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Réformes constitutionnelles : Macky fuit…

Le président de la République veut aller vite. Pour une question d’honneur et de commodité culturelle qui impose le respect de la parole donnée, le président de la République donne des gages. Mais les réformes qu’il propose ont des limites criardes qui rendent compte de la peur de toute la classe politique, particulièrement des chefs des principaux partis d’engager des réformes révolutionnaires.

Ce que propose Macky Sall mène directement à des querelles d’écoles. La véritable révolution qui inscrirait son nom dans les annales de l’histoire est une rupture qui impose une interdiction constitutionnelle à tout chef d’État doublé du statut de président de la République d’être en même temps chef de parti.

La tragédie du système sénégalais est de permettre au président de la République d’être chef de parti. La même disposition constitutionnelle en fait Président du Conseil supérieur de la magistrature. Il est pernicieux pour un système démocratique que le président de la République soit à la fois chef de parti, chef de l’État et Président du Conseil supérieur de la magistrature. On ne peut être juge et parti.

Séparer les fonctions de président de la République, chef de l’État et celle de chef de parti serait libérer la démocratie et le combat politique. L’article 80 est toujours agité en raison de la délicatesse de la réalité politique où critiquer le chef de parti au pouvoir c’est attaquer le président de la République qui en endosse la charge partisane.

Macky Sall est un jeune cadre du champ politique sénégalais qui en connait absolument les revendications et les exigences. Nul mieux que lui n’ignore la volonté patriotique et citoyenne de voir une séparation des fonctions de président de la République et celle de chef de parti. Le jeune libéral, ancien militant de la gauche en est une totale connaissance.

Mais en omettant cette exigence de l’éthique politique et en demeurant inextricable aux textes juridiques qu’il a hérité de Wade, de Diouf et de Senghor, il engage une réforme d’arrière-garde qui n’inscrirait pas son nom dans les Archives de l’histoire des Institutions du Sénégal.

Une nouvelle génération envahit la magistrature avec une volonté manifeste de se libérer. Il appert conséquemment qu’octroyer la liberté et l’indépendance à la justice passe inéluctablement par un transfert de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature aux magistrats eux-mêmes par une rotation qui ferait à tour de rôle du Président de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du Conseil constitutionnel , de la Cour suprême ,  entre autres, celui qui en aurait la responsabilité publique et morale.

Dans les démocraties civilisées, le président de la République qui a les charges de chefs de l’État prend un recul total par rapport aux antagonismes partisans. Mais cela n’est possible que s’il n’assume pas les charges de chefs de parti.

Tout le mal du jeu politique sénégalais et toute la tragédie de la justice sénégalaise est l’immixtion somme toute normale du président de la République dans les clivages partisans et dans les dossiers judiciaires en raison de ses influentes responsabilités et de ses prérogatives constitutionnelles.

Les citoyens dans leur immense majorité, ont une totale ignorance des propositions de réformes constitutionnelles de Macky Sall en raison de l’impertinence de nombreuses propositions qui n’intéressent qu’une école d’élite.

Le magistère de Macky Sall serait insipide et ordinaire si des  constitutionnelles  révolutionnaires ne seraient pas engagées. Mais tout renseigne que l’actuel président de la République semble prêt à tout sauf à mener des réformes d’avant-garde et poser des actes qui feraient de lui un véritable libérateur de la démocratie. «  La démocratie, la vraie démocratie, n’est jamais la bonne sauce de ceux qui sont au pouvoir », enseigne Victor Hugo. Macky Sall le confirme et semble fuir les réformes historiques et révolutionnaires.

Pape Ndiaye

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