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RÉFÉRENDUM DU 20 MARS- Les Sénégalais hostiles à tout « ndiguel »

À la veille de chaque scrutin, les Khalifes généraux avaient l’habitude de donner des consignes de vote. Les citoyens que nous avons rencontrés ont promis de fouler aux pieds leurs appels.

 Le « ndigel » est  un ordre confrérique généralement partisan, qui doit être suivi par tous disciples de celle-ci. Le respect du « ndigel » témoigne aussi bien de la cordialité que de la vitalité et le dresse comme force politique s’il devrait être mobilisé lors d’une élection. Sa violation potentielle constitue un moment privilégié pour le guide religieux, de légitimer son fauteuil en démontrant ses capacités à maitriser les événements en les assujettissant. Cela  s’exprime dans le « dogou ». Une chose qui est sur le point de disparaitre dans  le domaine politique.

Soxna Awa Diène, une «  yaye Fall » qui se fait remarquer par son accoutrement, rencontrée aux Parcelles Assainies déclare : « Je suis mouride et je suivrai le ”ndigel”. Et je précise que quand je parle de ”ndigel”, c’est celui de notre guide Serigne Touba qui consiste à suivre les pratiques de l’Islam. » Et de renchérir : «  Si on ne veut pas suivre le ”ndigel” en politique, personne ne pourra nous y obliger. De toute façon, on ne sera pas puni par Serigne Touba car à ce que je sache, lui lorsqu’il parlait de ”ndigel”, c’était pour faire allusion à l’Islam. Mais pas à la politique. »

Même si, par ailleurs, Bamba, un jeune marchand ambulant établi à Liberté 6  affirme que le ”ndigel” aussi bien dans sa dimension abstraite que sociologique a été toujours préservé dans sa totalité et a un sens particulier chez le mouride. « Je suis d’accord de l’influence. D’ailleurs, même le fait que tous les politiciens se convertissent en mourides. Même si c’est bien mais cela peut avoir des impacts négatifs sur la communauté du fait qu’il se peut que ceux-là se convertissent par intérêt », soutient-il.

Cependant, la dispersion du pouvoir des guides religieux correspond au règne des petits-fils, avec une polyarchie latente qui valide la naissance de champs semi-autonomes. Dans cette ambiance, apparaissent des espaces virtuels de dévotion dont le statut et l’identité en construction restent à préciser avec une nécessité de reterritorialisation des enjeux.

Pour Moustapha Niang, Pr en  Sciences politiques et Relations internationales dans des écoles de formation à Dakar,  « le respect du ”ndigel” est un acte de relance, sa violation est une épreuve pour le souverain. Mais quelle communauté n’a pas besoin de renouveler sa capacité de reliance en revitalisant son système socio-culturel et l’ensemble des rituels associés comme repères et instruments de mesure de la dynamique de relance. Nous sommes tous des disciples dans des confréries mais cela ne veut pas dire qu’on n’a pas nous aussi notre dernier mot. En politique, chacun a sa propre vision. Ce ne sont pas des ”ndigel” qui nous feront valider  ainsi la dimension polymorphe du mode d’articulation en politique. »

Au Sénégal, le ”ndigel” qui date depuis les années 80 a toujours été incontournable, vu que les fondateurs des  confréries avaient l’habitude de rouler pour le pouvoir en place. Mais, cela n’est pas le cas aujourd’hui car il y a une nette évolution d’après certains citoyens rencontrés dans les rues de Dakar et sa banlieue.

Khady Thiam COLY (Stagiaire)

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