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Sécurité sanitaire mondiale et post-Omd

Durant ce mois de septembre, nous avons eu deux événements majeurs dans la santé internationale qui sont des tournants et des moments de référence. Il s’agit d’un consensus pour le cadre de la sécurité sanitaire mondiale et de la finalisation des nouveaux objectifs pour le développement durable appelés post-Omd. Ces événements, bien que différents, sont complémentaires et devraient contribuer à accélérer notre droit à avoir une santé de qualité et à prévenir les menaces de toute sorte qui pourraient arriver dans nos pays.

Le premier événement concerne le Programme de sécurité sanitaire mondiale (Ghsa). Pourquoi devrait-on penser à ce programme spécifique alors que l’Organisation mondiale de la santé (Oms) existe et que son but ultime est de nous protéger par tous les moyens face à la maladie ? Va-t-on vers une duplication (encore) des interventions à l’échelle internationale pour des raisons d’intérêts divers liés aux lobbies ou partenaires techniques et financiers ? En réalité, des exemples récents des épidémies liées au coronarovirus, responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers-CoV) de la grippe aviaire ou plus proche de nous de la maladie à virus Ebola, qui sont toutes d’origine animale, ont mis à nu tout un pan de la faille de notre système de surveillance et de prévention. Il est vrai qu’il est illusoire, lorsque 60 % des maladies infectieuses existantes affectant les humains et 75 % des nouvelles maladies émergentes sont d’origine animale, de prétendre à la sécurité sanitaire mondiale pour les hommes et femmes sans tenir compte des systèmes nationaux de prévention et de contrôle des maladies animales. En fait, un contrôle sanitaire efficace ne se limite pas à une responsabilité partagée entre les secteurs public et privé de la santé humaine et animale, mais s’étend à de nombreux autres secteurs sur le plan national, régional et mondial. Dans un monde interconnecté et interdépendant, les faiblesses d’un pays en particulier représentent une faiblesse pour tous les pays. Pour faire face aux menaces potentielles pour la santé mondiale et œuvrer en vue d’un monde sûr et indemne de maladies infectieuses, les ministres et acteurs impliqués dans le programme Ghsa se sont réunis pour la cinquième fois depuis 2014, lors d’une conférence à haut niveau à Séoul, République de Corée, du 7 au 9 septembre 2015. L’Organisation mondiale de la santé animale (Oie), en tant que conseillère auprès du Comité directeur du Ghsa, a réaffirmé son engagement à poursuivre sa contribution à l’aboutissement de la sécurité sanitaire mondiale, en se concentrant notamment sur l’émergence et les réservoirs de maladies dans le secteur de la santé animale et à l’interface animal/homme.
L’Oie a progressé sur un nombre considérable d’activités en soutien direct des séries d’activités du Ghsa, surtout sur l’analyse des capacités et des ressources des services vétérinaires nationaux, en vue de leur mise en conformité avec les normes internationales de qualité. C’est le facteur important dans la prévention et la détection d’une dissémination potentielle d’agents pathogènes dangereux d’origine animale. Aujourd’hui, 130 pays ont fait l’objet de cette analyse situationnelle. Donc, les techniciens progressent bien dans les conditions de succès du Ghsa, notamment pour détecter et prévenir les menaces qui nous guettent. En plus, les systèmes d’information sanitaire mondiaux sont partagés pour être au courant de ce qui se passe chez les hommes et les animaux à l’échelle mondiale.
D’autres voies de collaboration existent. L’adoption, en mai, du plan d’action mondial sur la résistance aux antimicrobiens par l’Assemblée mondiale de l’Oms, suivie, une semaine plus tard, de l’adoption, au cours de la 83e Assemblée mondiale des 180 Pays membres de l’Oie, d’une résolution pour appuyer sa mise en œuvre– résolution également consécutivement adoptée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) -sont de bons exemples des succès en 2015. Le Sénégal a été sollicité pour partager en plénière sur notre expérience dans l’épidémie Ebola en cours en Afrique de l’Ouest. Particulièrement l’état de préparation et de vigilance que nous devons avoir pour détecter rapidement tout phénomène nouveau pouvant affecter négativement la santé de nos populations. Les leçons apprises de notre unique cas d’Ebola l’année dernière ont été partagées avec les participants. Le Centre des opérations d’urgence sanitaires (Cous) que nous avons mis en place répond à un besoin de réponses rapides et normalisées à l’échelle de ce qui existe dans d’autres pays. Notre pays a montré sa détermination à travailler avec les partenaires pour éliminer les menaces pour la sécurité sanitaire au moyen du Ghsa. Le Sénégal a été admis au Groupe directeur qui conduira le Ghsa pour les 5 prochaines années. Une déclaration dite de Séoul a été adoptée. Elle identifie la vision commune, la façon de s’organiser et la direction des interventions à faire. Onze  activités listées- « action packages » -devront être conduites par ceux qui s’engagent dans ce processus. Le Cous devra s’assurer que le Sénégal s’acquitte de ces actions prioritaires pour permettre de mieux prévenir les maladies et protéger les citoyens.
L’autre événement porte sur les nouveaux Objectifs pour le développement durable (Odd) qui remplacent les Omd qui existent depuis l’an 2000. L’Assemblée générale des Nations unies les a adoptés cette semaine. Ils sont 17 Odd avec des cibles et des indicateurs soigneusement choisis et même un Cadre africain de référence pour les indicateurs de développement (Carid). La presse va certainement commenter le processus de mise en place et les enjeux de ces objectifs sous tous les angles. Dans le domaine de la santé, je me permettrais de positionner pour nous un aspect qui me semble intéressant.
Pour les médecins formés ici au Sénégal jusqu’à récemment, entendre une toux de coqueluche dans un service de pathologie infectieuse était fréquent et facilement reconnaissable. Vous ne pouviez pas passer à côté de ce diagnostic. Il en était de même d’une paralysie de poliomyélite par exemple. Aujourd’hui, ce sont des images qui servent à illustrer ces maladies dans les cours de formations à l’université. Grâce aux progrès de la vaccination et de notre système de surveillance. Notre système de santé se porte mieux et les efforts sont à poursuivre pour éviter tout retour en arrière, comme ce que l’on note ailleurs avec la poliomyélite. Mais ce qui nous semblait peu présent et qui nous saute au visage clairement, ce sont les maladies non transmissibles. Et pour la première fois, les maladies non transmissibles sont incluses dans ces objectifs et définies comme priorité si un pays veut se développer. Il s’agit du diabète, du cancer, des maladies cardiovasculaires, des affections respiratoires chroniques, des pathologies mentales et neurochirurgicales.
Le Pr Serigne Maguèye Guèye, membre de l’Union internationale contre le cancer, s’adressant à un groupe d’experts sénégalais après la résolution des Nations unies, s’est montré enthousiaste pour une meilleure prise en charge de nos populations pour ces maladies couteuses. Le renforcement de nos structures sanitaires et la formation en ressources humaines de qualité devraient se faire dans cette continuité, a-t-il ajouté. Ainsi va le système de santé, toujours avec des défis et perfectible. Ce qui explique les importants chantiers en cours au ministère de la Santé au profit des populations.

Par Dr Fadel KANE *

* Conseiller technique au ministère de la Santé et de l’Action sociale

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