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Santé : ces milliards pour soigner des privilégiés à l’étranger…

  • Date: 28 juin 2015

Combien coûtent au Trésor sénégalais les évacuations sanitaires des agents de l’Etat vers l’étranger, principalement en Europe et au Maghreb ? Quid du coût lorsqu’il s’agit des hautes personnalités de l’Etat ?

Au niveau des différents services concernés, on préfère ne pas répondre. Une entorse à la transparence révélatrice de l’embarras sur un sujet d’intérêt public. C’est sur cet indicateur manifeste de la faiblesse de nos réceptifs hospitaliers, qu’Ouestaf News, démarre une série d’articles sur la gestion des systèmes de santé en Afrique de l’Ouest, réalisée avec l’appui de la fondation Osiwa. En attendant que les services compétents de l’Etat veuillent répondre, Ouestaf a enquêté…

Plus d’un milliard ou des centaines de millions ?

Deux chiffres différents sont avancés par des sources médicales contactées au cours de cette enquête. La première considère que les évacuations sanitaires sont « raisonnablement » chiffrables à « un ou plusieurs milliards de francs CFA par an ». La seconde dit, « par prudence », estimer le montant à « plusieurs centaines de millions de francs, annuellement ».

Que ce soit un milliard ou des centaines de millions, c’est déjà beaucoup dans un pays où l’écrasante majorité peine à se rendre à l’hôpital ou à s’acheter une ordonnance dès que le coût dépasse 10.000, voire 5.000 FCFA.

En janvier 2015, lors de l’inauguration de deux unités de cardiologie interventionnelle et de web radiologie numérisée à l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar, quelques chiffres ont été mis sur la place publique, qui permettent de se faire une idée de l’importance des montants en jeu, lorsque des Sénégalais sont envoyés dans des pays disposant d’un plateau médical plus relevé.

« Les évacuations sanitaires sont coûteuses pour l’Etat et les familles », avait notamment affirmé le Pr Serigne Abdoul Ba, qui a avancé quelques chiffres lors de cette cérémonie.

« L’évacuation d’un malade (à l’étranger) coûte en moyenne 5 millions FCFA. Les 500 malades font 2,5 milliards alors que le coût des consommables pour prendre en charge 500 malades à Dakar est de 261 millions de francs CFA, soit une économie substantielle de plus de 2 milliards de nos francs».

Question : combien de malades qui meurent d’un simple paludisme pourrait-on soigner avec deux milliards si on mettait en place une véritable politique de santé pour tous, avec les infrastructures adéquate qui vont avec ?

« Difficle à organiser et coûteuse »

Dans un communiqué publié en mars 2015, le ministère de la Santé déplorait lui-même que l’évacuation sanitaire est non seulement « difficile à organiser » mais aussi « coûteuse (10 millions de francs Cfa en moyenne). » C’était en prélude au lancement d’une semaine d’opérations chirurgicales au profit de onze enfants démunis souffrant de cardiopathie.

En allant plus en profondeur dans les détails, certains croient que les montants réels sont encore plus faramineux qu’on ne le dit.

« Pour la destination France, c’est environ 3 000 euros/jour (près de 2 millions FCFA) contre peut-être 2 000 euros/jour (plus de 1,3 million FCFA) si c’est la Belgique… », confie sous le couvert de l’anonymat un des médecins qui a l’habitude d’accompagner des malades lors des évacuations.

Et parfois, les coûts sont encore plus élevés, en fonction du lieu où se situe l’établissement, par exemple dans le très bourgeois département des Hauts-de-Seine, à Paris.

Toujours dans le cas de la France, selon la même source, « il faut déposer en argent l’équivalent de 90 jours d’hospitalisation à la Paierie de France. On établit un reçu et l’hôpital d’accueil vous avise avoir reçu les preuves du paiement, vous enjoignant alors de procéder aux formalités du visa… »

Dans les cas où le malade se trouve déjà dans une situation critique, d’autres frais non moins vitaux sont en prendre en compte : ceux liés au transport et à « la civière ».

Dans le jargon médical, la civière est le package composé des éléments suivants : le patient, l’espace qu’il doit occuper dans l’avion, la place du médecin qui peut être à la fois transporteur et réanimateur, un infirmier, et parfois un ou des parents accompagnateurs…

A bord de la compagnie Air France, cette « civière » équivaut à six places et coûtera quelques 14 millions de FCFA , contre environ 7 millions FCFA sur Tunis Air ou Royal Air Maroc pour huit places, rapporte le même interlocuteur.

Quelques indications

Selon les déductions tirées de ces différents entretiens avec des acteurs du monde médical intervenant directement dans ce processus, chaque année, entre 15 (quinze) et 20 (vingt) fonctionnaires de l’Etat pourraient avoir été évacués vers l’étranger sur décisions médicales du Conseil de santé dirigé par le médecin-chef du Centre médico-social des fonctionnaires (voir plus loin).
Un calcul en s’appuyant sur les différents chiffres fournis amène à croire que l’Etat dépenserait environ 180 millions FCFA pour la prise en charge d’un agent.

Avec un minima de quinze agents pris en charge chaque année, le Trésor sénégalais dépenserait environ 2,7 milliards FCFA.

Cette somme n’est qu’une indication car une partie de la garantie financière laissée à l’ambassade du pays de destination pourrait être retournée au Trésor payeur en cas de séjour moins long que prévu dans l’établissement hospitalier d’accueil. Ensuite, la destination France (ou Belgique) étant plus onéreuse, l’option de la Tunisie ou du Maroc contribuerait à réduire de manière significative la facture des soins (voir plus loin).

Un système éclaté

Toutefois, ce chiffre de 2,7milliards FCFA ne tient pas compte de la «décentralisation» du système d’évacuation sanitaire.

En effet, il ressort de nos investigations que des organes et institutions de l’Etat ont de plus en plus tendance à prendre en charge eux-mêmes cette mission en cas de besoin.

« Pour l’année 2014 par exemple, nous n’avons eu qu’un seul cas d’évacuation sanitaire. Malheureusement, la personne n’a pas survécu à sa maladie», révèle une source autorisée au service des Douanes confirmant ainsi que ce service procède à ses propres « évacuations ».

D’autres démembrements de l’Etat sont dans le même cas, dont bien entendu la Présidence de la République. La Direction générale des Impôts et Domaines, etc. Là aussi, difficile là aussi d’accéder aux chiffres.

Des abus et des magouilles

Pour des professionnels et acteurs du monde médical interrogés dans le cadre de cette enquête, si le coût des évacuations sanitaires est devenu un secret d’Etat bien gardé, c’est en partie dû aux « abus manifestes » qui entourent certaines opérations.

Selon Mballo Dia Thiam, secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (SUTSAS), « c’est un problème réel (et) quand ceux qui en profitent ne sont pas toujours ceux qui doivent en profiter, cela pose problème. »

Un médecin chevronné officiant au sein d’une instance qui travaille sur tous les dossiers d’évacuation sanitaire d’agents de l’administration centrale, dit ne pas comprendre que l’Etat ne se donne pas encore les moyens de régler définitivement ce casse-tête.

Des solutions ?

Des progrès, l’Etat en fait, note Mballo Dia Thiam, qui rappelle l’inauguration en janvier 2015 par le Président de la République de nouveaux équipements en faveur de l’hôpital Aristide Le Dantec. Mais dans des domaines comme « la greffe rénale », plus d’efforts contribueraient à réduire le nombre d’évacuations sanitaires.

Pour les spécialistes le Sénégal pourrait s’inspirer de la Tunisie et du Maroc. « Ces deux pays se sont donné les moyens d’avoir un plateau technique extraordinaire avec des cliniques – et je dis bien des cliniques, pas des hôpitaux – qui sont capables de vous faire trois cœurs par jour », renseigne un professionnel qui remarque au passage la « grande qualité » des ressources humaines disponibles au Sénégal. Mais cela suffit-il ?

« On a un gros problème de rigueur et d’organisation ici », déplore un médecin. « En soi, un plateau technique, même sophistiqué, peut ne vouloir rien dire. On peut même construire un hôpital nickel avec tous les moyens imaginables. Mais si les personnels chargés de le faire fonctionner manquent de rigueur et de volonté, si l’organisation n’y existe que de nom, s’il n’y a pas de critères acceptables pour l’évaluation et la surveillance, s’il n’y a aucun garde-fou contre les dérapages et les abus, ça va aller dans tous les sens. Et en deux ou trois ans, ce plateau technique extraordinaire périclite », souligne ce spécialiste.

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