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Sélébayone : A la croisée des sonorités

Partisan de l’afro-reggae, Sélébayone, Carrefour en Wolof, évolue dans les clubs de Dakar ou de la Petite côte. Pas encore présent sur le marché musical, le groupe a opté pour le travail à long terme.

Source Walf fadjri

Il faut aller à Yoff pour les dénicher. C’est là-bas qu’ils se terrent. Dans ces nouveaux quartiers, fraîchement sortis de terre où les voisins n’ont pas encore tout à fait emménagé. Ils courent ainsi moins le risque de passer pour une bande de trublions, et autres gâcheurs de sieste. Ils se retrouvent là-bas, deux fois par semaine dans l’après-midi, pour bûcher comme des potaches à quelques jours de l’examen. L’angoisse en moins. L’ambiance est plutôt relax. En trois coups de baguette, c’est parti pour une séance de tapage diurne en amis. La pause est sonnée à l’appel du muezzin pour la prière du crépuscule.

Les répétitions de Sélébayone se passent dans une atmosphère assourdissante mais sereine où se mêlent les effluves de clope et l’odeur âcre de la sueur. C’est un groupe de jeunes musiciens. Et ils jouent la musique de leur âge : c’est-à-dire énergique, acharné, légèrement survitaminée, secouée par la grosse-caisse. Ils appellent cela afro reggae : un mélange de one drop généré une basse décalée et une turbulente batterie. Ce beat est nourri par les quintes de la guitare rythmique et les palpitations du clavier. A cela viennent s’ajouter les digressions d’une soliste, un brin émoustillée. Le percussionniste étant absent. Le Djembé est laissé au repos. Mais cela n’enlève pas au son ambiant ses influences africaines largement perceptibles. En réalité, Sélébayone est plus difficile à classifier qu’il n’y paraît.

L’étiquette afro reggae qu’il se colle est sans doute plus un prétexte qu’autre chose. Une sorte de guide du routard qui vous propose un voyage dans un univers musical très complexe. La destination n’est jamais connue d’avance. Les sensations sont garanties à l’arrivée.

Composé d’une dizaine de personnes, l’orchestre est une sorte de Pme musicale qui cherche à mitonner son produit pour le rendre plus digeste. Leur séance de répétitions est une partie de défonce générale et gratuite. La bande a la spontanéité d’une formation de jazz ; l’énergie d’un groupe de rock métal, l’insouciance d’un posse. Ce sont des jeunes férus de bons sons qui se sont croisés, où plutôt leurs chemins se sont croisés. Ils se sont rencontrés dans les couloirs des studios, les backstages des concerts. Les affinités ont suivi grâce à l’entregent de Abou, le manager et trait d’union entre les différents tempéraments du groupe. ‘Nous sommes tous d’anciens requins. Nous avons partagé des scènes ensemble, ou accompagné des chanteurs’, explique le bassiste du groupe, Almamy.

Sélébayone pratique une musique mixte, aux confluences de plusieurs sonorités, qui garde le souffle initial reggae et se veut ouverte aux autres genres.

C’est pour refléter ce métissage, et cette intersection de destins, qu’ils se sont dénommés, tout naturellement, Sélébayone, qui signifie carrefour en Wolof. Le groupe a été monté en 2004. Par souci d’originalité, et un refus de facilité, ils ont, dès le début, pris l’option de s’éloigner des refrains jamaïcains très connus, du style redemption Song samplé à satiété. Pour percer, ils ont misé sur un répertoire frais et inédit. Ils ont alors créé leur stock de chansons à eux. Une compilation de mélodies d’où traînent de vieux airs Pulaar, Mandingue, Sérère chantés par la voix mélancolique de Amdy. Ben, guitariste aux racines arabes, pose une timbre grave sur les morceaux en anglais, en français ou en Wolof. Le culte de la diversité ravitaille l’inspiration du groupe.

Sélébayone n’a pas encore commis d’album. Peu sensibles aux pressions des producteurs, ses membres ont opté pour le travail de maturation. Le soir, ils jouent en live dans les clubs de Dakar et de la Petite Côte et animent des shows occasionnels. En attendant le moment propice pour conquérir le marché. ‘Les moyens sont là, mais nous ne voulons pas proposer n’importe quoi aux mélomanes’, explique Babacar Diouara. Membre de l’encadrement, il paraît plutôt rassuré par la prestation sonore de ses protégés. Et l’étroitesse du marché local ne l’effraie guère. ‘Nous faisons une musique qui peut être consommé ici et à l’étranger’, assure-t-il.

La vie du groupe n’a pas toujours été linéaire. Elle a par moments connu de sérieuses secousses, des fissures. Le groupe originel a éclaté. Des membres fondateurs, il ne reste que le guitariste, Tapha. Jeune soliste, à la silhouette longiligne, son statut d’ancien lui confère de facto celui de chef d’orchestre. Il sert de trait d’union en le vieux et le nouveau Sélébayone et assure ainsi la continuité musicale du groupe. C’est le grenier à sons qui, lors des répétitions, remet ses amis sur les rails. Il nourrit de gros rêves pour sa bande. ‘Notre objectif, c’est de faire aussi bien que les Scorpions’, dit-il, en référence au mythique groupe de rock des années 70-80. Avec un mélange d’utopie et de réalisme, il ajoute : ‘Et ça, ça ne se construit pas en un ou trois jours.’

Assidus à la tâche, les Sélébayone sont pourtant conscients que, pour se faire un nom le succès seul ne suffit. Claude, le fougueux batteur ambitionne, lui aussi de toiser un jour les cimes du succès avec ses partenaires. Mais il préfère d’abord asseoir une bonne base. Il est surtout échaudé par l’expérience des furtifs groupes de reggae, créés et enterrés après une ou deux cassettes ou même parfois avant d’avoir enregistré. ‘Nous comptons apprendre de leur échec pour apporter un plus et aller de l’avant’, avance le jeune-homme aux baguettes.

Dans le groupe, la perspective d’une carrière durable semble l’emporter sur l’envie de réussite immédiate. ‘Nous avons opté de travailler sur le long terme’, reprend, tel un leitmotiv, Diouara. Il promet vaguement le premier bébé du groupe dans les mois à venir. Sans plus de détails.


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