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Scrutin à un tour, Ambition de Karim Wade, Candidature de Wade en 2012, Mouvements citoyen, Génération du Concret, Manifeste de Gadio…: Les terribles révélations de Cheikh Diallo

Cheikh Diallo, chercheur en science politique à l’Ucad, est connu pour ses écrits politiques en tant que journaliste et écrivain. Très proche de Karim Wade, il tient sa place dans l’espace public pour son discours moderne et courageux. Homme de conviction, son indépendance d’esprit est établie. Il a théorisé : «La mort programmée du Pds», a écrit «Comment perdre le pouvoir aux élections législatives 2012 ». Cheikh Diallo a aussi inventé le fameux slogan : «En route vers le sommet ». On le présente comme l’idéologue de la Génération du Concret. Pour la première fois, il accorde une exclusivité à un journal (le nôtre) et dit tout haut ce qu’il a toujours pensé tout… haut.

L’idée d’une élection présidentielle à un tour occupe le débat politique national. Certains soutiennent que vous êtes le géniteur de ce projet au sommet de l’Etat. Qu’en est-il exactement ?

La question se situe moins au niveau de la paternité que de la dynamique argumentative et de la recevabilité de l’idée de la suppression du second tour. Pour ma part, je préfère parler d’un scrutin à un tour plutôt que de suppression du second tour. Il faut d’ailleurs arrêter cette vaste escroquerie politique : les élections à un tour ou à deux tours sont d’égale dignité. L’une comme l’autre est une élection au suffrage universel direct et populaire. Remarquez, on peut être majoritaire dès le premier tour comme ce fut le cas de Wade en 2007, comme ce fut également le cas de Diouf en 1983, 1988 et 1993 (même s’il a été régulièrement contesté par Wade). Il n’y a rien d’anti-démocratique ou d’infra-démocratique dans une élection à un tour. La belle preuve est que dans les faits électoraux, en 50 ans d’histoire politique, la seule fois où le Sénégal a connu une élection à deux tours, c’était le 19 mars 2000. Le reste du temps, on vote à un tour aussi bien pour les élections législatives que locales.

Malgré tout, vos adversaires trouvent ce projet anti-démocratique et dangereux.

Je suis intimement persuadé que nous ne ferons pas l’économie d’un scrutin à un tour, un jour. Dans ce monde de vitesse et d’exigence, le standing démocratique ira constamment vers la généralisation du scrutin à un tour. D’ailleurs, ce mode de scrutin est appliqué presque partout dans le monde entier. Depuis des siècles, l’Angleterre, (régime parlementaire par excellence) et les Etats-Unis, (régime présidentiel par excellence) votent au premier tour. Sur notre continent, il est adopté par l’Afrique du Sud, le Cameroun, le Malawi, la Zambie, etc. En Amérique, on peut citer, pêle-mêle le Mexique, le Brésil, la Bolivie, le Panama et le Venezuela. En Asie, il y a la Corée du Sud, le Sri-Lanka, les Philippines et l’Inde, (la plus grande démocratie au monde). En Europe, l’Islande l’a déjà adopté. En France, Sarkozy réfléchit sur le scrutin à un tour. Vous savez, un projet mal expliqué est un projet mort. C’est pour cette raison que nos estimés contradicteurs parlent de suppression du second tour au lieu de scrutin à un tour. Du reste, il est de bonne respiration démocratique de voter les lois d’essence électorale par consensus. Mon frère Aliou Sow et moi avons seulement posé un débat dans l’espace public. Suffisant pour que « les amis excessifs de la démocratie » bandent des muscles, là où il est question de bander des idées. Rires…

Dites-nous honnêtement quels sont les avantages de ce type de scrutin ?

Plusieurs avantages. La première vertu est la clarification du champ politique. Le jeu électoral sera alors fortement bipolarisé par deux grosses machines électorales. Au lieu de 200 partis politiques comme c’est le cas, nous en aurons 4 ou 5 régulièrement financés par le contribuable sénégalais. La seconde vertu est la simplicité de l’exercice électoral aussi bien dans l’organisation matérielle que le vote « utile » que l’électeur va nécessairement accomplir.

Reconnaissez quand même qu’il ya des inconvénients sur ce mode de scrutin ?

Bê oui, comme dans tout système d’ailleurs. Il faut savoir ce que l’on veut. L’inconvénient principal, est qu’il organise la disparition des formations politiques de petite ou moyenne envergure en purifiant le champ politique, en supprimant les marchandages, les chantages et les négociations entre les deux tours. N’est-ce pas là un peu d’oxygène dans l’aménagement du territoire politique ?

Du côté du pouvoir, certains estiment que le Président Wade ne sera pas candidat en 2012 même s’il l’a déclaré. D’autres pensent que le Chef de l’Etat s’apprête à mettre son fils à la tête du pays en le nommant Président du Sénat pour ensuite démissionner. Qu’en pensez-vous ?

J’ai l’habitude de dire que le Sénégal n’est pas le titre foncier de Wade ni de Karim. Pour 2012, Me Abdoulaye Wade sollicite auprès des citoyens, un autre permis de construire. Il a une grande puissance de construire et d’aimer le Sénégal dans un patriotisme inattaquable et inégalable. Son amour pour le Sénégal et sa place dans l’histoire passent fatalement par le blindage des fondamentaux démocratiques ; il le sait mieux que vous et moi. Non, ne lui faites pas de procès d’intention, je vous prie ! Et puis, il est grand temps de tuer cette rumeur et cette suspicion en lui faisant rendre gorge définitivement : Si Karim Wade a des ambitions, libre à lui ! Dans ce cas d’espèce « le cas Karim » ne sera réglé que par la voie électorale. Point final. Et j’ajoute que la voix du Maître ne sera alors ni délibérative ni prépondérante. Seul comptera le choix du peuple. Quant au schéma du Sénat dont vous parlez, il est tellement repoussant que par pudeur démocratique il ne serait pas bienséant de l’évoquer davantage. Karim Wade l’a dit à Amath Dansokho et redit à qui veut l’entendre : « je connais le chemin démocratique. Me Abdoulaye Wade est une belle illustration de lutte pour la conquête du pouvoir ». La seule voie qui existe est celle des urnes. Alors Oubliez vite cette la haute couture constitutionnelle et votre broderie institutionnelle au niveau sénatorial.

Pensez-vous que Karim Wade a suffisamment travaillé sur le terrain politique pour pouvoir gagner une élection présidentielle avant ou après 2012.

Si Karim veut succéder à Wade – remarquez que je ne dis pas à son père – ou à une autre personne, il n’y aura d’autre alternative que de labourer toutes les circonscriptions électorales du Sénégal et de la diaspora avec la tête, le cœur et les pieds, entouré d’une dream team (bonne équipe), comme le fait Macky Sall, Ousmane Tanor Dieng et les autres.

Cela dit, une conscience présidentielle doit respecter quatre étapes fondamentales : bien penser son projet politique, habiter le projet, le porter et enfin le soumettre à la validation du peuple souverain. Il serait malhabile de vous dire dans quelle étape se situe Karim Wade. Se peut-il même que mon ami et frère Karim ne soit dans aucune étape.

Que pensez-vous des attaques dont Karim Wade fait l’objet de la part des hommes politiques et de la presse en générale ? La dernière salve vient de Cheikh Tidiane Gadio.

Dire du mal de Karim Wade est un des grands plaisirs Dakarois. Je ne dis pas des Sénégalais.

Il faut aussi reconnaître qu’il est exposé de par sa position stratégique, ses fonctions ministérielles, son mutisme politique et accessoirement par le Président de la République, de manière volontaire ou involontaire. Wade est paradoxalement un atout et un handicap pour Karim. Quant à Gadio, j’ai une sympathie intacte pour lui. Karim Wade également. Savez-vous que c’est Karim qui a payé son billet d’avion afin qu’il vienne au Sénégal en 2000 ? Savez-vous également que contre l’avis d’Idrissa Seck, Karim a pesé de tout son poids pour qu’il occupe le département des Affaires Etrangères et ensuite qu’il porte le titre de ministre d’Etat ? Je n’en dirai pas davantage sur les alertes amicales de l’administration Obama à Wade. Mais là n’est pas notre propos ! L’essentiel de notre argumentaire se situe au niveau de la crédibilité de son discours, de la forme de son message et de l’opportunité. Notre confrère Gadio me fait penser au dormeur du Val (Ndrl Arthur Rimbaud). Pendant neuf ans, il habite tranquillement dans une maison et c’est seulement au bout de la dixième année, lorsqu’il est renvoyé par le chef qu’il constate subitement que les piliers y sont pourris. S’il avait quitté de lui-même la maison, il aurait pu dire « les piliers sont pourris mais on continue de construire là-dessus » ; on l’aurait alors compris. Mais ce n’est pas le cas. Jamais Gadio ne pourra effacer cette tare génétique sur sa carrière politique naissante. Dans le fond, son discours est intéressant par endroits mais exagéré dans l’ensemble.

Et si un homme comme Gadio se présentait en 2012 ?

Où est le problème ? Je crois que Cheikh Tidiane Gadio respecte les dispositions de l’article 28 de la Constitution du 22 janvier 2001 relatives à la candidature. De ce point de vue-là, il peut être un candidat à la candidature.

Comment se prépare 2012 ? Des sondages augureraient un second tour. Avez-vous fait des sondages ?

Pardonnez ma sincérité mais de ce que l’on ne sait pas, on a l’obligation de se taire.

Quelle est la position de Karim Wade sur la vie politique nationale ?

J’ai la modestie de dire que je ne sais pas.

Qu’attendez-vous pour structurer la Génération du Concret (G.C) qui offre l’image d’un produit alimentaire sans emballage donc exposé aux mouches et à la poussière ? Il se dit que vous en êtes même le concepteur.

Disons que nous sommes quatre membres fondateurs et j’en fais partie.

Il y a deux conflits de méthode qui doivent être réglés au préalable avant la structuration définitive. De manière générale, quel est l’apport réel des mouvements de type politique dans l’espace public et de manière plus spécifique, est-ce que la Génération du Concret doit se fondre dans le Pds ou ne pas se confondre dans le PDS ? La réponse n’appartient pas à ma petite personne. Mais il faut délibérer impérativement là-dessus.

Que pensez-vous des mouvements citoyens comme celui de Youssou Ndour, Bara Tall, Serigne Mansour Sy Djamil, etc ?

Du point de vue de la recherche, je trouve que ces mouvements citoyens sont un outil d’intelligence politique intéressant. En science politique, à côté des acteurs politiques traditionnels, on distingue des acteurs nouveaux qui sont « des éléments perturbateurs » du jeu classique. Il ne faut surtout pas les regarder de haut. Autant les partis politiques sont « des enfants de la démocratie », au sens de Max Weber, autant ces mouvements sont « des cousins de la démocratie », à mon sens. Il y a deux constats à faire et un enseignement à tirer. D’une part, ce ne sont pas des entrepreneurs électoraux normaux. Pour la plupart, ils ne sont candidats à rien (Ndrl Djamil, Youssou Ndour). Et d’autre part, ils participent activement à l’encadrement d’une partie fragile de l’électorat. L’enseignement principal c’est que ces mouvements pèseront inévitablement sur le vote du bataillon des indécis. Les électeurs indécis sont sensibles aux interférences et au discours nouveau, ce qui ne veut pas dire que le discours est forcément original.

Vous passez pour un indépendant d’esprit….

[Il coupe] Absolument ! Je n’ai de compte à rendre qu’à ma conscience démocratique et scientifique. Dans cette semaine, par exemple, je me suis retrouvé, tour à tour, dans le bureau de Sidy Lamine Niasse, chez Abdou Latif Coulibaly avec qui j’ai eu une bonne heure de discussion politique serrée, à la résidence du doyen Babacar Touré et j’en passe. Cette démarche d’ouverture et de contradiction n’est pas nouvelle chez moi. Posez la question à Ali Haïdar, à Abdoulaye Wilane, à Amath Dansokho ou à Pape Yama Mbaye. Les week-end dans « les cars rapides », je me rends chez mes cousins en banlieue pour siffler mon ataya. Quand mon agenda de chargé de cours le permet, comme le mois dernier, je pars pour Kaffrine auprès des populations derrière mon frère Aliou Sow et à Ziguinchor chez mon ami Abdoulaye Baldé. Vous savez, les gens sont prisonniers des schémas extérieurs au Sénégal.

Parlez nous un peu de vos études doctorales…

(Pensif). Je reviens de très loin, vous savez. J’ai même «cartouché» avant de toucher la cible (rires). Mes véritables compagnons de pensée sont mes livres. Mon ami et frère Karim Wade et la planète de mes amis savent que je suis capable, un jour, de tout arrêter pour vivre à fond mes centres d’intérêt que sont la recherche, l’enseignement et l’écriture.

Ma thèse de doctorat avance lentement mais sûrement. Pas au rythme de mon directeur de thèse, le Pr Ismaïla Madior Fall qui rajoute toujours une pression heureuse. C’est une thèse conceptuelle sur le néo-institutionnalisme africain et Tocqueville. Cela me passionne.

Tous les soirs, vous me trouverez à la bibliothèque universitaire (Bu) où j’occupe une loge de chercheur. Je remercie au passage le personnel de la Bu pour la qualité de son offre scientifique malgré la modicité de ses moyens.

INTERS

1-«On peut être majoritaire dès le premier tour comme ce fut le cas de Wade en 2007»

2-«Je préfère parler d’un scrutin à un tour plutôt que de suppression du second tour»

3-«J’ai l’habitude de dire que le Sénégal n’est pas le titre foncier de Wade ni de Karim»

4-«…Je me suis retrouvé, tour à tour, dans le bureau de Sidy Lamine Niasse, chez Abdou Latif Coulibaly»

5-«Les week-end dans les cars rapides, je me rends chez mes cousins en banlieue à Yeumbeul»


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