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Serigne Mor Mbaye, expert en protection de l’enfance ‘’Ce qui me scandalise quotidiennement…’’

Directeur de l’Ong du Centre de guidance infantile et familiale (Cegid), Le Psychologue Serigne Mor Mbaye se prononce sur les faits d’enlèvement qui se multiplient de jour en jour. L’expert en protection de l’enfance accuse les pouvoirs publics d’en être les responsables.

Professeur, depuis quelque temps, les cas d’enlèvement ou de tentative d’enlèvement d’enfants se multiplient. Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ?

Au Sénégal, selon un chiffre officiel, plus de 40 mille enfants sont dans la rue. Ces enfants-là sont victimes d’enlèvement. Leur place, ce n’est pas là-bas. Un citoyen d’un pays civilisé qui vient dans notre pays, ce qu’il observe d’abord, ce sont ces enfants de 4 à 5 ans. Ces milliers d’enfants sont exposés. Et pour n’importe quel prédateur qui agit dans ce pays, que ça soit un pédophile ou un voyou ou encore quelqu’un qui veut faire des pratiques magico-fétichistes, les enfants sont exposés. Il y a un marché d’enfants. Je me demande en quoi la population peut être scandalisée. Ces petits vont jusqu’à être carbonisés. La problématique est qu’aucun pays qui se respecte, un pays civilisé ne peut exposer autant d’enfants dans la rue et ouvrir grand les yeux en disant : ‘’Tiens !, on les a enlevés.’’ Les enfants sont trafiqués et les pouvoirs publics n’en ont cure. Sauf qu’à la petite saison, et selon ce que les bailleurs de fonds leur disent, ils commencent à dire qu’ils vont enlever les enfants dans la rue. C’est une escroquerie !

Certains soutiennent que l’Etat a failli dans la protection de ses citoyens. Est-ce la réalité ?

C’est une évidence ! Tout le monde le pense. On voit quotidiennement un enfant dans la rue. L’Etat ne protège personne et ne parlons pas de la majorité de la population qui est constituée d’enfants. Protéger un gamin, c’est fonder qu’il soit protégé au sein de sa famille, dans la rue et à l’école. Et même à l’école, les enfants ne sont pas protégés. Les établissements scolaires sont dans un environnement de plus en plus à risques pour eux. Des voyous passent par-dessus les murs, il y a des marchés autour des écoles. Ce même dans celles des bourgeois, parce qu’il y a des gens qui les attendent au tournant. La problématique est politique. L’enjeu est : est-ce que nous voulons construire un monde meilleur pour nos enfants en termes d’investissement sur ces générations futures ? La protection est une politique et non de l’évènementiel. C’est de la tricherie de ne lancer ‘’Plus jamais ça’’ que lorsque les enfants sont carbonisés. A la limite, c’est du cynisme.

Moi, cela me scandalise quotidiennement, parce que je suis au courant des abus sexuels d’enfants. Maintenant, on pense à l’enlèvement, aux meurtres d’enfants. Mais ça c’est quotidien, sans oublier les accidents ! Tous les jours, on me signale des enfants écrasés par des voitures. Hier (lundi), on m’a annoncé une fille de 12 ans, dans le Fouladou, qui est tombée dans un puits et en est morte. Donc, tous les jours, je recueille des informations qui m’édifient sur l’absence d’une politique réelle de protection des enfants dans ce pays, c’est-à-dire la préoccupation fondamentale. Aucun pays ne peut se développer en étant dans cette attitude de cynisme vis-à-vis de sa population jeune. Ce n’est pas possible. Les seuls responsables, ce sont les pouvoirs publics qui n’ont pas de politique de développement, parce qu’on ne peut pas penser au développement sans penser à la protection des ressources humaines.

Aujourd’hui, il y a les textes qui répriment ces délits ou crimes, mais les faits persistent. Pourquoi ?

Les lois répressives, la seule chose qui les précède, c’est une politique de prévention. Les textes n’ont jamais réglé aucun problème dans ce pays. Nous aurions signé, ratifié toutes les conventions et lois qu’on veut… La question, c’est comment faire pour que les communautés humaines dont on est responsable prennent conscience d’elles-mêmes des risques et contribuent à asseoir une protection des enfants. Quand un État se préoccupe réellement des enfants, il va vers des communautés de base, aux fins de renforcer leur vigilance et exige d’elles qu’elles gèrent les situations.

L’enfant ne devient pas une propriété privée de quelqu’un, c’est un citoyen qui appartient à l’État. Est-ce que c’est le cas au Sénégal ? Non ! L’Etat doit discuter avec les familles, en termes d’exigence de protection et de respect de l’enfant. Et quand il se solidarise avec les communautés de base pour asseoir cette politique de protection, cela suppose qu’il y ait un projet de société. Si vous ne l’avez pas, vous pouvez être dans ce clivage où chaque jour des enfants sont écrasés par des camions, volés, trafiqués, etc. Et ça, depuis plusieurs décennies, je pense que ce climat de sinistre, de mensonge, si toutefois on le laisse faire, va créer une peur dans les familles qu’on ne peut pas imaginer. Il y a des enfants qui font des cauchemars, qui refusent d’aller à l’école, à l’image de ‘’Djiné Maïmouna’’. Je ne pense pas qu’on est passé du délire au réel. ‘’Djiné Maïmouna’’, c’était du temps du délire. L’angoisse animait les jeunes et les amenait à des hallucinations. Mais là, on passe au réel. Ça va renforcer la fragilité des enfants.

Enquête

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