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Sénégalais de Paris : Vie de misère pour quelques euros

La vie des immigrés sénégalais dans les foyers est faite de peur, d’inquiétude et de misère. Sans papiers pour la plupart, ils sont aussi sans travail et vivent entassés comme des sardines dans des pièces étroites. Une véritable vie de misère pour des Euros.
Vendredi 20 avril 2007. 14 heures. 13ème arrondissement de Paris. Une bâtisse blanche à l’entrée de laquelle est écrit : «Léopold Sédar Senghor», attire notre attention. «C’est le foyer Léopold Sédar Senghor ex-Chevaleret».

Source : L’Observateur
Nous lance un jeune homme croisé sur les escaliers qui mènent aux chambres de cet immeuble à huit étages. Au premier étage, nous prenons le couloir à droite. A quelques mètres, une odeur pestilentielle nous pique le nez. Les lieux sont mal éclairés. Le manque d’aération des locaux met le visiteur dans un état suffoquant. Asphyxiant. Au hasard nous tapons à une porte où venait de sortir un jeune habillé en boubou traditionnel, une natte de prière à la main. Après avoir décliné notre identité et l’objet de notre visite, le maître des lieux nous invite à nous asseoir. L’étroitesse de la chambre est très frappante. Trois lits, deux frigos, des sacs à terre. Un réchaud. Des habits entassés sur un porte-manteau. Des gourdes d’eau rangées dans un coin de la chambre. Un téléviseur. Une mini-chaîne. Bref, toutes les commodités d’une chambre. Campent le décor. Un des pensionnaires I. F la trentaine, très relaxe, se prête volontiers à nos questions. Dans la présentation de ce foyer, il explique : «Ce foyer est construit en mille neuf cent soixante-douze. Il est entièrement occupé par les Africains (Sénégalais, Maliens, Mauritaniens, Marocains, Tunisiens et autres nationalités. Dans chaque chambre, il y a trois lits. Ici nous payons par lit. Chaque lit coûte 209 Euros». Et de poursuivre : «Avant, on pouvait être plus de trois par chambre. Mais maintenant, tout cela est interdit».

Foyer du Quai de la gare : mêmes conditions, mêmes galères

Les immigrés du foyer du quai de la gare ne sont pas mieux lotis que leurs compatriotes de Chevaleret. Les mêmes problèmes de promiscuité dans les chambres se produisent également ici également. Construit en mille neuf cent quatre-vingt ce foyer compte quatre-vingt-seize chambres. Dans chacune d’elles, on trouve trois lits. Deux cent quarante-quatre Euros pour un lit. Ici, explique un des locataires D.D, les gens se mettent jusqu’à six, voire sept personnes par chambre. La nuit, nous mettons des matelas à terre et même sous les lits pour d’autres compatriotes qui arrivent et qui n’ont pas où loger. C’est la solidarité africaine. La Téranga sénégalaise. Tout le monde est passé par là avant d’avoir un appartement ou un studio quelque part. Dans ce foyer, les pensionnaires n’ont pas trop le mal du pays. Ils suivent les émissions de la télévision nationale sénégalaise. Ils mangent des plats sénégalais. Un tour dans le sous-sol de l’immeuble qui abrite la mosquée et le restaurant du foyer nous a permis de voir comment les gens du foyer font pour manger. Pour la plupart d’entre eux qui n’ont pas de revenus suffisants pour se payer un bon repas à midi ou un diner le soir, ils viennent se « gaver » chez les restauratrices du foyer. Dans ce foyer un groupe de femmes (une Sénégalaise et une Malienne). Chacune avec son équipe, prépare des menus africains aux immigrés qui viennent se restaurer. Du «thiébou diène» (riz au poisson) au Yassa, en passant par le couscous ou au mafé, les pensionnaires font des va-et-vient incessants entre le restaurant leurs chambres et le restaurant. Avec leur bol. Parfois sur la tête, pour payer des plats. Le prix du plat varie selon le menu, entre un Euro et deux Euros.

Même étant en règle, il est difficile d’avoir un logement décent

Qu’importe qu’on ait des papiers ou pas. Quand on est un immigré, trouver un logement décent relève du miracle. La plupart des immigrés vivent dans des conditions presque dégradantes. Une situation liée au fait que même s’ils ont des papiers, il est très difficile pour un immigré de trouver un appartement à Paris. C’est pourquoi déclare I.F : «Nous sommes obligés d’être dans ces conditions. Même pour avoir du boulot, c’est très compliqué. Parfois on peut rester plus d’une année sans trouver du travail. Alors ceux qui ne travaillent pas restent au foyer pour préparer à manger pour tout le monde. Une manière pour eux de contribuer à la marche de la communauté». «Cette cohabitation est d’autant plus compliquée et difficile à vivre que parfois, il y a des gens qui travaillent la nuit et sont obligés de se reposer le jour. Alors qu’il y en a certains qui sont là dans la chambre. C’est difficile de gérer toute cette situation».

Les boulots dégradants au « Mamadou »

A Paris, les immigrés africains sont tous des Mamadou. Un surnom que les blancs leur ont donné. Parce que dans leur imagination, ils s’appellent tous ainsi. Les immigrés sont dans les métiers du bâtiment. Ils sont soit maçon. Menuisier. Plombier. Peintre. Eboueur. Ou tout simplement balayeur de rues. Même pour être balayeur, indique notre interlocuteur, il faut avoir des papiers. Et c’est un métier qui fait courir beaucoup de monde. D’après M. Diawara, au temps, c’était très facile de trouver du travail. On travaillait huit heures par jour. Mais maintenant, ce n’est plus possible. Et on travaille juste trois heures. Les contrats sont devenus rares. Ce sont juste des boulots à temps partiel. Certains peuvent rester ici en France pendant deux ans, sans trouver du travail. Le travail au noir est formellement interdit par la loi. Si on prend quelqu’un dans cette situation, c’est le patron lui-même qui risque d’avoir des soucis.

Célibataires géographiques : Mariés au Sénégal, vie de célibat à Paris

Ils sont nombreux les immigrés sénégalais qui sont mariés au Sénégal et qui sont célibataires en France. Ils ont pour une raison ou une autre laissé leur douce moitié au pays. M. Diawara, la cinquantaine, explique sa situation : « Moi je suis marié. Mais je vis seul en France. C’est un choix que j’ai fait. Parce qu’ici en France, on donne trop de libertés à la femme et aux enfants. Même à l’école on pose trop de questions aux enfants. Du genre : «Est-ce que votre Papa vous traite bien». Pour sa part D.D indique : «Moi j’ai préféré laisser ma femme au pays. Parce que mes parents sont vieux, il faut qu’elle reste à leur côté pour s’occuper d’eux. De plus nos aînés qui nous ont précédés ici en France nous ont ouvert les yeux. Parce que la plupart des femmes qu’on amène finissent par prendre trop liberté. Et finalement cela se retourne contre les maris. Et les enfants qui naissent ici perdent complètement les valeurs africaines. Même la religion, ils ont tendance à la négliger. Pour toutes ces raisons, confie notre interlocuteur, il a préféré laisser sa femme en Afrique et vivre seul en France. Une situation qui amène certains à trouver d’autres moyens peu catholiques pour combler le vide laissé par leur douce moitié. Surtout qu’à Paris, confient certains, la nuit tous les chats sont gris.


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