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Le sens erroné des photos d’un crash d’hélicoptère (Par Jean Meissa Diop)

C’est allé dans tous les sens, quand il s’est agi, pour les sites de journaux en-ligne, d’illustrer les articles sur le crash, dans la soirée du 14 mars 2018, d’un hélicoptère militaire sénégalais dans une zone de mangrove à hauteur de Missirah, un village des îles du Saloum. Chacun a illustré de la manière dont il a compris ou plutôt voulu. Tant et si bien qu’on a pu voir au moins une vingtaine – sinon plus – de photos d’un aéronef du type MI-17. Et sur certaines, il ne s’est même pas agi du même aéronef de fabrication soviéto-russe. On en a vu de ces crashes qui dans un pré, qui dans une clairière, qui dans une sorte de brousse ou tel autre explosé dans les airs. Presque aucune de cette plus de vingtaine d’illustrations n’est fidèle au théâtre de la tragédie aérienne en pleine zone de mangrove à Missirah. D’autres sont complètement passées à côté de la plaque en reproduisant la photo d’un hélicoptère qui n’est même pas du type de MI-17 !

Et cet hélicoptère militaire sénégalais, où a-t-il fait un crash ? Dans la brousse ? en mer ? sur un pré ? A-t-il explosé dans les airs ? Bien des illustrations vues sur des sites laissent supposer que c’est une de ces occurrences – sauf une – qui s’est produite dans la catastrophe aérienne à Missirah. Et plus grave encore, le journal « Zoom Infos » a écrit qu’il s’agit d’un « sabordage » (sic) de l’hélicoptère. Pourtant, dans le langage maritime  – et exclusivement maritime – le sabordage est un acte volontaire d’un équipage militaire qui décide de couler son propre bateau pour échapper à l’ennemi susceptible de capturer l’embarcation.

Certain organe de presse a poussé le bouchon encore plus loin en parlant d’un crash d’avion. Et là, c’est le grand journaliste Martin Faye qui a réagi sur la page Facebook en demandant s’il s’agit de la chute d’un hélicoptère ou d’un avion ! Aucune des illustrations que nous avons vues n’est accompagnée d’une légende (pas le récit, mais le petit texte – souvent d’une ligne ou deux – au bas ou à côté de la photo) qui permet de placer l’illustration dans son authentique contexte : image d’archives empruntée ou propriété de l’actuel utilisateur, heure, jour, lieu de prise de la photo, photomontage, droit ou non de reproduction etc. Tout cela procède d’un professionnalisme et aussi d’une honnêteté professionnelle et contribue à une compréhension de l’usage de l’illustration en question par un organe de presse. Pour le crash à Missirah, il aura suffi, manière pas du tout judicieux, d’aller sur le site Google et de « googeliser » (un néologisme)… pour piquer une photo de MI-17.

Et c’est à cette occasion – et aussi à bien d’autres – que nous avons compris qu’illustrer un article de journal écrit ou de télévision n’est pas aussi facile ; que cet exercice postule honnêteté, circonspection et professionnalisme.
La photo, nous faut-il le répéter, est une information. La légender de manière erronée, la déformer par un photomontage, c’est la sortir du contexte dans lequel elle a été prise. Et cette déformation-là conduit tout droit à la fausse information. Une légende honnête permet, souvent, d’éviter cette tare.

Après cela vient la fausse information et l’amalgame ou le raccourci facile : Radio France internationale a compris et annoncé qu’un hélicoptère militaire qui s’écrase au Sénégal, cela survient cela ne peut s’être produit qu’en Casamance ( !) et que les victimes (morts et blessés) ne peuvent être que des militaires (!!).

Et on a touché le fond quand un homme politique a cru pertinent et inspiré de se poser une question sur la « mission sociale » que fut parti remplir l’hélicoptère, à savoir délivrer à Brin, en Casamance, le cercueil du frère d’une haute personnalité de ce pays. Notre homme politique s’était-il posé la même question quand un hélicoptère militaire, à bord duquel lui-même avait voyagé, transporta le président Abdoulaye Wade au Magal de Touba ? Mission politico-religieuse, donc ?
Et l’hélicoptère ne « transportait » pas, comme l’ont dit certains organes de presse, il venait de transporter une dépouille mortelle de Dakar à Brin.

Lu aussi sur un site (www.actunet.net) une information – inexactitude que celle-là – résultant d’un usage pas du tout judicieux et exact des mots et qui a conduit à une grave désinformation : « La banlieue perturbée : Élèves du privé et du public s’entretuent » ! La mise entre guillemets du mot « s’entretuent » aurait pu atténuer – et atténuer, seulement. Nous n’inventons rien.

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