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Rachat d’Africamer par des opérateurs privés russes : « on les éconduit par la porte, ils reviennent par la fenêtre »

  • Date: 26 août 2015

Le quotidien l’OBS du 31 juillet 2015 a annoncé que le liquidateur d’Africamer venait de signer  avec la société Flash Afrique Sea Products (que nous appelons FLASH, une société de droit sénégalais mais appartenant à des opérateurs privés russes), un protocole de reprise de la société en liquidation depuis 2011.

 Les termes de l’entente préliminaire convenue se résument comme  suit :
– le repreneur compte améliorer les activités d’Africamer « avec un cycle complet de production, de traitement et d’exportation de surgelés, de conserves et de farine de poissons » ;
– pour faciliter la liquidation, le bail  signé entre Africamer et le port autonome de Dakar (PAD) devrait être renouvelé au profit du repreneur qui, en outre, bénéficierait des  licences de pêche  accordées à la défunte société. Ces deux promesses devraient se concrétiser dans un délai de 2 mois, à compter de la date de signature définitive de la vente, faute de quoi, les 2,7 milliards de FCFA versés par les russes, seraient  remboursés.
Dans les lignes qui suivent  nous allons :
– faire un rappel  portant sur Africamer ;
– citer les différentes tentatives des autorités russes pour faire pêcher leurs bateaux dans les eaux sous juridiction  sénégalaise ;
– développer nos observations sur  les programmes que FLASH envisage de réaliser au Sénégal, si le rachat  d’Africamer se concrétisait.
De Sonafrig à Africamer.
Africamer a été créée en 1979, suite au rachat de l’entrepôt frigorifique SONAFRIG par des opérateurs  privés.
Africamer :
– était une entreprise intégrée avec ses 13 chalutiers glaciers et ses 3 congélateurs. Elle occupait, au quai de pêche, une superficie de  20.856 m2 sur laquelle, sont bâtis  sur  12.356 m2 des bureaux, des ateliers, des  unités de production de froid, une fabrique de glace, des chambres froides une chaîne de filetage et de préparation du poisson ;
– traitait, par an, 20.000 tonnes de poisson et en exportait 12.000, dont 85% vers l’Europe.
– avait créé 2.425 emplois dont  506 CDI, 219 CDD et 1700 journaliers.
Africamer fut la plus importante unité de pêche du Sénégal, en termes de chiffre d’affaires, de création d’emplois et de recettes d’exportation. Elle a connu, entre 2005 et 2010, des difficultés qui ont entraîné une suite d’arrêts suivis de reprises d’activités éphémères. La société a été, finalement, mise en liquidation le 19 octobre 2011.
Les tentatives de la Russie d’accéder aux ressources halieutiques du Sénégal.
L’accès des eaux des pays situées sur la façade nord-ouest africaine, comme le Sénégal, est très  importante pour la flotte de pêche lointaine russe. A cet égard, la  Russie déploie beaucoup d’efforts pour avoir l’autorisation de poursuivre les bancs de petits pélagiques, dans les eaux respectives du Maroc, de Mauritanie, de Gambie, du Sénégal et de Guinée Bissau.  Ainsi, chaque année, à l’approche de la saison froide, les autorités russes s’agitent en faisant des propositions aussi saugrenues que la livraison de camions, de fournitures de bureau et l’attribution de bourses d’études, en contrepartie de droits de pêche.
Ainsi en :
– 2010-2011, les bateaux russes, ont pu, à satiété, piller les eaux sénégalaises. Le ministre chargé de la pêche de l’époque leur ayant accordé des avantages outranciers. Ainsi, la sardinelle leur a été cédée à 35 dollars la tonne. Greenpeace, sans jamais avoir été démentie, dans un rapport très bien documenté « Main basse sur la sardinelle», soutient que c’est 120 dollars qui ont été payés au Sénégal. Cette  sardinelle est revendue à 400 dollars sur les marchés africains ;
– avril 2012, la flotte russe a été sommée de cesser ses activités dans les eaux sénégalaises ;
– 2013, un accord de pêche a été signé entre la Russie et la Guinée Bissau, offrant aux bateaux russes la possibilité d’opérer dans la zone commune entre le Sénégal et la Guinée Bissau et d’en profiter, pour faire des incursions dans les eaux sénégalaises ;
– 2013 toujours, dans l’OBS du 31 décembre 2013  au 1er janvier 2014, il est indiqué que des investissements portant notamment sur des infrastructures frigorifiques ont été proposés au Sénégal ;
– 2014, un opérateur économique de Dakar a introduit, auprès du Ministère chargé de  la Pêche une requête portant sur les licences de 10 chalutiers pélagiques  russes ;
– 2015, les Russes reviennent à la charge avec, cette fois-ci, le rachat d’Africamer. Ils semblent, enfin, comprendre qu’on ne peut pas pêcher indéfiniment au Sénégal, en n’y débarquant pas un kilo de poisson, en ne s’y approvisionnant pas en vivres et en carburant et en n’embarquant pas des marins locaux.
Observations.
Nos observations se déclinent ainsi qu’il suit :
1- Concernant le bail
Une  entreprise peut être autorisée  à réaliser des infrastructures dans l’enceinte portuaire en signant avec le PAD un contrat de location ou bail. Le terrain reste la propriété du port autonome de Dakar (PAD).  A notre avis,  un bail peut être  signé avec le repreneur.
2- S’agissant des licences de pêche
Le code de la pêche loi 98-32 du 14 avril 1998 (le code la pêche du 13 juillet 2015, non  publié au journal officiel, pour l’instant, n’est pas encore en vigueur) dispose en son article 25  que « La licence de pêche attribuée à un navire déterminé ne peut en aucun cas être transférée à un autre navire, sauf en cas de force majeure dûment constaté ». Les dispositions du code de 2015, notons-le, sont plus contraignantes que celles de la loi de 1998.
Les licences des bateaux d’Africamer étaient des licences pour la  pêche au chalut de fond,  alors que celles convoitées par FLASH concernent des senneurs.
Pour obtenir la nationalité sénégalaise, un navire de pêche doit remplir les conditions que nous citons in extenso :
– soit appartenir pour moitié, au moins, à des nationaux ou ressortissants d’un des  pays membres de la CEDEAO ;
– soit appartenir pour le tout à une société ayant son siège social au Sénégal et dont le contrôle , au sens du droit commun des sociétés, est assuré par des nationaux ou ressortissants d’un des  pays membres de la CEDEAO ;
– avoir satisfait aux formalités d’individualisation.
A notre avis, les conditions requises pour battre pavillon sénégalais ne sont pas remplies par FLASH et nous ne serions nullement surpris de voir ses dirigeants recourir à des montages « tordus » pour «sénégaliser » les deux senneurs. En effet, n’a-t-on pas vu au début des années 90, un tailleur  pauvre comme Job mais ayant la nationalité sénégalaise  la monnayer, puis déserter son atelier pour devenir directeur d’une société sénégalo-coréenne d’armement ?
Par ailleurs, le code de la pêche ne prévoit pas la promesse de licence. Aussi en délivrer sur une ressource  surexploitée surprend-t-il. En effet, la réduction  de 50% au moins de l’effort de pêche sur la sardinelle ronde est recommandée.
3- Concernant les autres activités envisagées par FLASH.
FLASH envisage,  outre l’armement et le traitement des captures par congélation, de fabriquer  de la farine poisson  et des conserves.
 S’agissant des conserves, nous  ne connaissons pas, de par le monde, une industrie à terre de traitement des produits de la pêche faisant, à la fois, de la congélation (traitement par le froid) et de l’appertisation (traitement par la chaleur) de conserves. Ces différents modes de traitement du poisson se font habituellement avec les gros chalutiers congélateurs.
Concernant la farine de poisson,  nous noterons que :
– aujourd’hui, l’activité de production de farine connait un essor important, en raison d’une demande de plus en plus accrue sur les principaux marchés internationaux, avec des prix très rémunérateurs.
– la production mondiale de farine et d’huile de poisson est en augmentation constante depuis 10 ans mais est loin de satisfaire une  demande de plus en plus importante, provenant essentiellement de l’aquaculture qui connait une croissance soutenue de 7% par an ;
– avec la multiplication des usines de farine de poisson au Sénégal – il en y a maintenant 5 à 6, contre 2, de 1978 à 2012- la farine pourrait devenir un concurrent potentiel des marchés de consommation car les usines actuelles transforment, non des déchets  mais du poisson  frais  pêché par des bateaux armés à cet effet ;
– autoriser  un armement à approvisionner une unité de traitement par congélation ainsi qu’une fabrique de farine de poisson,  c’est  ouvrir la porte à la pêche des juvéniles  et autres petits poissons plus faciles à transformer en  farine ;
– plus grave, l’industrie de farine de poisson serait néfaste à l’environnement ;
Au môle 10, une petite usine de farine est déjà installée depuis 37 ans et nous avons encore, en mémoire, les objections provenant de toutes parts y compris  du poète-président. C’est pourquoi, l’ouverture de nouvelles usines de farine dans le port surtout celles qui transforment du poisson frais, doivent être interdites.
Deux  senneurs de 150 à 200 TJB  ne peuvent pas approvisionner suffisamment  une usine de la taille de l’ex Africamer, avec dit-on «un cycle complet de production, de traitement et d’exportation de surgelés, de conserves et de farine de poisson». Ce qui intéresse FLASH, ne serait-il pas plutôt la fabrication de farine avec une usine approvisionnée par la pêche artisanale locale ?
Conclusion
La  pêcherie de sardinelle est stratégique pour notre pays, tant du point de vue de la production (70% des débarquements), que de la valorisation et au plan socio-économique,  des emplois et des revenus générés au profit des acteurs de la filière.
Le rôle de cette pêcherie est essentiel dans notre  sécurité alimentaire et l’importance de la composante féminine dans la distribution et la transformation artisanale du poisson constitue un facteur favorable aux politiques de réduction de la pauvreté.
Il ne faut pas que nous ayons  la tentation  d’imiter un pays voisin où,  en 10 ans, près de 20 usines de farine de poisson ont été créées. Ce voisin  n’a pas une pêche artisanale active comme la nôtre et la  consommation e poisson n’y  est que de 8 kg / habitant/an, contre 26 kg chez nous.
Par ailleurs, actuellement,  on parle et attend beaucoup de l’aquaculture. Il est peu probable qu’elle se substitue un jour à la production naturelle des écosystèmes marins. Les poissons d’élevage sont nourris à partir de poissons sauvages et il en  faut 2,5 à 4 kg  pour faire 1 kg de poisson d’aquaculture et 5 tonnes de poisson pour faire une tonne de farine.
Ainsi, il apparait clairement que la farine de poisson est un concurrent potentiel de la consommation humaine et nous ne croyons passa qu’il  soit normal de prélever sur l’alimentation humaine, de qualité, pour nourrir des animaux.
Dr Sogui DIOUF
Vétérinaire
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