Confidences

Serigne Mansour Tall, representant Onu-habitat-LE SECTEUR URBAIN EST LE PARENT PAUVRE DES POLITIQUES PUBLIQUES

  • Date: 26 août 2016

Le chargé de programmes à Onu-Habitat juge ‘’faible’’ la politique d’urbanisation du Sénégal. Rencontré avant-hier à Dakar, en marge d’une rencontre préparatoire de la conférence internationale Habitat III prévue à Quito (Equateur) du 17 au 20 octobre prochain, Serigne Mansour Tall diagnostique les maux qui plombent le secteur urbain. Aussi, dans cet entretien, il a indiqué que l’Afrique va parler d’une seule voix à l’occasion de ladite réunion.

Le Sénégal participe à la Conférence internationale dénommée Habitat III à Quito, en Equateur, du 17 au 20 octobre prochain. Quel est l’intérêt pour le pays d’y prendre part ? 

L’intérêt du Sénégal, c’est non seulement d’apporter ses orientations, ses stratégies, en termes de politique urbaine, mais aussi d’échanger avec le monde. À Quito va se définir le nouvel agenda urbain pour les 20 prochaines années.

Donc, il est important que le Sénégal soit présent à cette rencontre, qu’il s’approprie les grandes orientations définies à l’échelle globale, de même que celles qui y seront dégagées. Ceci dans le but de les traduire en action nationale. Déjà, le Plan Sénégal émergent (Pse) est articulé autour de la question urbaine et du logement.

La plupart des villes font face aux changements climatiques, à l’exode rural, etc. Ces problématiques sont-elles prises en compte dans l’agenda Habitat III?

Oui, ces questions sont déjà intégrées dans le programme. Le nouvel agenda urbain accorde une importance particulière à la question des changements climatiques dans les villes. Aujourd’hui, ils se manifestent, en ce qui concerne le Sénégal, par une érosion côtière très rapide, des inondations récurrentes. Parfois, ils engloutissent des pans de quartiers.

À cet égard, il s’agit, au-delà des actions ponctuelles, d’adopter des stratégies à long terme pour répondre à tous ces défis. De la même manière, la question du financement et de l’économie sont aussi au cœur des préoccupations auxquelles se posent nos villes. À l’échelle globale, elles produisent 80 % du Pib mondial pour 55 % de la population. Donc, elles contribuent au développement économique.

De ce point de vue, on doit renforcer cette dynamique en identifiant de nouvelles sources de financement pour les infrastructures, les équipements, mais aussi pour le logement qui représente un axe important des politiques urbaines.

Aussi, il y a la question liée à l’économie urbaine, à l’emploi, à la planification. Bref, les défis auxquels on ne peut pas répondre tout de suite sont énormes. Par contre, l’essentiel c’est de poser les stratégies pour, au moins, essayer d’apporter des réponses graduelles.

Certains acteurs intervenant dans le domaine de l’urbanisme estiment  que la pauvreté s’accentue au niveau des villes. Qu’en est-il exactement ?

Ceux qui le soutiennent ont parfaitement raison. Il y a une paupérisation relative à l’urbanisation avec le développement de quartiers spontanés de bidonvilles. Et le gouvernement a entrepris de vastes opérations de restructuration et de régularisation. Mais cela ne suffit pas. Parce qu’au moment où on est en train de structurer, d’autres quartiers urbains nouveaux non planifiés se développent en marge des villes.

De ce point de vue, il nous faut apporter des réponses de grande envergure comme le pôle urbain, développer la planification urbaine. Nous devons faire en sorte que cette phase hideuse de nos villes soit éradiquée comme ça a été le cas pour l’Europe.

En réalité, c’est la marche de l’urbanisation. Tout le monde connaît les bidonvilles de Nanterre ou de Lisbonne. Ils ont eu à répondre aux mêmes défis il y a 30 ou 40 ans. Notre mission, nous aussi, c’est de répondre à toutes ces questions pour faire profiter au Sénégal du potentiel de développement urbain.

Quelle appréciation faites-vous de la politique d’urbanisation du Sénégal ?

Elle est encore très faible du fait surtout du positionnement institutionnel du ministère de l’Habitat. Il est conçu comme un département de problèmes. On répond à des inondations, des bidonvilles, alors qu’une bonne politique d’urbanisation doit contribuer au développement économique.

Parce que la question de l’emploi se réglera par les villes, de même que celle de l’innovation. Et nous pensons qu’il faut construire une planification urbaine à forte orientation économique.

Pouvez-vous revenir, d’une manière ramassée, sur le contenu de votre communication pendant la rencontre de ce matin (avant-hier)?

Ma présentation a été axée sur l’économie urbaine, c’est-à-dire l’ensemble des interdépendances qu’on a entre les territoires, la vie sociale et économique. Et il n’y a pas d’économie sans territoire.

À mon avis, l’enjeu, ce n’est pas de dire qu’on va territorialiser les politiques publiques. Mais plutôt comment le faire, avec quelle échelle ou instrument. C’est à ces questions qu’il faut répondre pour que nos villes puissent fonctionner au bénéfice des populations.

En quoi faisant ?

Déjà, nous avons déblayé un certain nombre de pistes sur lesquelles il faudrait travailler. Et je signale que le gouvernement est dans ce processus avec les pôles urbains. Par définition, un pôle urbain est une grande ville structurée autour d’un espace autonome interdépendant, viable, compétitif etc.

Il y a toujours des échanges autour du pôle urbain avec le territoire, l’extérieur, c’est-à-dire le national, le régional, l’international. Si on analyse l’urbanisation dans le monde, on va se rendre compte que beaucoup de pôles urbains se sont développés. Ils ont connu leur maturité en se positionnant comme des villes compétitives qui organisent les échanges, la production, l’innovation, la gestion de la connaissance…autour de leurs territoires, mais aussi avec l’extérieur.

A votre avis, le Sénégal est-il dans cette dynamique?

Bon, pour notre pôle, il est encore trop tôt de pouvoir le qualifier. Parce qu’il est émergent. On n’est même pas encore dans une phase de croissance parce qu’il est encore inoccupé. À part le Centre international de conférence Abdou Diouf, on n’a pas encore grand-chose sur place. Les bâtiments sont en train de sortir de terre. Aussi, le pôle industriel est en gestation. Mais il faudrait qu’on ait du ‘’driving force’’, c’est-à-dire des effets moteurs qui peuvent piloter la croissance et la maturation du pôle urbain. Et on ne doit pas se limiter seulement au pôle urbain du triangle fort du Sénégal : Thiès, Mbour et Dakar. On devrait voir comment construire autour de certaines dynamiques des pôles urbains viables pour organiser l’ensemble du territoire.

Vous avez fait état des problèmes liés au financement des villes…

(Il coupe) C’est le maillon faible dans nos villes. On ne sait pas comment on doit les financer. Et pourtant, il y a énormément d’outils dans ce cadre. Le développement urbain est le seul secteur où on peut convoquer une variété de sources de financement. Il faut donc aller vers ça en essayant de faire en sorte que le marché obligataire soit accessible à nos villes. Dakar a tenté de le faire avec une somme de 20 milliards de F CFA, mais il y a eu des blocages.

C’est un montant assez important qui pouvait changer beaucoup de choses dans le paysage dakarois. Il faut renouveler les expériences, travailler pour que l’ensemble des instruments financiers disponibles puisse être convoqué pour améliorer la situation financière dans les villes.

Avec le recul, quelle analyse faites-vous de la gouvernance dans la gestion urbaine des villes du Sénégal ? 

Il y a des problèmes de gouvernance dans nos villes. Parce que le secteur urbain est le parent pauvre des politiques publiques. Ça, on ne peut pas le nier. Quand les décideurs doivent faire des réformes, ils sont accompagnés par d’autres institutions qui ne font pas la prise en charge dans les règles de l’art.

Par rapport aux problèmes de gouvernance, on a l’exemple de la cité Keur Gorgui où on va vers un bidonville en hauteur. C’est aussi valable à Ouest Foire. Lorsqu’on a commencé à morceler la Foire, il n’y a pas eu un plan d’urbanisme derrière porté par des praticiens. C’est donc toujours quelques individus qui accaparent le foncier, mettent des dispositifs de développement urbain dans le désastre.

Comment faire pour remédier à toutes ces imperfections que vous venez de décliner?

Alors, il faut un repositionnement institutionnel du ministère de l’Habitat ; retourner à l’orthodoxie de la planification urbaine. C’est une approche qui va nous permettre de faire le contrôle nécessaire, de tout planifier avant d’occuper un centimètre carré du Sénégal. Et les pôles urbains sont une potion parmi tant d’autres.

Peut-on faire la connexion entre l’agenda de Quito et celui du Sommet de Paris sur le climat ?

Non ! L’agenda de Quito est déjà articulé à la Cop 22 qui aura lieu à Marrakech. Et le thème de la conférence de Quito est axé sur ‘’Logement et développement urbain durable’’. À Marrakech, les gens vont discuter du développement durable en général. Donc, on ne peut pas parler du développement urbain sans pour autant faire état du développement durable. Ces deux notions sont inséparables.

Et  l’essentiel des enjeux du développement durable aura lieu dans les villes. Ce qui n’a pas toujours été le cas il y a quelques années. Présentement, il y a des problèmes liés aux catastrophes, aux désastres, aux inondations…

Ils ont des répercussions négatives sur notre vécu quotidien. Récemment, vous avez constaté que la mer a englouti des maisons à Saint-Louis. Et, de plus en plus, nous serons confrontés à ces phénomènes. De ce point de vue, il faudrait travailler davantage sur la résilience.

A l’occasion de cette conférence internationale Habitat III, pensez-vous que l’Afrique puisse parler d’une seule voix ?

L’Afrique a déjà une position continentale commune validée à Abuja. C’est une première. Et elle a besoin de cela pour peser. Lorsqu’on va dans ces rencontres en rang dispersé, il est évident que le poids des pays pris individuellement ne peut pas peser sur la balance.

Que dit cette position commune?

Elle est consignée dans un document avec plusieurs articulations qui existent déjà. Et elle a été validée par la conférence des chefs d’Etat de l’Union africaine qui s’est tenue récemment à Kigali.

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