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Restitution des œuvres d’art africaines…: Prendre à César ce qui n’est pas à César

Le souhait du Président Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou, de restituer aux Africains les œuvres d’art leur appartenant, a suscité beaucoup de réactions dans les milliers intellectuels français et africains.

Le travail remarquable fait par les experts Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, et leurs recommandations notamment sur la faisabilité de cette restitution, ont comblé de joie nombre d’Africains convaincus que ce serait un bon signe de restauration de la confiance entre anciens colonisateurs et anciens colonisés.

Il a été établi que 85 à 90% des œuvres d’art africaines sont entre les murs des musées européens. On parle de 90.000 objets dans les musées français, dont 70.000 dans le seul musée Quai Branly.

Le Bénin a ouvert la marche des réclamations officielles, suivi par le Sénégal, le Mali, le Cameroun, l’Ethiopie, le Nigéria, qui auraient de sérieuses intentions de faire des demandes dans ce sens.

Il y a cependant un obstacle d’ordre juridique. Pour procéder à la restitution, il faudra bien réformer le Code du patrimoine français, une des recommandations du rapport Sarr-Savoy.

Mais c’est loin d’être le seul obstacle. Si le Président Macron, dans une recherche de rupture par rapport aux pratiques néo-colonialistes du passé, s’est inscrit dans cette dynamique de restitution, rien n’indique qu’il ira jusqu’au bout. Les collections publiques étant inaliénables et les pressions énormes.

Ceux qui gèrent les musées et ce patrimoine, les experts qui s’y intéressent, verraient d’un mauvais œil que ces œuvres disparaissent un beau jour pour laisser la place à des photos ou à des évocations virtuelles.

Macron pourrait ainsi rétropédaler par rapport à une idée originelle qui, certes, n’a rien de saugrenu, mais aura quelques soucis dans sa phase d’application.

Pourtant, il est important que l’Afrique recouvre ses biens. Ces objets n’appartiennent ni à la France ni aux autres pays qui les détiennent. Il s’agit ni plus ni moins que de rétention d’objets appartenant à autrui.

Car, pour les Africains, ces œuvres d’art ne sont pas de simples objets. Ils représentent parfois l’incarnation de divinités ou d’autres symboliques de ce genre.

On se sert d’eux pour l’intronisation de rois ou pour des cérémonies rituelles. Ils sont chargés d’histoire, de culture, de manière d’être.

Les prétextes liés au fait que ‘’l’Afrique n’a pas assez de musées pour les conserver’’, que ‘’ces objets pourraient se retrouver sur les marchés’’ et tutti quanti, sont fallacieux.

S’il faut ‘’rendre à César ce qui appartient à César’’, il est tout aussi logique de prendre à César ce qui ne lui appartient pas. C’est aussi logique que ça. Ce qu’on n’en fera après, cela regarde les Africains.

Mieux, ce débat pose la problématique de la nécessité de tourner définitivement la page de la colonisation. On me dira qu’il faudra plus, qu’il y a la dépendance monétaire et économique et celle sécuritaire et politique, mais ce serait un pas décisif.

C’est pourquoi, loin d’être un simple débat ‘’franco-français’’ comme le pensent certains, il devrait intéresser, en premier, l’Union africaine qui, par une prise de position forte, aurait pu donner un coup de pouce à Macron qui en a vraiment besoin.

Mieux, l’UNESCO dont la raison d’être est la protection de la culture, des arts, de l’éducation, des sciences et autres, devrait saisir la balle au rebond et se mêler au débat.

Aujourd’hui, le constat est que nos musées sont bien déserts et pauvres en objets. Et une des explications est le lourd poids colonial.

En emportant les biens économiques, le colonisateur s’est aussi permis de piller les ressources artistiques qui étaient la plus grande richesse de l’Afrique.

En tout état de cause, ce lien de ‘’tutelle’’ que la France et d’autres Nations développées veulent continuer à instaurer dans leurs relations avec les anciennes colonies, cassera définitivement un jour ou l’autre. Créer des liens de dépendance (économiques, culturels, militaires, etc.) est aux antipodes des principes et valeurs internationales inscrits dans les chartes et conventions internationales.

Si Macron échoue, un autre Président y mettra fin.

Même si les leaders africains brillent par leur passivité légendaire.

Assane Samb

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