26 novembre, 2014
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Rose Wardini (Gynécologue, présidente de l’Ong Medicol) : ‘Il est inadmissible qu’une sage-femme ne puisse pas faire un frottis servico-vaginal’

Face au déficit en personnel médical, les gynécologues du Sénégal ne peuvent que s’appuyer sur les sages-femmes, infirmières et matrones pour dépister à une large échelle le cancer du col de l’utérus. Mais celles-ci n’ont aucune formation dans ce domaine. Ce qui est intolérable pour la présidente de l’Ong internationale Medicol.

‘Nous avons un déficit criard de personnel médical dans nos pays. Nous sommes obligés de travailler avec nos collaboratrices que sont les sages-femmes, les infirmières et même les matrones. C’est pourquoi, il est inadmissible qu’une sage-femme ne puisse pas, à l’heure actuelle, faire un frottis servico-vaginal’, s’insurge la gynécologue Rose Wardini, présidente de l’Ong internationale Médecine de solidarité (Medicol), qui préconise la formation des sages-femmes à cette technique de dépistage du cancer du col.

En effet, lors de la caravane médicale de solidarité organisée par la structure, en partenariat avec l’Aéroport international de Blaise Diagne dans les communautés rurales de Diass et de Keur Moussa, il était prévu une campagne de dépistage de masse sur le cancer du col. ‘Toutes les femmes, en période d’activité génitale, doivent être dépistées’, tonne Rose Wardini. Et de faire référence à l’histoire naturelle du cancer qui survient avec l’infection Papilloma virus ou les infections sexuellement transmissibles au cours desquelles survient une lésion appelée dysplasie. Une petite transformation intervenue au niveau du col et qui va évoluer au fil des années. Vingt à trente ans après, la lésion cancéreuse s’installe définitivement. Or, une fois que le cancer s’est installé définitivement, il n’y a plus de possibilité de guérison. La prise en charge est extrêmement coûteuse. La femme se ruine et épuise toutes les ressources de la famille. ‘Si, pendant cette période, on se mettait à dépister les femmes, on aurait pu les sauver. Parce que le cancer passe par le stade de lésion précancéreuse où il est possible de dépister et de guérir définitivement la femme’, alerte la gynécologue.

Medicol préconise ainsi la possibilité de dépister dans les villages avec les techniques d’inspection visuelle du col. Elles s’appliquent partout et peuvent être appliquées par tout le personnel médical. Ce sont des techniques de d’orientation qui permettent de voir au niveau du col une lésion ou quelque chose d’anormal. ‘Il faudra promouvoir dans les zones éloignées des techniques permettant au personnel sanitaire local de reconnaître le normal de ce qui n’est pas normal’, soutient la présidente de l’Ong.

Lors des caravanes, Medicol, à travers ce dépistage, forme le personnel local des localités traversées au frottis servico-vaginal et aux techniques d’inspection du col. ‘C’est bien beau de faire des caravanes, mais il est important de recycler et de former le personnel local de ces zones traversées. Ainsi, ce personnel local pourra assurer un minimum en ce qui concerne le dépistage des lésions précancéreuses’, explique Rose Wardini.

DÉPISTAGE DU CANCER DU COL : Cinq cas confirmés sur les 150 femmes dépistées à Diass et Keur Moussa

Sur les 150 femmes dépistées lors de cette caravane médicale de solidarité dans les communautés rurales de Diass et de Keur Moussa, cinq cas positifs ont été relevés. C’est ce que le Docteur Rose Wardini a révélé hier à la suite du bilan de cette campagne.

Avec la mise en place de l’unité de cancérologie lors de cette campagne, Medisol compte mener une croisade contre le cancer du col. ‘L’examen des femmes se fait par l’exploration vaginale et le dépistage de la cavité de l’utérus pour détecter le cancer, une affection qui est en train de ravager les femmes. Medisol compte lutter contre ce fléau à travers ce dépistage de masse et à travers la sensibilisation pour le changement de comportement’, explique la présidente de l’Ong internationale.

La caravane médicale de solidarité ne compte pas laisser en rade les femmes dépistées positives. Medicol se dit prête à les accompagne sur plan moral et jusqu’au centre de référence. Mieux, l’Ong prévoit de faire appel à des partenaires en ce qui concerne la prise en charge. Mais ce qui est important, préconise-t-elle, c’est la prévention. ‘Il s’agit de faire en sorte que ces lésions précancéreuses soient détectées précocement. En le faisant, on peut lutter contre le cancer du col avec des moyens très simples et peu coûteux’, explique le Docteur Rose Wardini. Pour elle, ‘il vaut mieux prévenir et stopper les ravages’ causés. En effet, révèlera-t-elle, le cancer est la première cause de mortalité chez la femme africaine, avec ‘une fréquence très élevée’ du cancer du sein.

Walf Fadjri