Confidences

SEYDI ABABACAR NDIAYE, SECRETAIRE GENERAL DU SAES- «JE N’AI PAS MENE DE COMBATS PECUNIAIRES, MAIS DE PRINCIPES»

  • Date: 22 juillet 2016

Le Syndicat autonome des enseignants du supérieur (Saes) va tenir son 12ème congrès les 29, 30 et 31 juillet prochains, devant déboucher sur l’élection de son 8ème secrétaire général. A quelques jours de cette conclave, Sud Quotidien est allé à la rencontre de Seydi Ababacar Ndiaye. Après deux mandats de trois ans non renouvelables M. Ndiaye va passer le témoin. Cet enseignant qui s’identifie au Saes a mené plusieurs combats. Mais tient-il à préciser, ils n’étaient pas pécuniaires mais de principes. Dans cette interview, il porte également un jugement sur les trois ministres de l’enseignement supérieur qu’il a côtoyé en leur distribuant des notes. Toujours dans le souci de veiller aux intérêts matériels et moraux des enseignants, M. Ndiaye conseille à la prochaine équipe à maintenir le cap.

Quel est le sentiment qui vous anime après deux mandats passés à la tête du secrétariat général du Saes ?

Un sentiment de nostalgie. Déjà ! Le Saes a été ma seconde demeure. J’ai un sentiment de tristesse, d’autant plus que je passais la majeure partie de mon temps pour le compte du syndicat. Je quittais le siège, tous les jours à 21 heures. C’était mon quotidien. On m’appelait dans la rue «Monsieur Saes». Cela va me manquer. Mais il faut savoir finir une mission pour avancer.

Avec combien de ministres de l’Enseignement supérieur avez-vous travaillé ? Leur style de management est-il différent ?

Lors de mon premier mandat, j’étais avec Amadou Tidiane Bâ qui est parti avec le régime pour lequel il travaillait en 2012. Nous avons aussi travaillé avec le ministre Serigne Mbaye Thiam pour 7 mois. Depuis novembre 2012, nous avons l’actuel ministre Mary Teuw Niane. J’ai eu à rencontrer trois ministres lors de mes deux mandats.
Amadou Tidiane Bâ devait être le ministre avec lequel nous aurions pu travailler. Mais, il a été extrêmement marqué par son appartenance au Sudes originel. Il fait partie de ceux qui n’ont jamais digéré ou pardonné aux pères fondateurs d’avoir eu l’audace de créer le Saes. Il s’est comporté réellement comme un rival syndical en tant que ministre. C’est bien dommage. Ce sentiment de revanche l’a animé plus qu’autre chose. On a passé avec lui deux années où l’Enseignement supérieur a perdu du temps.
Ensuite, vient le ministre Serigne Mbaye Thiam que nous avons pratiqué 7 mois. Malheureusement, il est resté transparent. Je comprends qu’il était là, non seulement pour apprendre parce qu’il n’a jamais été ministre mais aussi tenait un département au nom d’un Parti politique (PS) qui n’a pas gagné des élections. Voilà les deux handicaps de l’actuel ministre de l’Education nationale.
Ensuite, Mary Teuw Niane est venu. Il y a eu des hauts et des bas. C’était très dur. Mais ça aurait plus ne pas l’être. D’abord, c’est un collègue. Tous les militants avaient un préjugé favorable. Le Président de la République s’est dit certainement que le ministre Thiam a été lent, mais je nomme quelqu’un qui a été enseignant chercheur, chef de département, directeur de l’UFR et Recteur pour faire gagner du temps. Ce que je pensais. Mais, il y a eu un premier clash dès qu’il a attaqué les enseignants de l’UCAD en disant qu’ils bâclaient la correction des copies des étudiants. Ensuite, il y a la CNAES où on était mis de côté. C’était aussi un problème avec la loi cadre et les tentatives de geler les salaires des enseignants. Cela a été une bagarre qui n’était pas utile. Ce sont trois ministres qui ont eu des styles de management totalement différents.

Dans quelques jours, vous bouclez votre deuxième et dernier mandat à la tête du Saes. Quel bilan tireriez-vous ?

Je suis toujours gêné de parler de bilan. Quand on est à la tête d’une structure, on y a été mis par une communauté pour une mission. Il revient à cette communauté de faire le bilan. Sinon, cela devient du narcissisme. Ce n’est pas de bon aloi pour un leader syndical. J’avais dit personnellement aux journalistes que je ne suis pas un SG qui va mener des combats pécuniaires. Je mènerai des combats principiels.  Les questions importantes à prendre en charge, étaient la retraite des enseignants, la prise en charge sanitaire, la gouvernance universitaire avec la loi cadre, la réforme des titres
Le SAES a été leader sur la question de la retraite en demandant aux organisateurs des travailleurs de mener ce combat pour plus de cotisations afin d’avoir une retraite paisible. Nous avons même payé un expert pour faire cette étude. Depuis 2011, on court vers les différents gouvernements pour leur dire que nous sommes prêts à cotiser plus pour avoir une meilleure pension de retraite. Les autres corps d’élite ont commencé à suivre. C’est important que les gens partent en retraite avec 85% de leurs salaires nets. La conférence sociale est attendue à la fin de ce mois.
En ce qui concerne la question de la prise en charge sanitaire, il a fallu une bataille pour que le ministre de la Fonction publique sorte le décret (datant de 2005) pour se rendre compte que les universitaires sont des ayants droits pour la prise en charge sanitaire. Cette question a été réglée, puisque le ministre des Finances a mis 100 millions de plus pour les déplacements. Il y a aussi les questions principielles, notamment la loi-cadre qui devait changer la gouvernance universitaire. C’était une proposition des Assises sur la normalisation de l’Enseignement supérieur organisées par le SAES à Saly. C’était une réflexion inclusive menée, de septembre en octobre 2010. Mary Teuw Niane avait voulu changer les choses de sorte que les enseignants soient minoritaires dans les Conseils d’administration. Il faut relever aussi la réforme des titres qui est déjà appliquée. Il y avait un double problème : tout le monde sait que seuls les maitres de conférences doivent donner des cours magistraux. Des Assistants dans les universités publiques donnent des Cours magistraux.  C’était une exploitation. La France a fini par comprendre que tous ces titres universitaires à la queue leu leu n’avaient aucun sens et n’apportent rien du tout à la qualité des enseignements et de la recherche. Le système LMD règle déjà la question des grades qui sont au nombre de quatre (4) : le Baccalauréat, la Licence, le Master et le Doctorat. Certains du CAMES confondent grade et titre. Je le répète souvent : le seul paramètre pertinent de l’université est la connaissance. C’est pour cela que la réforme des titres a été pertinente, en témoignent les derniers résultats du CAMES. La réforme des titres a des conséquences financières. Elle permet de faire gagner plus d’argents aux collègues mais ceci est une conséquence.  Il faut que les gens aient du respect des uns à l’endroit des autres. Certains collègues se plaisent à tenir des propos discourtois à l’endroit d’autres collègues. C’est choquant. L’université est un champ compliqué. L’universitaire est un état d’esprit, un comportement que beaucoup d’entre nous n’ont pas. Ce sont les grandes questions que nous avons abordées au cours de mes mandats.
Chaque année a été un moment de combats. Aucun autre SG n’a mené autant de combats que moi. 2011 et 2012 constituent des années de combats. Après, nous avions fait la pause, avant de reprendre la bataille en 2014, 2015 et 2016.

Qu’est-ce que vous a marqué le plus durant 6 ans à la tête du SAES ?

Par exemple, le SAES a construit un restaurant dans l’université de Bambey, alors que ce n’est pas notre rôle. Nous cherchons toujours l’efficacité du système. Si les enseignants ne sont pas dans un endroit avec un minimum de convivialité, ils vont disperser au détriment du développement de l’institution. Cette dernière a besoin que les enseignants de différentes spécialités, interagissent. L’université n’est pas un grand lycée. Il n’y avait même une petite gargote à l’intérieur de l’université de Bambey pour manger. On a réussi avec les moyens propres du SAES en construisant un restaurant. Nous avons réhabilité, d’une douzaine de millions FCfa, la case multifonctionnelle de l’ISFAR (Institut supérieur de formation agricole). Nous avons aussi réhabilité l’ancien mess des officiers au niveau de l’EPT (Ecole polytechnique de Thiès) pour en faire un restaurant. Nous prévoyons la même chose à Ziguinchor et dans le nouveau site de l’université de Thiès. Nous allons aussi construire la maison du SAES. Nous avons été compensés d’un terrain de 1 600 m2 au niveau de Claudel. C’est un gros projet que je n’aurais pas l’opportunité de continuer. Il va falloir y travailler. Notre siège actuel est un endroit indigne pour un syndicat qui a toujours œuvré pour le développement de l’université sénégalaise.

Durant vos mandants, qu’est-ce que vous n’avez pas réalisé alors que vous aviez cette ferme volonté de le matérialiser ?

Je ne peux pas dire que j’ai tout fait. Personne ne peut le dire. J’aurais bien aimé piloter la construction de la maison du SAES. Ce serait un couronnement pour ce syndicat qui a eu 31 ans d’existence. C’est une chose que j’aurais aimé faire.  Il faut poser des actes forts en plantant le drapeau du SAES qui milite pour l’Enseignement supérieur, non pas un centre de revendications pécuniaires.
Nous avons réussi à faire ouvrir des comptes bancaires pour chaque coordination de campus comme recommander lors du dernier Congrès.  Saint-Louis, Thiès, Bambey et Ziguinchor ont ouvert leurs comptes pour une plus grande autonomie. Le chantier de l’archivage de tous les documents du Saes n’a pas été fait. Je n’ai jamais eu la possibilité de les récupérer. L’archivage et la numérisation de tous les documents du Saes ont été des chantiers qui me tenaient à cœur que je n’ai pas pu réaliser. Je n’ai pas non plus eu le temps de pouvoir mettre en place une équipe pour écrire l’histoire du Saes. Je n’ai pas eu le temps de récupérer des vidéos du Saes que certains détiennent. Peut-être qu’on ira là où on ne devrait pas aller pour reprendre ces documents importants des premiers Congrès du Saes. Un documentaire sur l’histoire du Saes doit être fait. Je reste à la disposition du bureau pour qu’on travaille sur ces choses-là. Sur les 6 années de mandat, j’ai mené comme un Général des combats sur le front. Ce qui n’a pas permis de réaliser ces chantiers. C’est important de le réaliser pour le Saes. Le premier SG Buuba DIOP me rappelait que même l’ouverture de l’université Gaston Berger de Saint Louis a été l’œuvre du Saes, alors que la Banque mondiale n’était pas d’accord. Le Saes avait envoyé des spécialistes parmi les militants pour aller faire les fouilles et voir l’état du terrain. Ils ont même trouvé des éléments archéologiques à l’époque. C’est pour vous dire que le Saes doit être connu et présenté comme un modèle. Je suis extrêmement fier d’avoir eu l’opportunité de gérer le Saes. C’est un syndicat, laboratoire de démocratie. Une organisation qui, en  l’espace de 25 ans, a eu sept Secrétaires Généraux et tenu 12 Congrès, cela n’existe nulle part.  Les autres parlent de 3ème Congrès… Nous respectons notre Constitution. Le Saes vit de façon démocratique et se développe. Je ne veux pas qu’un jour qu’on me dise que je suis un ancien combattant. J’aimerais qu’on me dise que je suis un vétéran.

Parlons de la situation universitaire avec les années académiques qui chevauchent. Vous vous retrouvez dans ce calendrier universitaire ?

C’est difficile de répondre à cette question, car je suis dans une école. Nous n’avons pas ce problème. Toujours est-il, qu’il y a un réel problème de massification. Il faut édulcorer. D’après mes informations – peut être qu’on me rectifiera –  la Faculté de Lettres et Sciences humaines semble être plus à jour que la Faculté des Sciences juridiques et politiques par exemple. Il faudra chercher les explications. Est-ce qu’il y a un lien avec les moyens importants de la faculté de Lettres avec les inscriptions pédagogiques ? Je crois qu’ils ont quelque chose de l’ordre de 600 millions FCfa, alors que la subvention de l’Etat est de l’ordre de 125 millions FCfa. Ce qui n’est jamais donné d’ailleurs. A l’Ecole supérieure polytechnique (ESP), le Recteur de l’université s’est permis de ramener notre budget à un tiers. C’est problématique.

Que peut-on s’attendre du 12ème Congrès du SAES qui se tiendra les 29, 30 et 31 juillet prochains à Dakar ?

A l’occasion de ce Congrès, nous avons le changement des textes comme point phare de cette 12ème édition. C’est un projet qui date depuis 2007, mais à chaque fois qu’on vient au Congrès, il y a tellement d’autres débats périphériques qui empêchent la modification des textes. Nous n’avons jamais eu le temps de valider les textes. Or, une organisation qui grandit avec ses 30 ans d’existence, doit pouvoir faire une introspection et se mettre au goût du jour pour une meilleure efficacité. Quand le syndicat s’agrandit, il est important de pouvoir alléger le travail du bureau national en autonomisant plus les sections, c’est-à-dire mettre en place des coordinations. Chaque établissement est une section. Les sections d’une même université forment une coordination. Ce n’est pas encore dans les textes. Ce qu’il faudra valider. La question des moyens financiers sera aussi un autre point du Congrès. Il faut voir combien garde la section ou coordination ou combien doit gérer le Bureau national, tout en sachant que le fonctionnement du syndicat est très important. Il faut régler la question du comment, on élit les bureaux des coordinations. Il faudra harmoniser cette élection. Comment aussi impliquer la gestion centrale du syndicat les responsables de coordinations. Jusqu’à aujourd’hui, il y a le Bureau national et les sections ; maintenant nous allons ajouter une autre instance qui va s’appeler le Secrétariat national. Il va regrouper les membres du bureau national dans une formation plus réduite. On proposera un effectif de 16 personnes au lieu des 21 habituels, en plus des coordonnateurs des campus qui seront membres de droit du Secrétariat national. Il se réunira trimestriellement, tandis que le bureau national continuera à se réunir mensuellement tel qu’il le fait actuellement. C’est fondamental. Il y a aussi d’autres questions, notamment la protection des œuvres du Saes : archives écrites, audiovisuelles entre autres, stabiliser le logo et les couleurs du Saes. Il nous faut une reconnaissance à travers certains instruments. Tout enseignant du supérieur devrait prendre sa carte du Saes, ne ce serait que du fait qu’il va profiter des fruits des combats du SAES.
J’interpelle aussi les étudiants, souvent manipulés, qui insultent les enseignants. Les étudiants doivent beaucoup au Saes qui a combattu une recommandation de la Banque mondiale qui imposait que le Bac ne serait plus le sésame pour entrer à l’université. Elle voulait que les nouveaux bacheliers fassent des tests d’entrée. Nous avions dit non à l’époque pendant que le gouvernement d’Abdou Diouf était à genou. Il a fallu que le Saes soit debout pour qu’on ne tombe pas dans les travers. Si cette mesure de la Banque mondiale était effective, beaucoup de ces étudiants ne seraient pas là en train d’insulter les enseignants. Je tiens à le dire. Nous gérons aussi le BAC. Nous savons que dans les meilleurs résultats du Bac, il n’y a pas 15% de bacheliers qui passent au premier tour. Tout le reste est repêché pour le second tour. Les étudiants doivent du respect aux enseignants du supérieur, notamment aux membres du Saes.

Quelles sont vos principales motivations du thème retenu pour le 12ème Congrès ?

Le thème retenu pour cette 12ème édition est : «la carte universitaire nationale : pertinence, équité et mise en œuvre». Nous comptons l’organiser comme une activité avant l’événement du Congrès. Le Congrès sera riche. Nous ne comptons pas mettre tout dans les trois jours. Nous allons échanger sur le thème le jeudi 28 juillet. Nous allons le tenir hors du cadre universitaire. Mary Teuw Niane, actuel ministre, a été le président de la Commission de la carte universitaire du temps du ministre Moustapha Sourang à qui je rends hommage. Il a été un Recteur, puis ministre d’un humanisme extraordinaire. Il avait un esprit d’ouverture et de partage élevé. Cette carte universitaire à l’époque considérait Dakar et Saint-Louis comme des universités-mères. Bambey et Ziguinchor étaient désignés pour être des Centres universitaires régionaux. Thiès devait être une université polytechnique et avoir comme socle l’Ecole polytechnique de Thiès, l’Ecole nationale supérieure d’Agriculture et l’Ecole nationale des cadres ruraux. On devait ajouter des UFR qui avaient trait aux problèmes miniers. C’était une excellente chose. Vous voyez comment les choses ont été dévoyées. Il est important de faire l’historique de la carte universitaire et de dégager les perspectives. Nous invitons le ministre pour participer aux débats en tant qu’ancien président de cette commission. C’est un thème très central.

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