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Seconde partie de l’interview de Sémou Pathé Guèye dans Le Soleil

Dans cette deuxième partie de l’interview, le professeur Sémou Pathé Guèye revient sur un certain nombre de questions : les retrouvailles de l’opposition, la nature du boycott actif et ses conséquences sur la représentation nationale au Parlement. Mais, aussi sur le dialogue politique et des implications de probables retrouvailles entre le président de la République et une partie de l’opposition contestataire.
Professeur, un constat s’impose : les leaders de l’opposition ont été capables de s’unir pour boycotter les législatives et non pour gagner la présidentielle ?

Il faut préciser que l’opposition a tiré les leçons dès le lendemain des élections. Elle a compris que, compte tenu du fait que le système est formaté pour fausser les urnes, et de l’enjeu du pouvoir, il faut rassembler les forces nécessaires et s’unir pour aller à un autre système. Sinon, aucune autre ambition personnelle ne peut réussir sur la base du système actuel. Donc, c’est la lucidité, peut-être une lucidité qui aurait été préférable avant, qui a fini par s’imposer. À cet effet, je pense que l’opposition a le mérite d’avoir permis aux uns et aux autres, au lendemain de la présidentielle, de surmonter leur subjectivisme pour se retrouver. Mais, aussi et surtout d’ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre de la lutte pour obtenir un système électoral fiable.

Relativement au boycott, les militants de l’opposition des régions attendent que les leaders déroulent le programme pour avoir une claire conscience des implications de cette décision. Est-ce que l’opposition a pris en compte la réalité locale, en proposant le boycott actif des législatives du 03 juin prochain ?

Je ne peux pas parler au nom de toute l’opposition. Mais, au sein du Pit, le secrétariat politique s’est réuni et a retenu l’hypothèse de boycott actif. Nous avons soumis cette décision au bureau politique qui l’a adoptée à l’unanimité. Sur la base d’un rapport écrit, la décision du bureau politique a été transmise au comité central qui est l’instance suprême de notre parti entre deux congrès. Et, à l’unanimité, le comité central du Pit a décidé le boycott actif. Au sein de la coalition, nous avons procédé à une première évaluation qui a été rendue publique, mais pas dans des termes fermes. Car, elle était sous réserve des analyses que les différents membres de la coalition devaient faire. Je sais qu’il y a eu des rencontres au sein de l’Alliance des forces de progrès. Je ne sais pas s’ils sont arrivés à une unanimité. Il faut comprendre que c’est cela la démocratie. N’empêche, il y a des gens qui mettent en avant leur propre calcul d’intérêts. Ils peuvent considérer que cela ne les arrange pas d’obéir à la loi de la majorité. Et, naturellement, ils font autre chose. Mais, une chose est sûre, au Pit, vous n’avez pas entendu et vous n’entendrez pas quelqu’un qui participe aux instances dire publiquement qu’il n’est pas d’accord.

Mais, comment assumez-vous, devant le peuple, le choix de rester cinq bonnes années sans avoir de représentants à l’Assemblée nationale ?

Le rapport de force, tel qu’il est reflété par les résultats proclamés de Wade, c’est 56 % contre 44 %. Sur la base de ce rapport qui ne reflète pas pour nous la réalité dans le pays, c’est presque la moitié du Sénégal qui est représentée par nos partis. Certes, les législatives sont très importantes parce qu’on choisit les représentants du peuple. Seulement, elles ne le sont véritablement que si ces derniers sont élus de manière à pouvoir donner une assemblée légitime. Notre contestation du système comporte comme corollaire que l’Assemblée qui sera élue sur une base qui ne reflète pas la réalité du pays, ne sera qu’une Assemblée de faire-valoir. Seulement, la lutte continue et elle ne concerne pas uniquement le Parlement. C’est bien avant, car nous nous battons pour un système démocratique. Car, il n’y a que l’existence d’un système qui peut rendre légitime l’Assemblée dans la fonction qui lui est reconnue dans les institutions. C’est la raison pour laquelle la campagne électorale ne remet pas, entre parenthèses, les droits reconnus aux citoyens par la Constitution. Même après ces élections, la lutte continue jusqu’à ce que nous puissions arriver à une discussion sur le système avec des résultats tangibles. Si, on n’arrive pas à une conclusion, ce sera une raison supplémentaire pour lutter afin d’arriver à quelque chose.

Alors, quelle est véritablement la finalité du boycott ?

La finalité du boycott, c’est d’amener le président de la République et tous les amis de la démocratie au Sénégal à comprendre qu’en 2000, nous avons eu, à l’unanimité, suffisamment confiance dans le système électoral pour ne pas parler de boycott. Car, c’est une régression. Même s’il y a des gens qui vont voter, il est clair que la situation d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle du passé. Car, à l’époque, nous avions eu confiance au système avant d’aller aux élections ; quel que soit le résultat sorti des urnes. Aujourd’hui, une partie extrêmement importante de l’opinion que représentent nos partis ne croit pas au système. Donc, la finalité, c’est de restaurer la confiance unanime des Sénégalais sur la crédibilité du système. Et par rapport à cette finalité, ces élections ne sont qu’une péripétie. Dès lors, il ne faut pas prendre la fin pour les moyens.

Dans ce contexte de boycott, qu’est-ce que vous attendez réellement du président de la République, Maître Abdoulaye Wade ?

Simplement qu’il soit à la hauteur de sa tâche. À chaque tournant, le président prouve qu’il est un chef de parti. Eu égard à la nature de sa fonction, il doit faire preuve de dépassement. Il aurait du dire : en tant que chef de parti, je ne suis pas d’accord avec votre analyse. Mais, du moment que je suis le président de la République, gardien de la Constitution, je suis prêt à examiner tout reproche fait à la loi fondamentale. Ne serait-ce que pour arriver à la conclusion que ce reproche n’est pas fondé. Or, en refusant le dialogue, il nous confirme dans le fait qu’il ne peut pas surmonter la contradiction dans laquelle il s’est enferré. En tenant coûte que coûte à rester à la fois chef de parti et président de la République.

Et si le président Wade prenait la décision de surseoir au processus électoral et de vous convier à la table des discussions, n’allez-vous pas crier sur tous les toits victoire… victoire ?

Il faut comprendre que la finalité de notre action ne concerne pas le calendrier électoral. Notre problème, c’est de restaurer à notre système électoral, la crédibilité qui a fait que nous sommes tous allés, en 2000, à des élections que personne d’entre nous n’avait des raisons fondées de les contester. Dans un jeu, il n’appartient pas à un seul parti de décider de la fiabilité ou non des règles du jeu. Donc, notre problème, c’est que le Sénégal continue d’être un phare de la démocratie. C’est enfantin que nous demandons à rencontrer le président de la République, qu’il accepte de le faire et que nous nous mettons à dire qu’il a cédé face à la pression. Si nous agissons de la sorte, c’est parce que nous ne sommes pas à notre place. C’est parce que nous voulons plus de démocratie que nous allons faire un boycott actif. Mais, si c’est pour jouer avec le président de la République qui est la caution d’une évolution pacifique et démocratique de notre pays, cela n’a pas de sens. Car, lorsque les choses sont sérieuses, il faut les traiter sérieusement.

Vous avez parlé de boycott actif. Est-ce à dire que vous allez manifester à travers le pays pour empêcher les gens d’aller voter le jour du scrutin ?

Je tiens à souligner que nous allons intervenir dans le cadre autorisé par la loi. Je ne dis pas dans un cadre autorisé par une interprétation tendancieuse de la loi. Si on nous oppose la légalité pour camoufler l’arbitraire, nous n’allons pas nous laisser faire. Car, le pouvoir n’a pas le monopole de l’interprétation. Nous allons faire tout ce que nous autorise la légalité. D’autant plus qu’il s’agit de défendre la démocratie sénégalaise. Donc, ce sont les Sénégalais qu’il faut mobiliser et, au premier plan, pour défendre cette démocratie. Aussi, c’est parce que le Sénégal est une référence démocratique que les partenaires au développement accompagnent notre processus. Moralement, nous sommes tenus de leur dire ce qui est, de notre point de vue, la vérité sur ce plan.

Donc, peut-on espérer que ce boycott actif et ses conséquences ne viennent remettre en cause la stabilité de notre pays ?

Il y a deux choses. Premièrement, il n’appartient pas seulement à l’opposition de veiller à la stabilité politique du Sénégal. Elle a sa part de responsabilité. Et, en demandant à dialoguer avec le président, elle entend assumer sa part de responsabilité. Quelqu’un qui demande à dialoguer ne cherche pas à déstabiliser. Deuxièmement, est-ce qu’il faudrait au nom de stabilité sacrifier la démocratie ? Je ne le pense pas. Ce n’est même pas possible. Il n’y a pas de stabilité là où on piétine la volonté populaire. Construire la stabilité de la sorte, c’est construire des châteaux de sable sur la plage. La seule garantie de stabilité de notre pays, c’est que le régime en vigueur fasse l’objet d’un consensus au sein de la population. Il n’y a pas de stabilité là où une part importante des citoyens considère que, d’une manière ou d’une autre, elle est exclue du jeu démocratique. Faut-il le rappeler, tous les citoyens naissant libres et égaux en droit. Et, lorsqu’ils se sentent marginalisés dans le système, ils sont libres de recourir à tous les moyens légaux à leur disposition pour réintégrer le processus démocratique et faire valoir leurs droits.


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