, syndicaux, étudiants, des organes de diffusion et de presse etc…et les violences des diatribes à longueur d’ondes et d’images.
Les ruptures ne peuvent être efficientes et durables que si elles sont des ruptures d’avec d’anciennes logiques encore à l’œuvre dans la société,  tout en ayant épuisé leur potentiel transformateur ou organisateur et qui se survivent, en attendant de disparaitre.
Cette disparition, bien qu’inévitable, oppose des résistances farouches.
L’affairisme syndical comme l’affairisme estudiantin sont de même nature, avec un facteur aggravant chez ces derniers par un sentiment d’impunité renforcé par les atermoiements des autorités politiques et judiciaires depuis des décennies.
Le mort des émeutes d’août 2014 à l’Ucad n’est-il pas le mort de trop pour sortir d’une impasse qui dure quarante décennies ?

* Député

Par  Samba Diouldé THIAM

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