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Sauvetage des industries chimiques du Sénégal : Les travailleurs disent niet à une balkanisation de la société

Le Groupe Ics est composé de trois sites : la Mine, l’Acide et l’Engrais. Mais les travailleurs craignent que des privés profitent de l’occasion pour avoir la mainmise sur l’usine de Mbao (site engrais). Ils disent niet à toute balkanisation du complexe industriel.

Source : Walfadjri
Le personnel des Industries chimiques du Sénégal est contre toute tentative de balkanisation du Groupe Ics. “Au moment où l’avenir est, partout à travers le monde, au regroupement, l’Etat sénégalais, qui est en négociation avec le partenaire indien, est dans une tentative de désintégrer le groupe Ics. S’il réussit à cette entreprise, nous rendrons ingérables tous les sites”, martèle un cadre de Senchim.

Le Groupe Ics est composé de trois sites : la Mine, l’Acide et l’Engrais. Les travailleurs craignent que des privés profitent de l’occasion pour avoir la mainmise sur l’usine de Mbao (site engrais) et l’activité phytosanitaire développée par Senchim, une filiale des Ics sise toujours à Mbao, à moins de 20 km de Dakar.

La crainte du personnel des Ics est due au fait que les Indiens ne s’intéressent pas à la filière engrais. Si le partenaire asiatique s’est engagé à apporter du cash flow à hauteur de 40 milliards de francs pour la recapitalisation des Ics, c’est parce qu’il veut sauver l’activité production d’acide phosphorique.

La signature de l’accord de recapitalisation, qui était prévue ce mercredi, a été d’ailleurs retardée par la formulation d’une entente sur le site engrais. Selon des sources dignes de foi, le paraphe pourrait intervenir en début de semaine prochaine. D’ailleurs, les deux principaux actionnaires (Etat sénégalais et Iffco) ont passé, avant-hier, une journée chargée pour relever les compteurs sur les impôts. En outre, le Conseil d’administration des Ics se tiendra ce week-end à Paris. Une opportunité pour les administrateurs d’arrondir les angles pour parachever le projet de recapitalisation dont la signature était prévue le 30 juin dernier.

Les travailleurs attendent toujours cette signature, tout en restant vigilants sur l’engrais. Une activité qui n’intéresse pas Iffco. “Iffco ne s’est jamais intéressé à l’engrais. Le partenariat se limite à l’acide phosphorique. Ce qui fait que nous restons très vigilants sur tout ce qui touche l’engrais, même si nous ne sommes pas représentés aux négociations entre l’Etat et Iffco”, soutient la même source.

C’est en 1996 que le Groupe Ics, né de la fusion-absorption des Ics et de la Cspt (phosphates de Taïba), a achevé une intégration de toute la filière, à l’image de ses concurrents à travers le monde. Cette intégration, allant de l’extraction du minerai à la valorisation en engrais phosphatés, assure à l’entreprise une grande souplesse dans la politique de production et de vente.

Il est le fruit de la coopération Sud-Sud, notamment de la rencontre entre les besoins importants de l’Inde en acide phosphorique pour la fabrication d’engrais, et la disponibilité au Sénégal d’une mine de phosphate de grande qualité.

L’usine de Mbao, qui réalise entre 15 et 30 milliards de chiffre d’affaires, serait rentable, malgré la crise qui frappe les Ics depuis plus de deux ans maintenant. Ironie de l’histoire, l’usine marche aujourd’hui avec un préfinancement de la société togolaise Toguna, pourtant mise en cause dans le fameux rapport d’audit du cabinet Mazzars. “L’usine tourne aujourd’hui entre 25 et 30 % de ses capacités de production, grâce à Toguna. Ce qui veut dire que le rapport d’audit a été commandité pour porter du tort à l’ancienne direction de Djibril Ngom. Même Patrice Talon (du Bénin) pouvait aujourd’hui porter plainte contre les Ics puisqu’il était lié par un contrat d’exclusivité. Mais les deux partenaires africains du site engrais ont toujours fait preuve de compréhension”, souligne ce cadre de Senchim.

Le fameux rapport d’audit du cabinet Mazzars, dont les conclusions ont été contestées par l’ancienne direction (qui n’a d’ailleurs été informée qu’à travers la presse) était piloté par Abdou Khadre Mbodj, le frère de l’ex-ministre de la Femme, Aïda Mbodj.

En ce qui concerne le site de Mbao, les Ics y disposent d’une unité de fabrication d’engrais complexe. La plus grande part de ces engrais granulés est destinée au marché de la sous-région ouest-africaine (Mali, Bénin, Togo et Burkina Faso), principalement pour les besoins agronomiques de la culture du coton, de l’arachide, du maraîchage, des céréales, etc.

C’est la combinaison de l’acide phosphorique avec l’ammoniac et la potasse qui permet de produire les engrais ternaires de type Npk qui sont fabriqués par les Ics. L’usine de Mbao a une capacité technique de production de 250 000 tonnes par an.

La commercialisation des produits et la fabrication des produits phytosanitaires sont assurées par Senchim. “Le Groupe Ics est le premier complexe industriel de la sous-région. La crise a poussé les privés, qui ne sont que des distributeurs, à vouloir mettre la main sur certaines activités notamment l’engrais. Que les autorités sachent que nous ne n’accepterons aucune balkanisation de notre société”, martèle encore ce cadre de Senchim.

Un officiel sénégalais proche du dossier dit ne pas comprendre l’attitude des travailleurs. “On ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Le seul souci du chef de l’Etat est de sauver les Ics et de revitaliser la filière engrais. Ils (les travailleurs) doivent se réjouir du fait que nous sommes plus près d’un accord de recapitalisation”, renseigne ce haut fonctionnaire. Qui poursuit que : “Si l’Etat trouve un partenaire pour la filière engrais, tant mieux d’autant plus que ce ne sont pas les Indiens qui vont la développer”, dit-il.

Pour les travailleurs, tout doit se faire dans la transparence. “Si telle est l’option du gouvernement sénégalais, il faut un appel d’offres international”, tempère-t-on du côté de Mbao.


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