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Référendum : une fausse  lecture  des résultats

Dès la tombée des résultats du référendum du 20 mars, les lectures et analyses clament haut une victoire glorieuse de Macky Sall. C’est le tromper. D’autres renvoient les résultats du référendum aux leaders locaux, le Oui ou le Non toujours identifié à la personnalité politique d’un lieu ou d’un autre. C’est biaisé et tendancieux.  Un référendum est loin d’un choix d’un acteur politique local mais l’approbation ou le rejet d’une proposition formulée par une autorité politique institutionnelle. Malheureusement,  une lecture pernicieuse est menée dans une volonté évidente de mener un jeu partisan tendant à influencer indubitablement les Législatives de l’année prochaine.

 Un journaliste français s’étonne du cri de victoire des gens du camp du Oui au référendum du 20 mars  et de certains « analystes » en lieu et place d’une sage évaluation qui permettrait de peser le poids politique actuel du régime Macky après quatre ans de gouvernance. Cette tendance politicienne et triomphaliste rend compte déjà d’une mauvaise conception de l’enjeu référendaire et de sa fonction. Elle illustre une personnalisation du jeu politique aussi bien par une certaine presse que par les acteurs politiques.

Macky Sall n’est pas aussi  victorieux car pour la première fois, il baisse la tête dans certaines localités symboliques. L’espoir qu’il portait y a changé de camp et le combat politique y change désormais d’âme.

Si le Non avait triomphé, toute la responsabilité politique serait incombée à Macky Sall. Mais le Oui ayant triomphé, chaque responsable local de la majorité présidentielle fomente des combines et des combinaisons avec la complicité de certains organes de presse pour attirer les regards sur lui. Chacun s’érige en contributeur décisif de la si petite victoire du Oui.  La finalité est de s’imposer comme un acteur incontournable dans une ou autre Collectivité locale pour bénéficier d’un acte de bienfaisance de celui à qui la Constitution a donné le droit et le devoir de nommer aux emplois civils et aux hautes fonctions.

Or, l’enjeu du référendum n’a moins une évaluation de la force dont disposent les leaders de partis dispersés sur le territoire national et les responsables politiques locaux qu’une relecture de la légitimité de Macky Sall.

Le contexte actuel et la physionomie du champ politique différent de ceux d’avant 2016. Macky Sall disposait d’une force politique incontestable en raison de la multiplicité des forces qui l’ont soutenu et accompagné aux premières heures de son magistère. Cette force a perdu en robustesse et en force d’attaque et seul le pouvoir et l’avoir la tiennent en orbite.

La majorité présidentielle n’est plus ce qu’elle était. Elle s’est affaiblie et s’est ramollie. C’est parce qu’il en est conscient que Macky Sall, destinataire privilégié de sondages et de renseignements, s’est investi corps et âme, avec la mobilisation d’une immense fortune pour faire triompher son Oui. Mais autant ce Oui a gagné, autant Macky Sall  lui-même a perdu.

Le Oui gagne et Macky perd : de 65  à 55 pour cent !

Macky Sall a le devoir politique de regarder le rétroviseur. Son Oui a gagné. Mais il a, lui, énormément perdu : sa force politique est à la fois en  dégénérescence et en écroulement. Le Président de l’APR n’est plus le dénominateur commun de la classe politique et le point de convergence de la Société civile. Dans beaucoup de Collectivités locales où le Non a triomphé ou a émergé, les citoyens rejettent son référendum juste pour lui exprimer leur désenchantement.

Et si la tendance des résultats du référendum continue, un bouleversement peut s’opérer en 2017 avec les Législatives, pour peu que l’opposition crée une dynamique unitaire. La majorité législative de Macky est bien en déliquescence en raison de la désillusion générale et du rôle peu honorable des députés APR et de la mouvance Benno Bokk Yakaar (BBY), des députés si absentéistes, si cumulards et si somnambules que les citoyens s’en enragent.

Le Oui est passé en toute évidence et il fallait peu d’imagination pour présager une victoire du Non. Le camp du Oui est celui du pouvoir et de l’avoir. Il est celui de l’État, détenteur du monopole de la violence légitime au sens épistémologique et de tous les instruments d’efficacité pour imposer sa volonté.

Aucun responsable ne perd, personne ne gagne

Le 20 mars, Macky Sall jouait l’avenir de son fauteuil présidentiel. Certes, ce fauteuil n’a pas chuté. Mais, il est bien secoué. Le Oui a gagné mais n’a pas triomphé : la victoire est laborieuse et aléatoire. Le triomphe à un référendum n’est épique que si le résultat est un plébiscite. Et ce n’est pas le cas.

C’est Macky Sall qui s’en sort. Aucun responsable local n’est donc  gagnant. Aucun responsable local n’est perdant.

Les responsables locaux élus restent tous maitres de leur zone tant qu’une autre élection locale n’est venue les défaire. Khalifa Sall, Aissata Tall Sall, Barthélémy Diaz, Bamba Fall, Abdoulaye Baldé, entre autres, sont encore et encore Maires. C’est vouloir leur faire un verdict vicieux que de leur arracher leur légitimité.

Certes les responsables politiques, dans leurs divers lieux, ont mené et battu campagne ardemment selon qu’ils sont du pouvoir, de l’opposition ou d’une partie de la Société civile. Avant et pendant la campagne, les passes d’armes, les intimidations, les offenses, les dérives, le trafic d’influence, les achats de conscience, la tentation machiavélique, la violence même ont été nombreuses et ont mis un moment le Sénégal dans une situation sursitaire.

Du camp du Oui, chacun soldait des comptes. Du camp du Oui chacun voulait se faire voir et entendre par Macky Sall.

Mais, c’est vider le référendum de son sens et de sa signification que d’identifier le Oui ou le Non à un responsable local. C’est à Macky Sall, président de la République et Chef de l’APR que les électeurs ont répondu et non aux leaders locaux. Lui seul en tire un modeste profit. Mais ce profit ne profite pas à son profil.

Les cris de victoire  pareils aux voix de vautours chauves n’empêchent pas à Macky Sall de subir avec cette dégringole de sa légitimité la peine d’un arbre en proie à une cognée qui risque, en 2017, aux législatives, d’être une saignée.

Pape Ndiaye

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