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RÉJOUISSANCES, ALLÉGRESSE ET PARTAGE ONT RYTHMÉ LE KAMAGNÈNE

Mlomp, ce village aux fromagers géants situé dans le département d’Oussouye, a abrité pendant trois jours la cérémonie du Kamagnène.

Mlomp, ce village aux fromagers géants situé dans l’arrondissement de Loudia Ouolof, département d’Oussouye, a abrité pendant trois jours, du samedi au lundi, la cérémonie du Kamagnène. Fête de l’abondance et de la victoire contre la faim célébrée depuis la nuit des temps par les populations locales, cette manifestation culturelle, qui fait également office d’action de grâce, constitue un grand moment de réjouissances, d’allégresse et de partage dans cette contrée d’Essoulalou. Et le tout, sous un rythme d’Ekonkon, la danse traditionnelle locale.

Le Kamagnène, manifestation culturelle célébrée ce week-end à Mlomp, un village situé dans le département d’Oussouye, et qui a pris fin ce lundi, peut être défini comme une fête rituelle mythique, cultuelle et culturelle ; une fête de l’abondance, des prémisses et de la victoire contre la faim. La particularité du Kamagnène est qu’il a le privilège d’être la seule fête traditionnelle diola dans cette contrée du département d’Oussouye qui s’identifie à la zone territoire d’Essoulalou.

Cette solennité demeure aussi la bénédiction du nouvel an chez l’agriculteur. «Le Kamagnène, c’est d’abord la fête des agriculteurs ; il est célébré après la moisson du riz. Le riz qui a un caractère très important chez les Mlompois, les diolas d’Essoulalou car le plat de riz se prépare le matin à midi et le soir. Et hier comme aujourd’hui, le riz constitue un produit culturel qui sert encore chez nous de monnaie d’échanges dans le cadre du troc», déclare le maire de Mlomp, Michel Diatta.

Pour qui la fête du Kamagnène fait également office d’action de grâce, pour remercier le Bon Dieu, les esprits, de leur avoir donné une pluie abondante, d’avoir permis une bonne récolte et de leur permettre de prier pour que la prochaine année soit encore meilleure.

Processus secret fait de sacrifices, de rituels, de manifestations progressives

C’est donc dire que cette fête est célébrée chaque année à la fin des récoltes de riz. Et personne d’autre que le prêtre ne peut maîtriser la date du Kamagnène ; une date qui est, a-t-il dit, un processus secret fait de sacrifices, de rituels, de manifestations progressives, etc. ; et dont le seul prêtre dépositaire dénommé Hanahanne Kamagnène connaît l’envergure. Et c’est à la fin de ce processus que le Kamagnène, poursuit-il, est déclaré et célébré une semaine plus tard.

Mais pour certains, la date, plutôt la période repère, constitue la fin des récoltes. «Mais avant la révélation, personne dans les villages de Mlomp Kajinol, de Kagnout ne doit laisser ses bœufs en divagation», a laissé entendre Léon Manga, président du comité d’organisation du Kamagnène. Une fête qui mobilise des milliers d’âmes et qui est célébrée, selon Michel Diatta, par toutes les religions confondues ; et ce, pendant trois jours à Mlomp Kajinol et trois autres jours dans la localité de Kagnout.

Cette consécration revêt non seulement un caractère social mais favorise, à ses yeux, les liens entre les religions. Et durant cette fête donner à boire ou manger que ce soit du vin de palme, ou le nouveau riz appelé «kouadiène» préparé à base de produits locaux demeure, comme de coutume, selon Michel Diatta, une obligation pour tous les chefs de quartier ; auquel cas c’est la malchance qui se pointera à l’horizon pour le village, soutient-il.

Dime chez les Européens, Zakat chez les Arabes, Kamagnène dans la société diola

Pour l’ancien député, Sékou Sambou, président du comité de pilotage du Ppdc et natif de Mlomp, l’Afrique n’avait pas besoin d’une mission civilisatrice, ni évangélique, ni islamique parce que c’est elle qui a civilisé l’humanité et elle était très religieuse avant ces peuples sémitoindo-européens sans foi ni loi. «Les Européens et les Arabes n’ont rien inventé, rien apporté aux sociétés africaines sur le plan social et culturel», a-t-il soutenu.

Et parallèlement, Sékou Sambou est d’avis que le Kamagnène, fête traditionnelle qui remonte à plus de 4 000 ans célébrée lorsque la dernière graine aura été introduite dans les greniers, a un sens socioreligieux, socioéconomique et socioculturel. C’est une pratique culturelle qui correspond, selon lui, tout simplement à la dime chez les Européens et à la zakat chez les Arabes. Sambou en veut pour preuve que dans la société diola, qui vivait dans l’abondance et qui ne connaissait pas de pauvres, tendre la main s’apparentait à un crime de lèse majesté. C’est pourquoi, «à la fin des récoltes, les ancêtres avaient trouvé un moyen de faire un prélèvement équivalent au 1/10ème des récoltes pour célébrer le Kama gnène, qui constituait de grands moments de réjouissances, de partage et d’allégresse», a-t-il laissé entendre.

«Et dans la zone du Essoulalou», poursuit-il, si tout le monde n’est pas riche, il n’y a jamais eu de pauvres également, lâche-t-il. Et pour ceux qui sont dans le besoin, une solidarité agissante mais discrète est à chaque fois mise en branle en guise d’assistance dans l’Essoulalou, souligne-t-il. L’Essoulalou, une contrée où durant la période du Kamagnène il est formellement interdit de se faire la guerre encore moins de faire couler le sang d’autrui.

La lutte et la danse de l’ékonkon, des spécificités bien locales

Dans cette contrée d’Essoulalou, la lutte et la danse, celle de l’Ekonkon, reflets d’une certaine croyance culturelle, y occupent une place de choix. Ici, les populations se définissent par cette forme artistique qu’est la danse. C’est également tout le sens du Kamagnène. Une manifestation festive où la lutte et la danse se côtoient. Occasion en a été donnée, le week-end dernier à Mlomp où les jeunes se sont donné rendez-vous d’abord à la grande place située devant la mairie de Mlomp, puis chez Hanahanne Kamagnène, ensuite au niveau de l’arène pour des séances de danse de l’Ekonkon.

Torses nus et un seul pagne enrôlé autour du buste, des perles autour des reins, munis d’accessoires évocateurs du passé ancestral, des clochettes autour du pied et brandissant des armes tels des coupe-coupe, des couteaux et des lances, des garçons s’adonnaient à des chants et des danses guerrières. Au milieu du cercle, des jeunes filles chantant et exhibant leurs ceintures de perles enrôlées autour de la poitrine et des reins, faisaient résonner des plaques de bois entre leurs mains.

La lutte organisée dans l’aprèsmidi à la place publique de Xumagnène est également un autre moment important de la célébration du Kamagnène. Devant les autorités officielles, plusieurs jeunes lutteurs vont trouver ainsi l’occasion de faire étalage de leurs talents. Et ce, à travers des duels où émergera le futur champion.

La séance de lutte est aussi le moment choisi par les jeunes futurs mariés parés de leurs habits de fête et bien coiffés de se distinguer, dans la pure tradition locale, au milieu de la foule de danseurs et de s’offrir en spectacle devant la foule ; des jeunes futurs mariés accompagnés pour la circonstance de leurs conjointes toutes habillées de pagne et munies de leurs parapluies pour la circonstance.

Et pendant ces trois jours festifs, ces couples se consacrent tous les après-midis à des danses traditionnelles chez la reine de Houmagnène. L’objectif visé à travers ces rites, ces cérémonials est de pouvoir bénéficier de prières d’heureux ménage de la part des siens ; et ce, avant de prendre leur «retraite». «Cela a beaucoup d’importance pour nous», soutient Léon Manga.

Le Kamagnène à l’épreuve du temps

Mais signe des temps, les populations d’Essoulalou doivent aujourd’hui composer avec une nouvelle façon de faire par rapport à la célébration du Kamagnène. Et pour cause ! «Avant, l’organisation du Kamagnène, du fait des récoltes abondantes de riz et la production abondante de vin de palme, ne nécessitait pas la mobilisation de moyens financiers ; mais aujourd’hui avec la crise, les changements climatiques et ses incidences néfastes sur l’exploitation des ressources naturelles ont rendu les choses difficiles», martèle le président du comité d’organisation, Léon Manga, pour qui la nécessité pour les populations locales de s’organiser davantage s’imposait dès lors pour faire face à toutes les charges inhérentes à cette manifestation culturelle.

C’est tout le sens, a-t-il dit, de la mise en place d’un comité d’organisation dont il a la charge et dont le but est de soutenir le prêtre Hanahanne Kamagnène pour l’organisation du Kamagnène. Toutes choses qui doivent permettre et qui ont permis à tous les invités, des populations venues d’horizons divers de manger et de boire à satiété.«Même ceux qui vivent une période de carême sont servis par l’octroi de bottes de riz ou de vin de palme qu’ils doivent amener chez eux», souligne-t-il.

Et pour Léon Manga, l’essentiel aujourd’hui pour leur génération et celle future est de se battre pour sauvegarder cette tradition millénaire à l’image du Hanahanne qui, lui, ne va jamais disparaître, déclare-t-il. Et cela passe par la reconnaissance du Kamagnène par les autorités administratives et étatiques, renseigne Léon Manga.

Fête mythique, le Kamagnène, une tradition culturelle à la croisée du Pse

Pour les organisateurs, tel l’édile de Mlomp, Michel Diatta, le Kamagnène s’inscrit tout bonnement dans la vision et l’orientation du chef de l’Etat dans le cadre du Pse et en son premier axe appelé : «Les Transformations structurelles.»

L’édile de Mlomp est d’avis que cette manifestation culturelle, la seule véritable fête traditionnelle diola, prône l’abondance par rapport à l’autosuffisance alimentaire en riz si chère aux nouvelles autorités étatiques. Tout comme Léon Manga, le président du comité d’organisation, Michel Diatta a émis le vœu de toutes les populations d’Essoulalou de voir cette fête traditionnelle et mythique s’inscrire dans l’agenda culturel républicain. «Il faut que les politiques publiques se mobilisent pour cet événement à l’instar de ce qui se fait pour les autres grands événements religieux ou traditionnels de la région et de ce pays», ont-ils soutenu.

Des vœux, des complaintes favorablement accueillis par le préfet d’Oussouye. Christian Diatta, qui a rehaussé de sa présence cette cérémonie au nom du chef de l’Etat et du Gouvernement, a soutenu que le Kamagnène constitue l’un des événements majeurs du département d’Oussouye. «Fêter l’abondance, les moissons, la fête de la victoire sur la faim, cela est assez important et significatif», a-t-il martelé.

Pour le préfet d’Oussouye, la philosophie du Kamagnène recoupe d’ailleurs la politique du Gouvernement du Sénégal en termes de production agricole, d’autosuffisance alimentaire. Car avec le Programme national d’autosuffisance en riz, l’Etat veut, a-til dit, que les Sénégalais produisent ce qu’ils consomment et consomment ce qu’ils produisent. Et pour ce faire, des objectifs sont assignés, poursuit-il, à chaque région, à chaque département.

«Et pour le département d’Oussouye, c’est un objectif de 30 mille tonnes à atteindre en 2017», a-t-il indiqué. Et c’est pourquoi l’autorité préfectorale a profité de cette opportunité pour inviter les populations d’Oussouye à redoubler d’effort et aux chefs de village de tout faire pour mettre à la disposition des jeunes et aux femmes, qui s’adonnent à la riziculture, les terres non cultivées de leurs terroirs. Et ce, afin de tripler, ajoute-t-il, la production obtenue cette année et qui est estimée à 12 mille tonnes (contre 5 000 tonnes l’année dernière).

Le quotidien

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