SERIGNE FALLOU DIENG CERCLE DES INTELLECTUELS SOUFIS : « 2016 représente l’année  de tous les canulars politiques et des fausses alertes sécuritaires… »

Serigne Fallou Dieng est le responsable du Cercle des intellectuels soufis. Observateur avisé de la vie politique, sociale et économique du Sénégal, il a choisi Rewmi pour un « hutba » (serment) sur l’actualité de l’heure.

A l’orée de ce nouvel an, quel bilan tirez-vous de la gestion de Macky Sall, vous qui l’avez soutenu au début de son mandat?

Al Hamdoulillah, la négation de bienfaits et l’abjuration des précellences occasionnent le retrait desdits bienfaits.Seulement, l’année 2016 qui vient de s’achever, représente l’année  de tous les canulars politiques et celle des fausses alertes sécuritaires, une année de rétroversion politique, de l’anémie de la vie démocratique et des conditions de l’exercice des libertés collectives et individuelles, aux prises avec la politique securitariste et sous le conditionnement de l’aspect sécuritaire.  L’année d’événements chrono, où l’on a vu  » l’enchaînement récursive   » d’un si retentissant et bouillonnant débat public, d’abord à la constitutionnalité de la réduction du mandat présidentiel, passant par les caricatures de Cheikh Ahmadou BAMBA KhadimouRassoul, l’arrestation en série des Imams, la libération des homosexuels, l’appel de dialogue du président et in finish et (last but not least), la libération impromptue de Monsieur Karim Wade et la signature des contrats d’achat de Train express régionaux avec Alstom. Donc, une année de post-vérités et de désillusions qui donna à voir un affairement politique sur fond d’ambiance de juridisme pointu et d’animation juridictionnelle,avec en ligne de mire,  la tenue de l’élection référendaire. C’est l’année marquant la délivrance des adversaires  politiques du président de la série animée de l’aventure de la (CREI), du frisson de la gendarmerie de Colobane et enfin de l’horreur de la prison de  Rebeuss. C’est l’année du nationalisme à contresens ou l’on vocifère pour ôter l’anglo-saxonne pour que le Français puisse s’y mettre. Et pour conclure, c’est l’année de reflux de la citoyenneté active aux profits de l’entrisme politique et le retour du collaborationnisme politico-religieux. Mais également, c’est la même année qui s’achève sous le canular du vaudeville gambien et le casse-tête mauritanien.

Que vous inspire la polémique sur la gestion du pétrole et du gaz? 

Ça reflète le caractère hétéronome de la tendance  politique  au Sénégal. Tout le monde est cheval de Troie d’une chancellerie politique internationale  ou d’une puissance économique extérieure ou multinationale. Tel des loups dans la bergerie de revendication démocratiques et syndicale. Car ce sont des multinationales et des puissances extérieures qui orchestrent tout. Donc, on peut bien s’imaginer, sans se tromper, que tous les verrous sociaux sautent, les ligaments sociaux se délitent et s’atrophient face au mercantilisme politique et à l’activisme politique d’arrière-boutique.

Lors du Forum sur la paix et la sécurité, les panélistes ont insisté sur la sensibilisation et la formation des Imams au service de la paix. Qu’en pensez-vous ? 

Cette décision s’avère absurde, anachronique, et manque de réalisme.  D’abord ce qu’il faut comprendre, c’est  que  le  terrorisme est un moyen d’action pour une terreur globale par une entité sociale vivante qui  s’identifie à une doctrine totalitaire et mortifère.Donc,le contre-terrorisme est une démarche prophylactique qui utilise plusieurs options. Il y a l’option militaire dont l’intelligence sécuritaire constitue le moteur et la source nourricière, laquelle intelligence sécuritaire qui se définit par « la détection et le repérage», et  ayant comme moyen d’action les renseignements, les métadonnées informatiques et digitales.  Donc, avant de décréter une « formation d’autorité », on ne brûlerait pas  les étapes, il faudrait nécessairement savoir qu’on ne saurait imposer une quelconque formation préalable des Imams pour avoir un droit de regard et de contrôle  sur le fonctionnement des mosquées et la désignation de ces imams. Ce qui serait anticonstitutionnel selon les dispositions légales qui stipulent, dans article 23 : «les institutions et les communautés religieuses ont le droit de se développer sans entraves. Elles sont dégagées de la tutelle de l’Etat. Elles gèlent et administrent leurs affaires d’une manière autonome ».Donc, cette  formation ne saurait nullement être  une formation à  outrance, mais il devrait plutôt marquer l’aboutissement d’un processus de normalisation et de construction d’un consensus normatif, ayant comme horizon un repère doctrinal, idéologique et fondamental.En tout cas, la radicalité politique, le déni de justice, l’exclusion sociale et la corruption politique, sont les terreaux  qui cultivent le discours intégriste, construit  sur les schémas d’une identité fictionnelle révolue.   On se retourne pour admirer son histoire à travers le filtre déformant de cette fiction identitaire.

Le président Sall a effectué une visite d’Etat en France où d’importants contrats ont été signés. Pensez-vous que la France continue à exercer une trop grande influence sur le Sénégal?

En tout cas, tout partenariat gagnant-gagnant est la bienvenue pour le Cercle des soufis.Seulement,nous rappelons au présidentses vœux  à orienter son action de partenariat économique aux horizons de développement économique du marché et de l’entreprise nationale En tous cas, la mainmise économique de la France sur fond d’une forte implication économique, génère des conflits d’intérêts et une délinquance fiscale dont le Gabon fût récemment le énième syndrome

Situation au Ps ?

Le Cercle des intellectuels soufis, regrette le fait qu’Ousmane TanorDieng ait  savouré  son « sacre des collectivités locales  » par un goût amer de la déconfiture politique. Car en ayant dans son viseur les boucliers les plus inconditionnels du parti, parce que simplement ils se lancent dans la confrontation politique en grattant le sol du sabot, et se mettent dans la situation d’une candidature socialiste avec, en avant-goût, une investiture politique pour Khalifa Sall.Le cercle se demande comment un homme d’Etat,de la haute stature politique et républicaine,  aussi calme et raffiné que Tanor Dieng, peut-il être ainsi  incapable de parer les coups d’une telle déchéance et infortune politique ? Lesquelles poussent parfois  les dinosaures  antédiluviens  en manque de bol,  à se montrer agressifs  ou à déverser une « chape de plomb », quitte  à  s’aliéner la confiance des militants du parti. Certes,c’est un secret de polichinelle que la Françafrique se trouvant dans la zone d’inconfort  politique et sociale, miserait  sur des hommes qui représentent des valeur-refuges politiques pour garantir la permanence et la sûreté de la présence et de  la mainmise économique française en Afrique.Mais, sur ce point, M. Dieng, qui  vient de se tirer une balle au pied, représente une figure politique  obsolète et rudement cabossée. Il n’est plus l’homme de la situation.

Propos recueillis par Khady Thiam Coly

Voir aussi

Tragédie d’un voyage en Libye : Deux amis originaires de Tamba racontent l’enfer libyen

Dans l’espoir d’avoir une vie meilleure, ils sont nombreux, ces jeunes tambacoundois, à tenter l’aventure. …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *