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Robert Sagna : «Le boycott va aggraver la descente aux enfers du Ps »

Icône du Parti socialiste, Robert Sagna s’est choisi, depuis le 4 janvier 2006, une autre démarche au sein de la formation héritée de Léopold Sédar Senghor. Sa candidature à la dernière présidentielle a fait trop mal à sa famille politique. Mais, l’homme continue de se réclamer de la famille sociale-démocrate et prêche pour des retrouvailles au sein de ce grand parti qui a connu beaucoup de départs depuis 1996. Simplement parce que, pour la plupart, certains ténors (Djibo Ka, Moustapha Niasse et les autres) n’ont pas apprécié le type de management du parti de la part d’un homme, Ousmane Tanor Dieng.

Source : Le Soleil
M. Sagna, il est beaucoup question, ces derniers temps, de rapprochement avec Ousmane Tanor Dieng, le Premier secrétaire du Ps. Quelle est la part de vérité dans cette affaire qui agite le landernau politique sénégalais depuis la dernière présidentielle ?

Il faut préciser que j’ai lancé l’idée des retrouvailles de la grande famille sociale-démocrate. J’ai continué à le faire. Peut-être que je vais arrêter bientôt pour avoir eu l’impression que je n’ai pas été entendu. De telles retrouvailles ont toujours été ma préoccupation. Ce n’est pas parce que j’ai créé le courant « Démocratie-Solidarité » au sein du Parti socialiste que je vais me démarquer de cette constante recherche d’unité de la famille sociale-démocrate. Comme vous l’avez remarqué, cette famille a éclaté. Surtout depuis 1996, avec la multiplicité des départs et des partis qui ont été créés. Alors, j’ai lancé un appel pour que cette hémorragie s’arrête. Dans la mesure où le Ps est plus qu’un symbole. Mieux, c’est un fondement de la nation sénégalaise depuis le Bds en passant par l’Ups jusqu’au Ps d’aujourd’hui. Quand même, c’est ce parti qui nous a donné l’indépendance avec Senghor. Nos institutions, c’est avec ce parti ; au même titre que la nation sénégalaise ou l’État de droit, la démocratie. Sans oublier le respect que le Sénégal a, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Tout cela, nous le devons, en partie, à ce grand parti de Léopold Sédar Senghor. Dès lors, avons-nous le droit de le laisser s’éclater, se disperser en plusieurs morceaux ? Je crois que non. C’est pour cela que j’ai été constant, en demandant, même durant ma campagne, que les gens se ressaisissent. Ce qu’il faut noter, c’est que cet appel ne s’adresse pas à Ousmane Tanor Dieng. C’est à l’ensemble de la famille éclatée, depuis Djibo Ka, Moustapha Niasse, Abdourahim Agne, Abdoulaye Makhtar Diop et les autres. C’est à tout cet aréopage de cadres du parti dispersés que s’adresse cet appel. Aujourd’hui, le noyau qui reste est géré et administré par Ousmane Tanor Dieng. C’est peut-être pour cela que les gens ont tendance à focaliser ou à bipolariser les choses.

Donc, vous ne vous inscrivez pas dans une logique de bipolarisation ?

Pas du tout. Si vous regardez le Manifeste du courant « Démocratie-Solidarité », il n’y a pas le nom d’Ousmane Tanor Dieng. Notre appel invite à un débat d’idées sur le mode de fonctionnement du parti, sur la manière dont sa démocratie à l’intérieur doit être renforcée ; la manière dont il doit être géré. Mais, aussi, la manière dont on devrait renforcer la solidarité entre ses membres, afin d’être mieux préparés à aller à des alliances avec d’autres.

Vous ne cessez de dire que tous ceux qui ont quitté le Ps n’ont pas mis en avant des questions d’orientation idéologique. Mais, simplement, des questions liées aux modes de fonctionnement du parti, à sa gestion quotidienne ?

Parmi tous ceux qui sont partis, personne ne vous parlera de divergences idéologiques. Ils vous diront qu’ils sont partis à cause d’Ousmane Tanor Dieng. C’est ce que je déplore, parce qu’on ne peut pas quitter un parti pour des problèmes de personne. Si, c’est pour des querelles de personnes, cela signifie que quelque chose ne va pas. Il urge, alors, de se ressaisir, de rester ensemble et de débattre des problèmes pour extirper ce qui doit l’être afin de conserver l’essentiel. C’est la seule manière pour éviter de personnaliser le débat.

Véritablement, est-ce que vous avez cherché à comprendre pourquoi votre appel n’a pas été entendu ?

Je le sais. C’est simplement que les gens ont peur pour leur personne. Ils se battent pour des postes, pour le pouvoir, et pas pour des idées. Sinon, comment expliquer qu’un Parti socialiste, social-démocrate que celui que Senghor a fondé, puisse s’allier à des communistes et à des libéraux. Aujourd’hui, le Ps est un parti écartelé entre deux idéologies totalement opposées. C’est la preuve que la part de l’idéologie dans le fonctionnement et la conduite du parti ne compte plus. Mais, aussi et surtout que les gens sont obnubilés par la recherche du pouvoir et des postes. Ainsi, les idéologies commencent à disparaître au profit d’opportunités d’accès à des postes ou à des stations de pouvoir.

Est-ce que c’est cela qui explique le fait que Robert Sagna n’ait pas songé à créer un parti politique, en lieu et place d’une coalition pour accompagner son action politique ?

Je n’ai pas voulu m’écarter du Ps, parce que je gardais l’espoir de retrouvailles possibles. Car, on ne peut pas lancer un appel pour des retrouvailles et, en même temps, créer les conditions de s’en éloigner. Peut-être qu’il sera bientôt temps pour moi de prendre mes responsabilités (rires). Il faut bien que je puisse tirer les leçons de ce prêche dans le désert. D’autant qu’il ne faut pas oublier que la politique, c’est l’art de gérer les opportunités. Alors, il faudra, à un moment ou un autre, que je songe sortir.

Est-ce que l’autre camp ne vous reproche pas le fait d’avoir affaibli le Parti socialiste en vous portant candidat à la présidentielle du 25 février 2007 ? Surtout avec le fait que vous vous soyez classé 5e devant des leaders politiques qui ont plus de 20 années d’expériences dans la vie politique sénégalaise ?

Non, cela est une conséquence. La question est de savoir, si j’avais raison de le faire. Je pense que je n’avais pas tort. Cette candidature est un déclic qui aurait pu créer les conditions des retrouvailles. Le fait de m’être classé 5e parmi les 15 candidats prouve que mon message a été écouté. Ou bien que je n’avais pas tort de proposer autre chose aux Sénégalais. Cela aurait dû sonner l’alerte. Aujourd’hui, ma déception, c’est de constater que la leçon n’a pas porté. Mais, je reste toujours dans cette attente de voir que je serai, peut-être entendu ou écouté, pour les retrouvailles dans cette grande famille sociale-démocrate. Mais aussi, pour tirer les leçons d’une nouvelle séparation qui aurait pu être évitée.

Est-ce qu’il n’y a pas, dans le cadre de la Coalition Takku Defaraat Senegal des tentatives de débauchage ou de démantèlement de la part de l’autre camp, pour chercher à vous affaiblir ? D’autant plus que Robert Sagna a acquis aujourd’hui une dimension nationale.

Au contraire, ils devraient m’intégrer dans les rangs, puisque le Ps est un parti national. Si, quelque part, ils pensent que je peux être une force pour le parti, l’intérêt, c’est de m’intégrer et non de m’écarter. Je crois à des convictions fortes pour cette sociale-démocratie. Aussi, je crois à des valeurs porteuses. Puisque ceux qui les ont enseignées ont démontré à la face du Sénégal et du monde qu’elles étaient des valeurs essentielles, sûres, rassurantes pour notre démocratie et pour notre pays. Peut-être que je suis un peu trop idéaliste …

Ou bien trop en avance par rapport à vos amis socialistes ?

Non, je ne comprends pas…qu’on ne me comprenne pas. La recherche effrénée du pouvoir qui est en avance sur la recherche d’ancrage de démocratie et de valeurs m’inquiète. Et je crois que le Ps était porteur de cet idéal dont je me revendique. Aussi, je m’inquiète de constater que, tant qu’on ne se ressaisira, on va poursuivre la descente aux enfers de ce parti. Car, il faut rappeler que nous sommes partis de 42 %, en 2000, à 13 % aujourd’hui.

C’est énorme comme chute ?

Cela va s’aggraver avec le boycott.

On a vu un de vos compagnons du courant, en l’occurrence Souty Touré, créer un parti politique. Seulement, avec ce dernier, il n’a pas été question d’une rupture entre vous. Mais simplement, une différence de démarche et d’approche ?

Il n’y a pas de rupture sur le plan idéologique, car Souty Touré se considère comme le Parti socialiste authentique. Sur le plan de la démarche, on peut considérer une rupture, parce qu’il n’est plus dans notre coalition. Il a pris une option en créant une entité différente. Et ce n’est pas, sur la base d’une divergence qu’il est parti. Il a, juste, choisi de partir pour créer un parti. C’est une formation de plus dans la galaxie de partis nés des flancs du Ps. En d’autres termes, il s’agit d’une séparation et non d’un conflit. Il ne faut pas oublier que la politique, c’est la gestion des opportunités. Peut-être que Souty a pensé que son avenir politique devait se situer dans un cadre différent d’une coalition.

Vous avez dit que la descente des enfers du PS va se poursuivre avec le boycott. Est-ce que cela va vous être profitable, dans la mesure où c’est un boulevard politique très large qui s’ouvre aux autres partis politiques ?

Je ne sais pas. Il faut attendre la fin pour le savoir. Mais, je déplore le fait que l’opposition ait réussi à s’unir pour aller au boycott. Alors qu’elle a été incapable de le faire pour gagner les élections. Et, pourtant, 44 % des Sénégalais n’ont pas voté pour Wade. Malgré tout ce qu’on reproche au système électoral, à la manière dont le vote s’est déroulé, on n’a pas su saisir les opportunités qui s’offraient en ce moment. Au regard du mode d’élection, si l’opposition avait réussi à faire une liste unique, je ne suis pas sûr que le parti au pouvoir serait sorti majoritaire. Mieux, il n’est pas évident que dans chaque département qu’il dispose d’individus plus représentatifs que les candidats de l’opposition. Pensez-vous que je me ferai battre par quelqu’un, si j’avais été soutenu à Ziguinchor par les partis de l’opposition ? Non, on aurait pris les deux députés du département. C’est pareil à Kaolack avec Moustapha Niasse ou Thiès avec Idrissa Seck. Avec le pourcentage sur la liste nationale, je suis convaincu que nous serions majoritaires à l’Assemblée nationale. Et, nous aurions rattrapé ce que nous avons perdu à la présidentielle. C’est-à-dire la présidence de l’Assemblée nationale et le poste de Premier ministre.

Vous avez dit que la politique, c’est la gestion des opportunités. Alors, le boycott n’est-il pas une opportunité pour vous ?

Cela pourrait profiter si les populations n’acceptaient pas le boycott. Et que, dans un moindre mal, qu’elles épousent les idées que je défends. Cela pourrait les amener à voter pour moi. Dans la mesure où, le succès du boycott se résume à un pourcentage de participation. Mais, est-ce qu’on arrivera à amener les Sénégalais à ne pas aller voter ? Car, le réflexe de nos compatriotes, c’est plutôt d’aller voter. Aussi, je ne suis pas sûr que le boycott soit le meilleur choix. C’est pourquoi je n’ai pas accepté de le faire. D’abord, je n’ai pas été associé à la réflexion sur cette affaire. C’est la raison pour laquelle je ne suis pas comptable des décisions qui ont été prises. Même si, j’avais été associé, ma position n’aurait pas été de boycotter.

Alors, c’est quoi votre ambition dans ce contexte politique si particulier ?

C’est de me faire entendre.

Ou d’être la deuxième force politique du Sénégal ?

Et pourquoi pas la première ?

Est-ce que la création de votre parti politique sera assujettie à vos résultats aux législatives ?

Aujourd’hui, je suis dans une position de réflexion où je suis en train de tirer les conséquences de tout ce que j’ai eu à faire. C’est-à-dire les conséquences de mon engagement à la présidentielle et de cette de mon prêche dans le désert pour les retrouvailles de la grande famille sociale-démocrate. La décision à prendre sera fondamentale. Il faut se hâter… lentement, parce qu’en politique, les erreurs se payent cash. Alors, il faut faire le bon choix ou ce que l’on estime être le bon choix, au moment opportun.

Est-ce que ce bon choix se retrouve dans la confection de vos listes qui reflètent la diversité du peuple sénégalais ?

Encore qu’un de mes partenaires est parti, sous prétexte qu’il s’agit d’une liste sudiste. C’est vraiment dommage. Est-ce que des gens comme Madia Diop, Abdourahmane Touré, Moustapha Ka, Pr. Amadou Lamine Ndiaye, Ousmane Ndiaye, l’ancien maire de Bakel sont des sudistes. Bien au contraire, ils sont des gens d’expérience qui croient à un idéal. C’est ensemble que nous avons lancé cet appel. Et, c’est de cette manière que nous allons tirer les leçons. Je comprends parfaitement, aujourd’hui, que le Ps soit complètement désossé. Car, quelles sont les personnes qui sont derrière Ousmane Tanor Dieng ? Ont-elles une certaine assise ? Je pense plutôt qu’il s’agit de personnes qui passent tout leur temps à pérorer dans les journaux et les radios. Pour façonner un parti, il faut des gens solides qui ont une base solide. Je pense que, si on avait tout ce monde autour dans le parti socialiste, ce serait extraordinaire.

Le discours de Robert Sagna a porté lors de la dernière présidentielle. Quelle sera la nouvelle tonalité pour ces législatives ?

Je ne changerai pas de discours. J’ai le sentiment de n’avoir pas été bien compris. Ainsi, plus j’aurai répété cela, mieux je serai entendu. Peut-être que c’est sur la manière de faire passer le message que je vais changer. Surtout que je ne crois pas que le fait de laisser un boulevard à Wade pour qu’il puisse être le seul à l’Assemblée nationale puisse renforcer la démocratie. Une perche tellement intéressante a été tendue à Wade qu’il aurait eu tort de ne pas la saisir.

Si les choses se passent très bien, Robert sera à l’Assemblée nationale. Me Wade ne cesse de rappeler qu’il place l’exercice du pouvoir sous le signe de la majorité d’idées. Alors, peut-on s’attendre à vous voir dans le prochain gouvernement de Me Wade ?

Ce dont vous parlez n’est pas à l’ordre du jour. C’est une spéculation sur l’avenir. Il faut attendre le lendemain des législatives pour me poser cette question. Une fois les résultats proclamés, j’en tirerai les leçons. Mais, il faut comprendre que pour aller dans un gouvernement de Wade, il faut savoir ce qu’on va y faire. Cela est très important, parce que si c’est pour une question de transhumance, je ne crois pas que cela soit la solution. Wade a siégé dans le gouvernement d’Abdou Diouf en 1991. Il n’y a aucune raison qu’il y ait un rejet systématique d’une collaboration. D’autant plus qu’à travers le monde, il n’existe pas un gouvernement qui ne soit celui de coalitions. Encore faut-il s’entendre sur quelque chose de précis. Mais, une chose est sûre, je n’ai pas une tête de transhumant.


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