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RENFORCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LA DÉLINQUANCE FINANCIÈRE

La traque n’a pas vaincu la corruption
Avec un indice de 44 sur 100, le Sénégal est encore dans la ligne rouge en matière de corruption. Le rapport 2015 de Transparency International classe notre pays parmi les plus corrompus au monde malgré l’opération de grande envergure lancée par le président Macky Sall, la traque des biens mal acquis, qui a fait couler tant de bruit.

Dès son arrivée à la magistrature suprême, le président de la République, Macky Sall, a fait de la traque des biens mal acquis, un des points angulaires de sa politique. Des initiatives diverses ont été prises au niveau institutionnel. C’est ainsi que l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) a été porté sur les fonts baptismaux. Il en est ainsi de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif). Le président Sall a aussi généralisé la déclaration de patrimoine pour tous les ministres et Directeurs d’institutions publiques. Ces institutions complètent le travail de l’Inspection générale d’État (Ige) et de la Cour des comptes.

Il a surtout réactivé la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) qui connait des délits d’enrichissement illicite. Une cour mise en veilleuse depuis une trentaine d’années.

La bataille institutionnelle vient ainsi d’étre enclenchée.

C’est dire que comme Abdou Diouf à ses débuts, Macky Sall était animé par l’intention de lutter contre ce fléau des temps modernes qui est la prévarication des fonctionnaires.

Suivant les recommandations des spécialistes de lutte contre la corruption, il a même pris « un gros poisson » en la personne de l’ancien ministre d’État, Karim Wade, fils de son ex-mentor politique, le président Abdoulaye Wade. Le signal était fort et traduisait en actes cet engagement qu’il a pris lors de l’un de ses premier discours, « je ne vais protéger personne ».

La traque des biens mal acquis venait ainsi d’être lancée, en grande pompe. Au point d’ailleurs que toute la communication gouvernementale était centrée sur le phénomène. Pendant deux ans au moins, tous les ministres, cadres de partis de la majorité et Directeurs d’institutions publiques, les alliés de Benno Bokk Yakaar (BBY) ont cru devoir s’ériger en procureurs spéciaux de la traque.

Le président de la République avait lui-même fait sa propre déclaration de patrimoine. Il a obligé ses ministres à s’y conformer et à actionner l’Ige contre les récalcitrants.

Malheureusement, le résultat final a été décevant. La Crei, après plus de deux années de fonctionnement, n’a jugé que deux affaires, celle de Karim et de Tahibou Ndiaye, l’ancien Directeur général du cadastre. Son très zélé Procureur spécial Alioune Ndao a été remercié en plein procès Karim sans explication publique officielle. Il aurait, selon certaines sources, voulu poursuivre tous ceux qui étaient sur sa liste noire de personnes présumées acteurs du délit d’enrichissement illicite.
De 694 milliards, l’accusation contre Karim est tombée à une centaine de milliards qu’il a été difficile de regrouper sans le compte de Singapour, l’aéroport de Malabo et Dubai Port Word…

Pire, soumise au feu critique des organismes de droits de l’homme et des Commissions des droits de l’homme des Nations-Unies, le Gouvernement reconnait qu’elle doit être revue dans son fonctionnement par une réforme en profondeur.

La ministre de la Justice, Mimi Touré, promue au poste de Premier ministre, a été défenestrée par la suite. Les Sénégalais ont alors compris que la traque a perdu son souffle et s’est perdu dans les méandres lugubres de la real politik.

À propos des marchés publics, Macky Sall a jugé que les procédures étaient lentes et contraignantes et a défendu le gré à gré. Il s’en est suivi une avalanche de marchés sans appel d’offres dont l’autoroute Ila Touba.

Qui plus est, des caciques de l’ancien régime épinglés par les rapports de la Cour des comptes ont transhumé vers le nouveau régime qui encourage la démarche.

Des opérations de transactions financières ont été annoncées sans qu’un quelconque bilan ait été rendu public et des noms avancés.

Les rapports des organismes de répressions des actes de corruption ne sont pas suivis d’effets en termes de poursuites.

Il n’est pas des lors étonnant que le Sénégal soit encore dans la ligne rouge comme le souligne le rapport 2015 de Transparency International qui vient d’être rendu public. Avec un indice fort de 44 sur 100, notre pays est loin d’avoir réussi de contrôler le phénomène de la corruption.

D’ailleurs, avec l’affaire Lamine Diack et la prise en compte des marchés publics passés sous le magistère du nouveau régime, la situation devrait s’aggraver comme le souligne Brahim Seck du Forum civil.

Peut-il en être autrement ? Nous ne le pensons pas. Car la corruption, qu’elle soit active ou passive et les délits assimilés comme le détournement de derniers publics, la concussion, le trafic d’influence, entre autres, ont pignon sur rue dans notre société. Des institutions comme la santé, les services de sécurité, l’administration centrale, les mairies pour ne citer que celles-là, voient leurs performances réduites par des pratiques de prévarication perpétuées depuis des générations.

Les pauvres ont du mal à être reçus dans les grands hôpitaux et encore moins à y être soignés. Sur la route, les forces de sécurité cachent de moins en moins leur propension à soutirer quelques billets dans leurs rapports avec les chauffeurs. Dans les tribunaux, la polémique portant sur la corruption de magistrats a pris la première place dans les manchettes des journaux. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Pourtant, la corruption a cette particularité d’oblitérer tous les efforts de développement d’un pays. Le Sénégal émergent ne verra le jour que lorsque l’argent public ira à des investissements et non dans des comptes personnels.
Les budgets de l’État, des mairies, ont trop souffert d’actes de prévarication qui résistent à tous les régimes malgré les intentions fermes de les combattre de la part des uns et des autres.

Malheureusement, les prévisions du Forum civil ne sont guère encourageantes pour 2016 eu égard aux soubresauts de l’affaire Lamine Diack et au mode de passation de certains marchés.

Assane Samb

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