Confidences

Reportage Du nouveau : « Leul » Balanta et Kankourang à Thiès 

  • Date: 26 juillet 2016

F.A.H.U. ! C’est un quartier, la nouvelle métropole qui ne cesse de s’étendre derrière les Parcelles Assainies de Thiès.  Un  véritable melting pot socioculturel caractérisé par une harmonieuse solidarité entre habitants y vit. C’est là que réside le célèbre Balanta, Idrissa Mané, spécialisé, grâce à un héritage socioculturel, en orthopédie traditionnelle. Loin de sa demeure, toujours envahie par des dizaines de personnes ayant des problèmes moteurs, se tient, pour la première fois, l’initiation des enfants circoncis selon les normes culturelles de la communauté casamançaise. C’est le « leul », la retraite éducative et culturelle des circoncis, où se découvre le génie instructif des Balanta.

Le Sénégal ne connait que les cérémonies d’initiation de Mbour  et des localités du Sud, au rythme de processions et de danses avec en tête un Kankourang, un masque qui englobe tout un corps humain et le cache dans un rituel  qui effraie les impertinents qui l’approchent.

Mais, ce rituel se déroule, aujourd’hui, à Thiès, au fond du nouveau quartier F.A.H.U, dans la zone appelée Keur Massamba Gaye, mais plus connue sous le nom « Balanta ba », ou « chez les Balanta », en raison de la ruée  massive de personnes ayant  des déboitements, des cassures ou autres problèmes liés aux os. Le tradipraticien, Idrissa Mané, est un homme effacé qui, avec ses feuilles, ses secrets et ses connaissances hermétiques du squelette humain, a la capacité de remettre l’os déboité ou cassé en guérison.

C’est un acteur dynamique du « Leul Balanta ». Mais, c’est son grand-frère, Bakary Mané, qui est le « King-Tang » en chef, ou Selbé chez les Wolofs. Il explique les raisons de cette retraite de circoncis en terre thiessoise dans cette zone broussailleuse qui sert de bois sacré : « Il y a une forte communauté de Casamançais à Thiès. Ils sont originaires du Sud mais sont de vrais Thiessois. Ils sont attachés à leur culture, quelle que soit leur ethnie et veulent la vivre pour ne rien en perdre. C’est pourquoi, nous organisons, après une entente collective, cette retraite de circoncision qu’on appelle « leul » ».

Et dans ce « Leul » tenu dans cette zone hirsute entourée d’arbustes et de maisons en construction, les enfants sont nombreux et sont de toutes les ethnies. Ils sont protégés d’abord avec une vraie hygiène locale et ensuite par des secrets que les «  King-Tang » n’imaginent jamais délivrer. L’entrée de la grande bâtisse qui les loge a d’ailleurs, au-dessus, un talisman serré dans un morceau blanc. Personne n’y a accès, sauf les « King-Tang ». Les parents des enfants circoncis sont loin. Aucune femme n’y est admise. Le père qui veut rendre visite à son enfant a un temps minime de contact.

Les cris de douleur à éviter, pour l’honneur

La circoncision ici ne se fait pas avec les méthodes traditionnelles mais avec une médecine moderne exercée par un clinicien, lui-même Balanta. Ce samedi 23 juillet, il est encore là.  Dans le hall de la bâtisse, les enfants sont nombreux à patienter. Ils sont âgés de 5 à 10 ans. Chacun, à tour de rôle, se verra circoncis. Mais  avant d’entrer dans le « laboratoire », ils sont sommés de ne point crier, ni pleurer au risque d’être la risée des autres. Le « King-Tang » en chef les avertit : «  Vous allez devenir des hommes. Vous allez être circoncis. Celui qui crie ou pleure sera saboté par les autres. Vos papas et mamans seront fâchés. D’accord ? ». Puis, il les flatte : «  Vous êtes  d’ailleurs des guerriers ! ». Et les enfants se bombent fièrement le torse, oubliant l’épreuve qui les attend.

Ceux qui l’ont déjà subi sont nichés sur une natte, les jambes étalées. En cet instant, un garçon de 7 ans environ sort du « laboratoire », marchant difficilement. La sueur sur son front renfrogné et ses yeux rougis rendent compte de l’épreuve qu’il a endurée. Les autres le voyant claudiquer, s’amusent en rigolant. Personne ne doit manifester son mal, une façon de leur inculquer le courage et le sang-froid face à la douleur physique.

Une autre école de la vie

Le « Leul » des Balanta et autres ethnies est une école. Il procède à l’éducation surtout morale des circoncis. Dans leur regroupement isolé, ces circoncis sont formés pour le bien du groupe social dont ils sont membres. Par des astuces pédagogiques, ils découvrent les méfaits du mensonge, du vol et de la tricherie. Les «  King-Tang », exercent sur eux une autorité morale avec respect et délicatesse, mais aussi avec fermeté et rigueur.

Par exemple, des circoncis sont régulièrement extraits de la masse pour encercler à genoux une calebasse face au « King-Tang » qui leur inculque, par allégorie, allusion et symbole des règles de comportement : que faire quand on entre dans une chambre où discutent des personnes, quand on aperçoit les parties intimes d’un adulte maladroit, quand on mange en famille, etc.

Mais, en même temps, le « Leul » Balanta de Thiès innove avec des leçons civiques inculquées aux circoncis : respect du drapeau national et protection de l’environnement et du bien public. Et entre-eux doit aussi s’exprimer la solidarité et le respect de l’autre. Mais cette pédagogie est plus expressive le soir, lors du Kassak.

Le soir, le « Kassak »

C’est un moment de distraction qui se passe à la tombée de la nuit. Des « King-Tang » font entendre des chants initiatiques dont chaque refrain est une leçon. Les circoncis entourent un feu qui éclaire. Au rythme de balafons et de tam-tams décorés de ficelles colorées, l’un d’eux est appelé au seuil du cercle pour danser. Il exécute, oublie alors la douleur de la circoncision et ensache dans sa mémoire la leçon transmise dans la litanie du « King-Tang » qui chante.

En cette nuit de « Kassak », tous les enfants circoncis, dans leur tunique blanche avec un bonnet à la tête ayant deux cordons noués au bout du menton, dégagent, un enthousiasme. Le « Kassak » les divertit et les forme. « C’est un moment fort dans la retraite des circoncis. Ils sont égayés par des chants et des danses. Ils rivalisent même, chacun voulant montrer à l’autre qu’il est plus tenace », explique Idrissa Mané, un des « King-Tang » qui incarne la sagesse aux  cotés de Bakary Mané, le sage du « Leul ».

Mais la scène du « Kassak »  Balanta est passionnante et émouvante. Pour donner l’apparence de « guerrier », chaque enfant circoncis s’efforce d’endiguer la douleur qu’il ressent en offrant quelques pas de danse, parfois sans tenir même compte du rythme des tambours et de la mélodie des chants.

Le « Kankourang », animateur et protecteur mystique

Le « Kankourang » est toujours alentour. C’est un masque et une incarnation de rituel. Lors des processions publiques, il est au devant et apeure.  Couvert de paille au décor multi couleur, il lui arrive de lancer un lourd et long cri et de faire sonner les sabres qu’il tient entre ses mains. Mais « il n’est pas violent, ni agressif. Il  brandit ses sabres pour protéger les circoncis et que personne ne les approche. Il a des pouvoirs mystiques. Il flaire tout mal. Ses gris-gris protecteurs sont cachés dans les nombreuses fibres d’écorces d’arbre rouge qui le couvre », explique Idrissa Mané.

Ainsi, élevé au rang de Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le « Kankourang » est désormais à Thiès grâce à l’engagement culturel de Bakary Mané et de Idrissa Mané qui ont eu la présence d’esprit de faire les démarches nécessaires auprès de l’autorité administrative départementale pour obtenir leur accord .

Pour eux qui l’organisent, la seule vocation du « Leul » est de « garder les valeurs culturelles Socé, Diola, Bainouk, Peuls du Fouladou, Balanta, Manjack » et de toute la communauté casamançaise vivant à Thiès et de consolider leur unité. C’est alors parti pour chaque hivernage.

Pape Ndiaye

 

Numéros Utiles

Indicatif Sénégal (de l’étranger) :

221

Renseignements :

12 12

Horloge parlante :

15

Aéroport :

33 869 50 50 / 33 628 10 10

Sénélec (dépannage) :

33 867 31 00

Sénélec (délestage BCC) :

33 839 94 35

SDE (dépannage) :

800 11 11

Sonatel (dérangement) :

13

Hotline Orange :

41 41

Commissariat Central :

33 823 25 29 / 33 823 71 49

Gendarmerie num vert :

800 20 20

SOS MEDECINS :

33 889 15 15

SUMA ASSITANCE :

33 824 24 18 / 33 824 60 30

POMPIERS :

33 823 03 50

Centre anti poison :

818 00 15 15