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Restauration de la Mangrove, conservation de la biodiversité, régénération de vallées… : La coopération autrichienne injecte près de 2 milliards à Kolda

Ce sont les populations des départements de Sédhiou et de Kolda qui ont, elles-mêmes, initié, avec l’appui de la coopération autrichienne, le projet de restaurer la mangrove, elles qui sont conscientes du fait que la rareté du poisson trouve son explication dans la disparition de cette végétation.
Ce sont les populations des départements de Sédhiou et de Kolda qui ont, elles-mêmes, initié, avec l’appui de la coopération autrichienne, le projet de restaurer la mangrove, elles qui sont conscientes du fait que la rareté du poisson trouve son explication dans la disparition de cette végétation.

(Correspondance) – ‘Tous ceux qui ont passé leur enfance à Sédhiou savent que beaucoup a changé le long du rivage de la Casamance.’ Ainsi s’exprimait Mamadou Lamine Sadio, coordonnateur de l’Ong Enfance et Paix établie dans la commune de Sédhiou où le Dr Gerhard Doujak, ambassadeur d’Autriche au Sénégal, était en visite de lancement des projets financés par la coopération autrichienne. Des projets pilotés par le Projet d’appui à la promotion des initiatives locales de sécurité alimentaire (Pilsa) coordonné par Fernando Kao, ingénieur agronome. Parmi ces projets, figure en bonne place la restauration de la mangrove sur le fleuve Casamance. ‘La végétation était, alors, luxuriante grâce à la mangrove touffue qui bordait le rivage. Cela faisait dans le passé la fierté de ceux qui vivaient le long de la berge’, se souvient, contrit, M. Sadio, ajoutant que tout est parti avec l’avancée du sel. ‘Les conséquences de la dégradation de la mangrove sont immédiates sur l’environnement. Car cet écosystème est très favorable à la reproduction des espèces comme le poisson ou la crevette’, explique le commandant Lansana Seydi, chef du service des Eaux et Forêts de Sédhiou.

Ce sont les populations elles-mêmes qui ont initié le projet de restaurer la mangrove, elles qui sont conscientes, entre autres, du fait que la rareté du poisson trouve son explication dans la disparition de cette végétation. Les plants s’étendent sur cinq sites reboisés par les femmes, les jeunes, les handicapés et les pêcheurs. ‘Ces derniers ont pris une part active dans les activités de reboisement, cela est rassurant en raison des filets traînants utilisés dans la pêche’, renseigne le commandant Seydi.

Le projet de reboisement de la mangrove, exécuté par l’Ong Enfance et Paix, a démarré en septembre dernier. ‘Au total, 3 ha seront regénérés avec l’appui la coopération autrichienne pour un coût de 900 millions de francs Cfa et des Eaux et Forêts’. Sur la berge faisant face au marché aux poissons, des plants commencent à fleurir. ‘Ce sont deux espèces locales de palétuviers qui sont plantées sur la berge. L’une plus résistante a fleuri derrière l’hôtel la Palmeraie. C’est cette espèce qui nous a servi d’expérience et de porte-graines sur lesquelles on a récolté des semences semées en pépinière. L’autre espèce est plantée en profondeur parce qu’elle s’épanouit bien en milieu plus humide’, explique le commandant Seydi.

Dans cette bataille pour le retour des poissons sur le fleuve Casamance, les handicapés ont ouvert, avec l’encadrement de l’Ong Enfance et Paix, un autre front. Des bassins piscicoles ont, en effet, été réalisés sur les eaux.

L’opération date de trois mois et elle bénéficie aussi de l’appui de la coopération autrichienne.

A Madina Bourama (à 20 km de la commune de Sédhiou) et à Médina Abdoulaye encore appelé Saré Faramba (à 6 km de la commune de Kolda), c’est sur la terre ferme que les populations mènent la bataille pour la restauration des splendeurs d’alors de leur environnement. A Madina Bourama, deux digues de rétention des eaux ont été réalisées. L’objectif est de récupérer pour la seule culture du riz quelque 212 ha de la vallée menacée par l’avancée du sel. A cette superficie s’ajoutent quelque 300 ha déjà exploités par treize villages pour une population estimée à 6 000 habitants, dont 52 % de femmes. ‘A Saré Faramba, la digue construite sur la vallée regénère l’écosystème dans près de six villages. Avant, durant la saison des pluies, nous perdions beaucoup d’eau qui allait se déverser sur le fleuve Casamance’, se souvient Aliou Baldé, animateur à l’Ong Usu, chargée de la réalisation de l’ouvrage. ‘La digue va également aider à désenclaver le village. Car, en période d’hivernage, il est impossible de traverser la vallée’, ajoute-t-il.

Autant d’enjeux qui ont poussé Mme Aminata Mballo, présidente de l’Union des groupements féminins de Saré Bidji, à affirmer que ‘trois ans, durée du projet à Saré Faramba, étaient trop insuffisants’. C’est en tout cas le temps qu’il a fallu pour donner le bonheur aux populations de Madina Abdoulaye préoccupées par la conservation du sanctuaire de leur village. ‘L’endroit ressemble à une forêt sacrée. La végétation, dense dans ce sanctuaire, est devenue le repaire des crocodiles fuyant la remontée de la langue salée et les oiseaux migrateurs en provenance d’Europe’, témoigne Younouss Mansaly, président de la fédération Boudié Boulounah, initiatrice de la conservation du sanctuaire. ‘Des espèces végétales rares se trouvent aussi dans le sanctuaire, occasionnant ainsi des descentes de chercheurs’, précise le commandant Seydi.

Aujourd’hui, les lieux sont clôturés de barbelés, renforçant ainsi le mythe pluriséculaire qui les entoure. Dans l’opinion, à Madina Bourama, le sanctuaire est hanté par un dragon. Une idée reçue qui protège l’endroit de l’action dévastatrice de l’homme.

Trois questions à…

GERHARD DOUJAK, Ambassadeur d’Autriche au Sénégal

Kolda est la région que la coopération autrichienne a choisie pour y concentrer ses activités. Et son intervention dans la région remonte aux années 1990. Pas étonnant par conséquent si l’ambassadeur d’Autriche lui consacre sa première visite officielle après avoir pris ses fonctions il y a trois mois.

‘Le choix de nous concentrer sur la région de Kolda est très bon’

Wal Fadjri : Comment expliquez-vous cette forte présence de la coopération autrichienne dans la région de Koda ?

Gerhard Doujak : Je dois d’abord préciser que je suis arrivé au Sénégal il y a juste trois mois. C’est à la région de Kolda que je consacre ma première visite officielle. Ce n’est pas délibéré. Car Kolda est la région que la coopération a choisie pour y concentrer ses activités. Notre intervention à Kolda remonte aux années 1990 avec l’Ong Hope 87, dont le coordonnateur national est M. Boubacar Mané. Cette organisation déroule un programme dit de développement intégré des terroirs villageois dans la communauté rurale de Mampatim (80 km à nord-est de Kolda) pour un coût d’environ 505 millions de francs Cfa. Au fil des années, nous avons été amenés à une concentration sectorielle dans le monde rural. Notre intervention consiste alors à appuyer les organisations de producteurs à la base s’activant dans l’agriculture, l’élevage, la transformation et la commercialisation des produits de leurs activité. L’Autriche a décidé de privilégier la région de Kolda, notamment les départements de Sédhiou et de Kolda, à cause de son haut niveau de pauvreté, de son enclavement et de son potentiel important dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage. Un accord de coopération a été signé en 2006 entre l’Autriche et le gouvernement du Sénégal pour une durée de trois ans.

Des conventions de financements ont été aussi signées afin de formaliser cette coopération. C’est une forme de coopération qui vise à associer les institutions au niveau central, déconcentré, décentralisé et les organisations de base. Tout ce processus a abouti à un investissement de 1 milliard 930 millions de francs Cfa dans la région de Kolda pour une durée de trois ans.

Justement, à Médina Abdoulaye, Aminata Mballo, présidente de l’Union des femmes, a estimé que trois ans, c’est peu pour des projets aussi importants pour la lutte contre la pauvreté.

Ce ne sont pas des projets pour trois ans. Au contraire, nous sommes en train de construire pour le futur. C’est pour nos enfants que nous construisons, ce n’est pas le temps qui est important. Le temps, c’est pour réaliser le projet et le mettre en œuvre. Pour cela, convenez quand même qu’il faut tout circonscrire dans des délais. Par contre, la coopération, c’est tout autre chose. Nous avons commencé il y a vingt-cinq ans et cela va continuer.

Dans la plupart des projets financés par la coopération autrichienne, les femmes se taillent la part du lion. Est-ce un choix délibéré ou un simple hasard ?

C’est bien un choix délibéré de voir la femme être au centre de tous les projets de développement. Mais c’est bien un fait du hasard si les organisations de femmes sont beaucoup plus nombreuses dans les projets de la coopération autrichienne. Dans la mise en œuvre, hommes et femmes seront sur la même trajectoire. Il faut tout de même donner à la femme la place qui lui revient dans le développement. Toutes nos sociétés ont compris cela.

Les cinq projets de la coopération autrichienne à Kolda

La lutte contre la pauvreté dans les départements de Kolda et de Sédhiou s’est enrichie de nouveaux acteurs. La coopération sénégalo-autrichienne a lancé, avec l’appui des Ong, le 26 mars dernier, le Programme d’investissement et de coopération (Pic) pour trois ans et pour un coût de 1 milliard 930 millions de francs Cfa. Cinq projets constituent le Pic. Il s’agit du Projet d’appui à la promotion des initiatives locales de sécurité alimentaire (Pilsa). C’est le Pilsa qui appuie par exemple la restauration de la mangrove sur le fleuve Casamance. Le projet couvre treize communautés rurales de Kolda et de Sédhiou. Le Pilsa, bénéficiaire d’un financement de 550 millions de francs Cfa, cible 8 225 bénéficiaires, dont 4 210 femmes. Pour son exécution, le projet a un bras technique constitué d’un réseau de quatre Ong. Il y a aussi le Projet de relance des productions agricoles, pastorales et de l’artisanat rural (Prepar) pour un coût de 210 millions de francs Cfa. Il est exécuté dans la communauté rurale de Saré Bidji par l’Ong Usu. Et c’est cette Ong qui construit la digue de Médina Abdoulaye. Le Pic comprend aussi le Projet d’appui en élevage aux femmes du Fouladou (Pfef) (205 millions de francs Cfa), le Programme d’action pour développement rural juste et durable à Sédhiou (Pader-s), bénéficiare de 460 millions de francs Cfa et le Programme de dévelopement intégré des terroirs villageois de la communauté rurale de Mampatim (Prodel/Kissal-Patim) déroulé grâce à un financement de 505 millions de francs Cfa.


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