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Saint-Louis, un centre d’élégance qui se meurt ! Le cortège du fanal s’est arrêté ! (Par Moumar GUEYE)

  • Date: 7 janvier 2016

J’ai véritablement été très triste durant mon récent séjour de fin d’année 2015 à Saint-Louis ! J’ai été habité par un profond chagrin auquel s’est ajouté un sentiment de honte intense, quand j’ai fait le tour de cette belle ville que le Créateur a offert, avec tant de générosité, à notre pays, le Sénégal. Cette ville unique au monde ! Cette ville de charme et de paix, finement taillée dans le sable fin, délicatement ciselée dans la verdure et harmonieusement insérée entre l’océan sans fin et le royaume fluvial de Mame Coumba Bang.

J’ai eu honte en cette fin d’année, de voir la « vieille ville française » envahie par la saleté, le désordre et l’encombrement anarchique ! J’ai eu honte de voir ma ville natale plongée dans les ténèbres dès que le soleil se couche.
Là-bas derrière la Langue de Barbarie !
Je ne pouvais imaginer que ma déception allait se transformer en colère, quand contre toute attente, on m’annonça qu’en cette fin de l’année 2015, le fanal n’aurait pas lieu sur la Place Faidherbe! Quelle perte énorme! Quel gâchis ! J’avais réellement du mal à croire que les gestionnaires de la ville de Saint-Louis, ces gens qui nous ont souvent pompé l’air par des discours électoralistes, ces gens qui se sont entredéchirés pour s’arracher le Conseil municipal, allaient nous faire l’affront de laisser tomber le cortège de costumes, de chants et de danse du fanal. J’étais loin de penser que ces gens-là avaient le courage suicidaire de faire taire les chants d’ombre et d’éteindre les lumières vespérales du fanal de nos ancêtres, cet évènement historique qui constitue incontestablement, un patrimoine culturel inestimable pour les Saint-Louisiens.
Il convient de rappeler que la tradition du fanal est née à Saint Louis du Sénégal dans le quartier Sud, à l’initiative des signares qui se rendaient, la nuit de Noël, à la messe de minuit, en compagnie d’un ou de plusieurs porteurs de lampions multicolores. Un mois avant Noël, se déroulaient dans les quartiers, les séances de répétitions des fent (chants improvisés et dédiés à un parrain ou une marraine de fanal). À cette époque-là, chaque quartier avait sont fanal et la concurrence était très forte, mais elle était toujours cordiale. Le cortège des fanaux était une belle occasion pour les femmes de chanter l’itinéraire historique des autorités administratives ou politiques. Ces chants nocturnes, qui étaient de vraies leçons d’histoire, rappelaient également les hauts faits des membres de certaines familles qui se sont distinguées dans le culte de l’honneur, de la dignité et de la générosité.
Je me souviens encore de la belle description du Fanal par Fatou Niang Siga qui, de sa belle et féconde plume, nous rappelle le fanal dans toute sa splendeur : « Le grand fanal était accompagné de garçons porteurs de pantins en bois et carton gigotant au bout d’une perche dès qu’ils tiraient les ficelles qui les mettaient en action. La danse au son du tam-tam distrayait les spectateurs, le salut faisait sourire le blanc, la culbute polarisait l’attention des enfants… Éléments de leur identité culturelle, les Saint-Louisiens présentent à nouveau, depuis une dizaine d’années, le fanal à leurs visiteurs pour rehausser les fêtes de fin d’année.
C’est pour les raisons historiques que voilà, que je considère qu’aucune tentative d’explications, de la part des gestionnaires de la ville, ne pourra justifier ce grave manquement que j’assimile à une trahison des espoirs ! Bien entendu, je ne voudrais pas manquer de saluer les efforts remarquables de notre sœur Marie Madeleine Valfroy qui à tout fait pour sauver le fanal. Malheureusement, cette année, faute de mécène, de parrain et de soutien, elle n’a rien pu faire pour organiser la marche féérique du cortège de chants des signares et des lumières resplendissantes des fanaux, sur la Place Faidherbe.
Marie Madeleine est certes une brave dame, toujours au front pour le progrès et la promotion de sa ville natale. Tout le monde le sait. Mais le Fanal de Saint-Louis ne devrait pas être l’affaire de quelques mécènes et autres bonnes volontés. La vérité est que le fanal est une identité culturelle Saint-Louisienne, que les doomu ndar de naissance, d’origine et d’adoption aiment passionnément et présentent toujours aux visiteurs avec une grande fierté. Le Fanal de Saint Saint-Louis est une attraction touristique incontestable et très productive. À ce titre, les autorités municipales et autres notables de la ville ne devraient pas le laisser s’effondrer et mourir.
Au cas où les autorités municipales seraient incapables de pérenniser ce trésor culturel, je voudrais inviter le Ministère de la Culture à s’approprier cet évènement, à l’inscrire dans l’agenda culturel national, à prévoir un budget annuel à ce titre et à confier l’organisation du Fanal de Saint-Louis à des hommes et des femmes compétents et dévoués, capables de tenir haut et fort le flambeau !
Je voudrais terminer en rappelant que le Fanal de Saint-Louis n’est ni stérile, ni perverse comme on en voit souvent dans les rassemblements festifs à travers notre pays. Le Fanal de Saint Louis a toujours été et restera toujours une soirée féérique, instructive, productive, attractive et culturelle à tout point de vue. Il sera toujours un festival de sons, de lumières et de beauté historique !

Par Moumar GUEYE *

* Ecrivain
Email : moumar@orange.sn

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