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SÉNÉGAL- La  corruption, ce « virus » qui résiste à tous les vaccins

  • Date: 4 décembre 2015

Transparency Sénégal  vient de publier son rapport portant sur la corruption dans notre pays. Il ressort des observations faites que malgré les efforts qui ont été consentis depuis 2012, la date d’arrivée du président Macky Sall, le phénomène reste encore préoccupant. Dans son discours officiel de clôture du Magal 2015, le Khalife général des Mourides, Serigne Sidy Moctar Mbacké, n’a pas manqué de dénoncer la gabegie, les gaspillages de toutes sortes mais surtout…la corruption. Celle-ci agit comme un virus dans le corps social, le minant profondément, sans que, jusqu’ici, les remèdes proposés ne soient  vraiment efficaces.

En effet, l’article 163 bis du Code pénal portant sur l’enrichissement illicite a porté la barre très haute en matière de lutte. La réactivation subséquente de la Cour de répression portant sur des actes d’enrichissement jugés illicites avec l’inculpation du fils de l’ancien président Me Abdoulaye Wade a semé le doute et l’inquiétude dans les rangs de tous ceux qui ont eu à gérer des deniers publics. Il s’en est suivi des polémiques très politiciennes et une tension larvée qui a beaucoup contribué à freiner les ardeurs de l’ancien procureur spécial Alioune Ndao finalement défenestré par une hiérarchie préoccupée par la levée de boucliers que pourrait susciter la poursuite en série de hautes personnalités dont la plupart ont été interdits de sortie du territoire national. Finalement, après plus de deux ans de travail la Crei n’a abouti qu’à deux condamnations, celle de Karim Wade et celle récente de Tahibou Ndiaye.

C’est dire combien est énorme la tâche. La lutte contre la corruption et les délits connexes et assimilés comme le détournement de deniers publics, le trafic d’influence, la concussion et bien d’autres, a été une préoccupation de tous les pouvoirs publics sans que des remèdes efficaces ne soient trouvés.

La raison fondamentale à cet état de fait, c’est que ceux qui sont souvent chargés de lutter contre la corruption n’échappent pas au mal. La preuve, la justice sénégalaise vient de traverser une crise profonde parce qu’un avocat, de surcroit ancien bâtonnier, Me Mame Adama Guèye a taxé les magistrats de « corrompus ». Des accusations ayant abouti à une guéguerre entre avocats et magistrats. Les deux corps se regardent, aujourd’hui, en chiens de faïence malgré l’apaisement  prononcé.

À une échelle inferieure de la justice, le comportement des forces de sécurité sur la route et dans les commissariats et brigades de gendarmerie n’incite pas à l’optimisme dans cette lutte contre la corruption.

En effet, elle touche tous les secteurs de l’administration au Sénégal surtout la santé qui est le plus affecté si l’on se fie à de nombreux rapports. Dans certains hôpitaux, cases de santé et dispensaires, il faut sortir de l’argent pour bénéficier de soins et ceux qui sont insolvables ne sont pas forcément les bienvenues.

Le phénomène a aussi élu domicile au niveau de la passation des marchés qui décrit une situation où une autorité publique entend se procurer un bien ou un service en sollicitant des fournisseurs susceptibles de répondre à sa demande. Le récent rapport de l’Agence de régulation des marchés publics (Armp) a révélé nombre d’irrégularités concernant des ministères, des sociétés nationales, etc.

Le gré à gré est en passe de devenir la règle alors qu’elle en est, en principe, l’exception. Ce qui a l’avantage de faciliter la fourniture du bien ou du service, de se passer des procédures d’appel d’offres mais qui a l’inconvénient de renforcer la collision d’intérêts entre les fonctionnaires et les fournisseurs sans pour autant garantir l’acquisition de biens et services de qualité.

Pourtant, l’État n’a pas manqué, au fil des années, de mettre en place des corps de contrôle de renom : Cours des comptes, Inspection générale d’État (Ige), l’Armp et tout récemment l’Office nationale de lutte contre la corruption (Ofnac) pour ne citer que ceux-là.

L’existence de ces corps est à saluer parce qu’ils participent à la lutte contre la corruption et la prévarication de fonctionnaires et de hautes personnalités qui ont des charges publiques.

Malheureusement, les rapports qu’ils produisent pratiquement, chaque année, sont peu suivis de poursuites judiciaires. Pourtant, des personnalités et des institutions sont nommément citées sans que cela n’aboutisse  à de logiques suites judiciaires. Ce qui rend leur travail peut productif dans la prévention et la poursuite du phénomène.

Et une raison à cette inertie des pouvoirs publics et de la justice est à rechercher dans le principe de hiérarchie qui lie le Parquet (Procureur général, Procureur spécial, substituts, entre autres), maitre des poursuites à l’Exécutif (président de la République, ministre de la Justice) qui, pour des raisons politiques, notamment des calculs électoralistes, rechignent à poursuivre certaines personnalités.

Les poursuites sont sélectives au Sénégal parce que la justice n’a pas toute son indépendance. Sans oublier les limites techniques liées au fonctionnement d’une cour comme la Crei et qui appellent à des réformes de fond (violation des droits de la défense, renversement de la charge de la preuve, absence de double degré de juridiction, etc.)

C’est pourquoi, il importe de renforcer la prévention avec davantage d’implication de la Société civile. À ce propos, le Forum civil et Transparency abattent un travail qui est à encourager. Il faut aussi travailler à l’efficacité de l’administration par des procédures simplifiées et informatisées, le renforcement de systèmes de contrôle des agents et des sanctions disciplinaires en interne. Car, une administration médiocre est le terreau de la corruption.

Toutes ces précautions n’éradiqueront pas la corruption mais elles peuvent la réduire à des moindres dimensions. Car, la corruption est un phénomène mondial aux conséquences graves sur notre économie et elle se nourrie au Sénégal de réalités sociales et culturelles très ancrées dans notre subconscient à tous : désir de paraitre, rivalités sociales entre familles, volonté de montrer sa réussite par des dépenses ostentatoires, niveau de vie très élevé de nombreux cadres et de hauts fonctionnaires, pression des familles et de l’entourage, stigmatisation et ostracisme des pauvres, polygamie, procréation nombreuse, infidélité conjugale, etc.

Mais l’essentiel est de ne jamais baisser les bras.

 Abdoulaye Diop

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