Confidences

Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’éducation nationale : ‘’ les résultats du concours général montrent que notre système éducatif n’est pas aussi mauvaise qu’on le pense’’

  • Date: 31 juillet 2015

Dans cet entretien, le ministre de l’Education nationale se prononce, entre autres questions, sur les résultats du Concours général, notamment ceux de la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée.

M. le ministre, les résultats du Concours général de cette année sont les meilleurs depuis 2009. Quel commentaire cela vous inspire ?

Effectivement, les résultats du Concours général de cette édition 2015 sont les meilleurs enregistrés depuis 2009 avec 124 distinctions contre 112 en 2014 et 95 en 2013. Au regard de la baisse du temps d’enseignement-apprentissage consécutive aux perturbations que le système éducatif a connues cette année, cette performance peut surprendre plus d’un. En vérité, ces résultats montrent que notre système éducatif n’est pas aussi mauvais comme beaucoup le pensent.

Le classement de nos élèves dans les grandes écoles européennes et américaines est là pour en attester. Sans aller en profondeur dans l’explication des performances des candidats, je voudrais faire remarquer que les résultats scolaires dépendent de plusieurs facteurs. C’est vrai que les perturbations de cette année ont grevé le quantum horaire, mais il est à signaler que nombre d’enseignants trouvent toujours le moyen de continuer à accompagner leurs élèves pendant les grèves.

En plus de l’engagement des enseignants, il ne faut pas oublier celui des candidats et des parents qui n’hésitent pas à s’attacher les services d’encadreurs. C’est l’occasion de féliciter les lauréats, les enseignants et les parents, et de rappeler que l’école est avant tout celle de la communauté.

Et que si chacun joue sa partition, nous parviendront à bâtir une école à la hauteur des ambitions du président de la République qui, ayant compris que l’éducation et la formation constituent les premiers leviers du développement d’un pays, alloue beaucoup de ressources à ce secteur.

La Maison d’éducation Mariama Bâ est arrivée première de l’édition de cette année. Comment analysez-vous cette performance ?

La place de la Maison d’éducation Mariama Bâ dans le palmarès montre que l’excellence dans les études n’est pas l’apanage des garçons, et cela me donne l’occasion de rendre un hommage aux femmes engagées dans le combat de l’éducation et du maintien des filles à l’école.

Au demeurant, ces résultats sont la récompense des efforts que les candidates, le personnel enseignant, l’administration de l’établissement et le personnel de service ne cessent de fournir pour faire mériter à cet établissement sa vocation d’école d’excellence.

Naturellement, j’adresse mes félicitations à tout le personnel et, au premier chef, à Mme le proviseur qui a fini de faire siennes les orientations du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet).

D’aucuns disent qu’il n’y a pas à s’enflammer des bons résultats de Mariama Bâ, que cela va de soi, car c’est une école qui ne recrute que les meilleures élèves de 6ème ? Etes-vous de cet avis ?

Peut-être, mais le constat est que, cette année, Mariama Bâ a eu de meilleurs résultats que le Prytanée militaire Charles Ntchoréré et le lycée Seydina Limamoulaye qui avaient l’habitude de se disputer la première place. Il est vrai que Mariama Bâ a été créée pour promouvoir l’excellence chez les filles. Ainsi, elle accueille, chaque année, les 25 meilleures filles du Concours d’entrée en sixième du Sénégal.

Mais, il n’échappe à personne que l’excellent profil à l’entrée en classe de sixième ne garantit pas forcément d’aussi bons résultats six à sept ans après, c’est-à-dire en classe de Première et de Terminale. C’est dire que pour arriver à ces résultats, un bon travail a été fait dans cet établissement. Au regard du profil d’entrée et des conditions de travail (internat, effectifs réduits…), il est évident que plus d’un serait déçu de l’absence de cette école sur le podium, mais tout cela ne diminue en rien le mérite des lauréates, de l’équipe pédagogique et de l’administration de l’établissement.

Contrairement à votre lecture des résultats de Mariama Bâ, je pense que les distinctions considérées comme prestigieuses et obtenues par les candidats d’établissements ne bénéficiant pas des mêmes avantages ont fourni la preuve que seul le travail permet d’être primé au Concours général : en classe de Première, le 2ème prix et le 1er accessit de Mathématiques sont revenus successivement à des candidats des lycées de Thiaroye et de Malick Sall de Louga ; en classe de Terminale, le 1er prix et le 1er accessit de Sciences physiques sont décernés respectivement à des candidats de Thierno Seydou Nourou Tall et du lycée d’enseignement général de Diourbel.

Les règles d’accès à Mariama Bâ ont été changées l’année dernière. Désormais, les 150 meilleures à l’entrée en 6ème passent un concours avant que les 25 premières ne soient sélectionnées. Pourquoi cette décision ?

Mariama Bâ a été créée pour promouvoir l’excellence chez les filles. Jusqu’en 2013, elle accueillait les 25 meilleures candidates du Concours d’entrée en sixième. Toutefois, les évaluations du 1er semestre de l’année scolaire 2013-2014 avaient révélé une situation assez inédite. Des 25 élèves admises en classe de 6ème, douze provenaient d’une même académie. Et à l’exception de quatre d’entre-elles, les huit autres avaient obtenu des moyennes variant entre 04,23 et 09,14/20 aux évaluations du premier semestre de cette année.

Face à cette situation, ma réaction a été de commanditer une vérification du déroulement de l’examen de l’entrée en sixième et du Cfee dans les centres de l’académie d’où provenaient les huit qui avaient du mal à suivre les enseignements.

L’enquête a permis de relever des cas de fraude et de situer les responsabilités. En plus des mesures conservatoires prises, j’ai renforcé le niveau du contrôle interne pour enrayer les failles qui rendaient possible la fraude. Et pour davantage sécuriser le processus de sélection, j’ai pris l’arrêté n°010229 du 23 juin 2014 avec des dispositions plus en phase avec le statut de l’établissement et les préoccupations du Paquet, notamment l’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence dans la gouvernance du système éducatif.

Désormais, les 150 premières filles du Concours d’entrée en sixième sont soumises à des tests à l’issue desquels les 25 premières sont admises à Mariama Bâ. D’ailleurs, le comportement des élèves de la 1ère cohorte admises dans cette école après l’instauration du concours m’a donné entière satisfaction. A la fin du 1er semestre, les performances de ces élèves de sixième admises cette année ont, de manière éloquente, montré que les nouvelles dispositions de l’arrêté ont très sensiblement amélioré le profil d’entrée.

C’est pour marquer cette évolution positive que le chef de l’Etat a bien voulu, en mai 2015, associer les élèves de Mariama Bâ à la cérémonie de levée de couleurs organisée le premier lundi de chaque mois au Palais de la République.

Des efforts ont été consentis par l’Etat pour réfectionner les bâtiments de cette école qui se trouvaient dans un état de décrépitude avancé. Mais, il reste encore à reconstruire le mur de clôture. Quand est-ce que ces travaux vont démarrer ?

Pour avoir compris que l’éducation et la formation sont à la base de tout développement, la principale instruction du président de la République, son Excellence Macky Sall, a été de tout mettre en œuvre pour relever les défis qui se posent à notre système éducatif. La réhabilitation des établissements et le remplacement des abris provisoires participent de la mise en œuvre de cette instruction.

Après le lycée Ahmeth Fall de Saint-Louis, les locaux de Mariama Bâ ont été effectivement réhabilités sur financement Fast Track de la Banque mondiale, pour un coût global de 868.623.272 FCfa. Au même titre que les bâtiments, le mur de clôture devait être repris. Cependant, l’environnement marin de l’établissement a retardé sa reconstruction qui nécessite l’utilisation d’une technologie appropriée. Des études sont en cours pour trouver les meilleures solutions aux problèmes liés à l’érection du mur de clôture.

Cette année, il n’y a pas eu de lauréats en Philosophie au Concours général. Comment expliquez-vous cela ?

Cette situation est franchement regrettable, surtout pour une discipline comme la philosophie avec tout ce qu’elle représente dans la formation intellectuelle des citoyens. Constater que les meilleurs de nos élèves n’ont pas été capables d’obtenir une distinction doit nous pousser à une réflexion collective. J’ai déjà demandé à mes services compétents d’entamer une réflexion profonde sur l’enseignement de la philosophie.

Le fait de n’enseigner cette discipline qu’en classe de Terminale, le déficit de professeurs dû au niveau requis (la Maîtrise) pour l’enseigner et le recrutement d’enseignants non formés ont certainement joué sur les performances des élèves.

Le fait de recourir à des sociologues de formation pour dispenser des cours de philosophie est-il une solution viable ?

Vous évoquez là un phénomène qui pourrait être cité parmi les facteurs qui expliquent l’absence de lauréat dans la discipline, mais je ne saurai être formel. Ce qui est sûr, c’est que l’option prise de recourir à des vacataires sans formation pour répondre à la demande d’éducation nous a rattrapés, particulièrement en philosophie où, effectivement, des étudiants en sociologie ont été recrutés pour enseigner ladite discipline.

C’est le lieu de dire que ce mode de recrutement a été définitivement abandonné et les vacataires ont fini d’être formés. Mieux, les professeurs, désormais recrutés par voie de concours, suivent une formation à la Fastef. Toutefois, le déficit en professeurs de philosophie ne pouvant être résorbé dans l’immédiat, j’ai entrepris la production de ressources numériques dans cette discipline, ressources qui, je l’espère, pourront améliorer les performances des élèves.

Avec mon collègue en charge de l’Enseignement supérieur, nous sommes en train d’étudier également la possibilité de recruter des professeurs du niveau Master I pour leur donner la formation requise leur permettant d’enseigner la philosophie.

Le Soleil

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