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QUEUES DE VACHE- L’arrêt « Noflaye » des HLM en vente

 Les images de vente de queues de vache frisent le ridicule à première vue. Ces objets banals, à la limite, comportent des vertus pour tout homme qui s’en procure. À l’image des gris-gris qui se vendent comme de petits pains à Dakar, les queues de vache protègent ses détenteurs contre le mal mystique. Une vertu capitale que se targuent à expliquer les vendeurs de ces articles aux clients qui se pointent à l’arrêt « Noflaye » d’HLM.   

L’arrêt « Noflaye » se situe aux encablures du bouillonnant marché des HLM. Sur ce carrefour de fortune où s’entrecroisent des allées qui longent de long en large ce quartier, les cars rapides, moyens de transport très prisés des Dakarois, y sont stationnés à la recherche de clients. Le vrombissement assourdissant de ces véhicules, pollue, inexorablement l’atmosphère de grosses fumées pimentées que dégage le gasoil des échappements de ces engins en état piteux.

De l’autre côté de cet axe, on aperçoit sans difficulté des queues de vache suspendues sur une perche en bois et un cordonnier en exercice, meublant ainsi, l’autre facette de l’arrêt « Noflaye ». Ils sont des dizaines de personnes essentiellement des adultes à s’adonner dans la vente de queues de vache et dans la tannerie ici. Les uns sont assis à l’aide de chaises en plastique tandis que les autres s’attèlent à la peausserie. Un commerce en miniature sur des objets qui s’emblent à l’apparence inutile : la vente de queues de vache. Cette chevelure en crinière bien ajustée à l’aide de file de fer rappelle la tradition africaine dans ses réalités mystiques. Djiby Niang, la quarantaine consommée nettoie ses objets de la poussière. « Ces queues de vache ont pour rôle de protection contre le mal mystique. Nos parents l’utilisaient pour se protéger comme les mauvais esprits par exemple en les suspendant à l’entrée d’une demeure », dit-il. Ces objets sont aussi connus pour leur utilité dans la conduite des véhicules. Elles permettent dans ce cas, d’éviter des accidents, surtout, pendant la nuit selon toujours ces commerçants qui s’attèlent dans ce commerce. Le crédit accordé à la croyance traditionnelle a profondément changé dans nos sociétés modernes. Le temps a évolué avec son cortège solitaire qui a laissé de côté certaines pratiques traditionnelles voire un pan entier du visage authentique du continent noir. À Dakar, malgré ce vent de déculturation avancée, certaines personnes sont toujours attachées aux croyances africaines. Ce chauffeur de taximan en est une parfaite illustration. « Je suis venu payer une queue pour le mettre derrière mon véhicule car ça me protège contre tout », avance-t-il. Le sourire forcé, ce jeune taximan donne l’air d’être gêné dans ses explications du contenu traditionnel accordé à ces objets. Les regards furtifs des passants ont fini de faire de ce jeune une victime de la modernité.

Il donne l’air de se ridiculiser en payant cet objet. Il se précipite dans son véhicule et quitte ainsi le lieu avec une certitude d’être protégé contre les mauvais esprits. Un client parmi tant d’autres qui viennent chaque jour ici pour en acheter. « Les chauffeurs de taxi sont nos principaux clients, c’est pourquoi on leur vend à 500F l’unité et non 1000F pour les particuliers », soutient, Djiby Niang. « Chaque jour, j’en vends au moins cinq », ajoute-t-il.

Leur source d’approvisionnement, l’abattoir de Seras, situé, à la périphérie de la ville. À côté de ce commerce de queues de vache, d’autres activités comme la tannerie et la cordonnerie s’exercent dans la complémentarité en attendant  d’éventuels clients.

 Khady Th. Coly

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