Confidences

SANTÉ SEXUELLE ET REPRODUCTIVE DES ADOLESCENTS ET DES JEUNES Quand la voix de la tradition se fait entendre

  • Date: 29 mars 2016

Dans un contexte de diversité ethnique, et de croyances  traditionnelles, les facteurs culturels jouent un rôle crucial dans l’approche de la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes. Dans notre société conservatrice et patriarcale, on parle difficilement de la sexualité. Par crainte d’éveiller ou d’inciter les jeunes à avoir des relations sexuelles, on préfère utiliser le registre de l’interdit, de la peur, de la menace, du tabou… Ce qui n’est pas sans risques sur la sexualité des jeunes, avec son lot de conséquences parmi lesquels on peut citer la perte de la virginité, l’avortement, la destruction des organes reproducteurs suite à un avortement clandestin.

Selon l’Enquête démographique de santé de 2010-2011, onze pourcent (11%) des femmes ont eu une relation sexuelle avant leurs 15 ans, alors que les adolescents de 15 à 19 ans contribuent à hauteur de 10% à la fécondité globale dans le pays.  Le même document révèle que 15% des femmes âgées de 20 à 49 ans avaient déjà eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans alors qu’une adolescente de 15 à 19 ans sur 5 a déjà commencé sa vie procréative. Au même moment, 17% des hommes âgés de 25 à 59 ans avaient déjà eu leurs rapports sexuels avant l’âge de 18 ans

Cette situation de sexualité précoce des adolescents et des jeunes, renseigne sur les problèmes de santé sexuelle et reproductive dont sont confrontés les adolescents et les jeunes, en relation avec leur état de vulnérabilité. Parmi les facteurs qui rendent les ados et les jeunes vulnérables, il y’a leur  faible accès aux services de santé de la reproduction, favorisé par le regard négatif  que la société jette sur les adolescents et des jeunes qui s’offrent  ces services de santé sexuelle et reproductive. C’est ce constat qui motive  d’ailleurs l’engagement de l’Association des journalistes en santé, population et Développement (AJSPD) à participer au plaidoyer pour l’accès des adolescents et des jeunesaux services des santé sexuelle et reproductive à travers le projet « Voix pour la santé » avec l’appui de l’ONG américaine  Planned Prenthood Global. La coordonnatrice du projet de préciser qu’il « sera difficile de réduire l’ampleur des grossesses précoces et non désirées, des IST, des rapports sexuels non protégés entre autres problèmes,  chez les adolescents et les jeunes tant qu’il n’y’a pas une opinion publique positive  sur l’accès des adolescents et des jeunes aux services de SRAJ.» Dans une société très conservatrice ancrée sur les valeurs culturelles, la question de la santé sexuelle des ados et des jeunes  reste un tabou ce pose problème. Pour investir cette tendance, l’AJSPD a mis à contribution les  communicateurs traditionnels à travers le projet « voix pour la santé » pourdévelopper une communication positive sur la santé de la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes.

Babacar Mbaye Bam’s, communicateur traditionnel que nous avons joints nous explique que  dans un contexte de diverses ethnies, croyances et systèmes de valeur, les facteurs culturels jouent un rôle crucial dans l’approche de la santé sexuelle et reproductive, l’union, la sexualité, le bien-être et les décisions qui s’y rattachent ». C’est pourquoi, signale l’animateur de la radio Rmd,  il est essentiel d’analyser les différents aspects de la composante culturelle dans la construction des comportements et attitudes en santé sexuelle et reproductive.Les pratiques traditionnelles ont été mises en place pour réguler la vie de la communauté et quelque fois la vie de l’individu. Donc beaucoup d’actes de la société sont gérés selon la tradition, qui est conservée en général par des hommes de caste et des personnes exemplaires en moralité.Parmi les pratiques traditionnelles, il existe certaines qui sont néfastes à la santé et surtout à la santé de la reproduction et qui vont à l’encontre du respect des droits humains comme l’excision ou le mariage précoce, précise-t-il. Avant de renchérir :«l’éducation qui était une mission familiale et communautaire a disparue. Les rituels qui offraient des espaces d’information, de formation et d’éducation des filles et des garçons ont disparus. Le coté éducationnel est perdu. Les vieux sensés formés et éduqués les jeunes sont aussi en manque d’informations nécessaires. »Cette situation, constate-t-il, a créé une insuffisance de cadre en matière d’éducation, d’information et de suivi en matière de santé en général et dans le domaine de la santé de la reproduction en particulier. Ce n’est pas tout. «Les sources d’informations sont devenues les médias, les rumeurs, les copains et copines qui ne sont pas forcément plus informés. En milieu rural certaines sources ne sont toujours accessibles à la population. Ceci a entrainé une augmentation des IST, des avortements clandestins, des infanticides, des grossesses non désirées, des abandons d’enfants, des grossesses rapprochées, précoces ou tardives». Pour lui cet état de fait requiert un changement de comportement. Pour faciliter ces changements, nous développons, avec le soutien du Projet Voix pour la Santé, des stratégies pour informer et sensibiliser la société pour combler les vides ci-dessus cités. Nous sensibilisons les ados et les jeunes sur la sexualité à travers nos émissions radio, les causeries débats.

Abdoulaye Sow, enseignant chercheur en sciences sociales à la  Faculté des Lettres Université de Nouakchott nous a entretenus, à travers une étude intitulé « le  mode d’expression de la sexualité des adolescents dans les sociétés africaines Traditionnelles : Le cas de la société Haalpulaar. » La mode d’expression de la sexualité dans les sociétés africaines traditionnelles et plus particulièrement au sein de la société Haalpulaar se fait selon des canons bien précis, nous a-t-il confié. Avant d’ajouter : « Ces canons que nous pouvons appeler stratégie culturelle de gestion et d’expression de la sexualité reste largement tributaire du rang social, de la catégorie sociale dépositaire de la culture érotique et des modalités de communication ». « La sexualité est un sujet tabou dans les sociétés africaines et toute communication s’y afférant ne saurait se ramener à une simple information technique », poursuit-il. La perception de la sexualité dans l’imaginaire populaire Haalpulaar fait aucun message ne saurait avoir un impact réel s’il ne se fait selon les canons traditionnels de communication et de support d’expression de la sexualité.

Les principales pratiques traditionnelles relatives à l’éducation sexuelle des Adolescents

À l’en croire, les pratiques traditionnelles ayant trait à l’éducation sexuelle des adolescents chez les Haalpulaar se manifestent sous la forme de pratiques initiatiques et de pratiques compétitives : Le sorbo est une pratique traditionnelle dont la fonction est d’initier (les adolescents vont dans les villages alentours pour draguer au vu et au su de tout le monde).  Il s’agit d’un apprentissage destiné à prépare la jeune fille à la vie conjugale future. Il enferme un code de conduite de la retenue face aux plaisirs charnels et l’art de bien plaire face à son paso « frère égal ».  Le cukuraagal est « une phase d’observation entre les deux conjoints » pour finaliser le projet de mariage. La tolérance est liée au fait que les parents sont au courant de cette liaison.Elle est plus ou moins officialisée par l’obligation de la traçabilité du cadeau que le jeune garçon offre à la fille. En effet une jeune adolescente n’a pas le droit d’accepter un cadeau dont l’origine est ignorée des parents. Le gestuel joue un grand rôle dans l’expression de la sexualité. Cette tolérance se manifeste sous la forme « ina nyohe » c’est à dire « cela se murmure ». Cette stratégie est destinée à préparer l ‘opinion à l’officialisation des relations d’amour entre deux adolescents. Le principe de retenue face aux sentiments d’amour doit être respecté durant toute la durée de cette phase. Le « N’juuliyaagal » peut se définir comme l’art de draguer qui marque l’entrée de l‘adolescent dans l’univers social des adultes. L’adolescent a le droit d’exprimer ses sentiments car on considère qu’il est devenu un homme. Il convient par ailleurs de souligner que ce terme renvoie à la circoncision. Le « Cettal » est une pratique culturelle qui consiste à mettre en valeur une fille par le tiraillement de plusieurs candidats pour s’offrir les faveurs d’une adolescente en mettant en compétition tous les adolescents susceptibles de devenir un futur partenaire de la fille. La symbolique consiste à mettre en valeur la séance des tresses pour mesurer le degré de charme de la jeune fille et tester ainsi l’attrait qu’elle exerce sur les adolescents. Il s’agit d’un défi qui instaure un climat d’émulation et de saine rivalité entre les différents prétendants. Pour se valoriser les prétendants étalent leur savoir-faire. La finalité de tout dece dispositif est la réalisation d’un mariage endogamique.

Les stratégies traditionnelles de communication

Cette communication sexuelle se fait sous la forme de dictons et de chansons dont les principales sont: « Debbo heewat gacce » c’est à dire une femme doit avoir beaucoup de pudeur pour être en conformité avec le culte de la maîtrise des plaisirs charnels qui est une constante de la discipline culturelle du corps de la femme « Yo male » est une chanson à l’honneur de la jeune fille qui est restée jusqu’au mariage cet éloge de la virginité est un des piliers essentiels de la communication sexuelle à l’endroit des jeunes filles adolescentes « Welihiwde ko ndariiba » c’est-à-dire qu’il est plus de surveiller une fille immobile que celle qui est tout le temps en circulation c’est à dire en dehors du cercle familial. La communication en matière de sexualité est strictement codifiée (espace approprié, protagoniste assignés, discrétion requise). Le caractère tabou de la sexualité s’exprime dans l’acte de nommer le mariage, (suddude c’est-à-dire couvrir) c’est la raison pour laquelle le nyeenyo homme ou femme remplit la fonction de « le médecin de la civilisation » en milieu Haalpulaar. Les espaces d’expression de la sexualité. Il convient de souligner que la demeure du nyeenyo constitue le lieu de liberté par excellence au sein de la société Haalpulaar. Au niveau de ces espaces d’expression, on observe deux types de sphères : la sphère publique (le N’GaalaSakke, ladinguiral) et la sphère privée (le BolooruWaylube) Le « Ngaala Sakke » est le lieu où travaille le cordonnier ou bien la cordonnière. Le Dinguiral est un espace public où les adolescents et les adolescentes se rencontrent pour se divertir et faire connaissance. Le Dinguiral est une opportunité qui permet aux jeunes d’exprimer leurs sentiments mais aussi de peaufiner et de tester l’art de parler aux jeunes adolescentes. Le « Bolooru Waylube » est un long couloir à l’égard des regards indiscrets au sein de la maison des forgerons. Dans cet espace les propos sont libres et sincères car n’étant pas objet de jugement.

Toutefois les stratégies culturelles de communication et d’éducations sexuelles ont fait apparaître de réelles limites face à la prévalence d’Ist. Mais cette question ne saurait être vu et traitée sous l’angle « des charges traditionnelles en matière de communication dans le domaine de la sexualité », affirme-t-il.

Khady Thiam Coly

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