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SEYDOU GUÈYE SUR LE DÉBAT AUTOUR DE LA STRATÉGIE DE BENNOO EN VUE DE LA PRÉSIDENTIELLE : «Une transition de trois ans est un schéma d’apprenti-sorcier qui pourrait bloquer inutilement le pays»

L’Alliance pour la république (Apr) est foncièrement contre une transition de trois ans.Et il a d’ailleurs marqué son désaccord total par rapport à cette idée lors du séminaire de Bennoo Siggil Senegaal du 28 mai dernier. À la veille de l’important conclave de ladite coalition, son porte-parole, Seydou Guèye, explique les véritables raisons qui motivent leur opposition à un tel projet. L’ancien responsable du Parti de la réforme (Pr) aborde également d’autres questions d’actualité.

L’Apr a toujours déclaré son option pour les candidatures plurielles. Où en êtes-vous avec Bennoo depuis le séminaire du 28 mai dernier ?

Bennoo nous sommes, Bennoo nous resterons. Nous avons marqué notre accord chaque fois que les propositions nous ont semblé positives et utiles au pays. Il en est ainsi des orientations programmatiques et de l’architecture institutionnelle avec quelques réserves évidemment. Pour nous, s’ouvrir aux autres ne veut pas dire perdre son identité, autrement ce serait même suspect. Mais enfin, le débat sur la candidature est derrière nous, puisqu’il a été tranché par Bennoo sans être posé véritablement lors du séminaire du 28 mai 2011. Mais en réalité, si vous observez bien les choses, il y a une pluralité de candidatures, mais celles-ci ne sont pas concertées, avec des pôles qui portent chacun le label Bennoo, avec des options relativement différentes. L’Apr a une position connue de tous, une option pour les candidatures plurielles de l’unité avec un regroupement systématique au second tour derrière le candidat de l’opposition arrivé premier. Cela nous semble la solution attendue par les populations et une expérience vécue par elles en 2000 et qu’elles souhaitent rééditer en 2012. En procédant de la sorte, on s’interdit de choisir à la place des citoyens sénégalais, seuls souverains en la matière, le président de la République qu’ils souhaiteraient élire en 2012, et l’on règle en même temps les équations de l’unité et du rassemblement, éléments déterminants de toute stratégie électorale gagnante.

Vous parlez d’unité et de rassemblement, alors qu’il y a une dispersion des forces de l’opposition avec la naissance de Bennoo Alternative 2012. En outre, l’Apr n’a pas signé la résolution du 28 mai qui porte sur la candidature de l’unité et du rassemblement et sur une transition de 3 ans…

L’Apr a marqué lors de ce séminaire son désaccord total sur l’idée d’une transition à trois ans qui nous semble une fausse réponse à la vraie question de la refondation des institutions de la République. Une transition de trois ans, portée par un faux président, qui n’est fondée que sur un accord entre parties, peut même se révéler fondamentalement inconstitutionnelle. Un schéma d’apprenti-sorcier qui pourrait bloquer inutilement le pays au détriment de la prise en compte urgente des souffrances collectives. Ceux qui l’ont adopté devront convaincre les Sénégalais de la pertinence du schéma et honorer leur signature. Ce n’est pas l’option de l’Apr, qui ne change pas ses positions au gré des circonstances. Mais cela ne modifie en rien notre engagement résolu et déterminé dans Bennoo pour lutter ensemble, défendre la République et la démocratie dans notre pays, gagner et gouverner ensemble. Maintenant, vouloir réduire la question de l’unité et du rassemblement à la séduisante, mais difficile approche de la candidature unique serait d’une grande méprise politique. L’idée d’une candidature unique me semble un très mauvais opérateur pour le rassemblement populaire dont l’opposition a besoin pour redonner le moral aux Sénégalais et construire un meilleur avenir pour le pays. Je pense que nous avons encore et toujours les moyens de construire le rassemblement de l’opposition attendu par nos concitoyens, mais à la condition de s’éloigner du dogmatisme, des certitudes closes et des inutiles manœuvres politiciennes.

Bennoo tient samedi un séminaire qui sera déterminant quant à son avenir. N’est-il pas celui de tous les dangers ?

Je ne le crois pas, car je reste convaincu qu’une intelligence collective et l’impératif patriotique devraient nous permettre de conjurer les démons de la division. C’est ce que j’espère, en tout cas.

Macky Sall, candidat de l’Apr ou à la tête d’une coalition ?

L’avenir nous édifiera. Pour l’instant, nous travaillons aux conditions qui devraient permettre l’épanouissement de sa candidature. Une candidature qui contribuera sans aucun doute à débarrasser le Sénégal du pouvoir finissant de Wade et de ses alliés.

Des révélations de Robert Bourgi font état du financement de la campagne de Jacques Chirac en 2002 par des présidents africains, dont celui du Sénégal. Quel commentaire en faites-vous ?

C’est quelque chose de très grave, si les déclarations de Robert Bourgi sont avérées. Mais en attendant d’être édifié, il faut souligner que de telles pratiques ne nous surprennent plus dans le cadre de la Françafrique, à laquelle il faut mettre un terme. En tout cas, les Sénégalais attendent des réponses plus édifiantes que les dénégations du camp présidentiel ou les communiqués de pure forme servis pour la circonstance. Mais l’un dans l’autre, cela prouve l’archaïsme du Président Wade dont la page est résolument close par l’immense majorité du peuple sénégalais depuis le 23 juin dernier.

La candidature du président de la République est l’objet d’une vive polémique dans le pays. Tout le monde est suspendu à la décision du Conseil constitutionnel…



Il faudra juste remarquer que Wade, lors de sa sortie du 14 juillet 2011, a mis le Conseil constitutionnel entre parenthèses en déclarant que «seul Dieu pouvait l’empêcher d’être candidat en 2012». Ce problème n’est donc pas d’ordre juridique, il est politique et éthique. C’est la parole d’un homme contre l’esprit et la lettre de la Constitution, un débat inacceptable en République. Wade sait mieux que tout le monde, qu’il est disqualifié pour un troisième mandat, par notre Constitution qui, par la volonté et l’engagement de Wade, lui-même, a limité le nombre de mandats à 2. Il s’en est par ailleurs glorifié au moins à 3 occasions. La première fois en mars 2000, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique N°2046 du 23 mars au 3 avril 2000, avant qu’il ne prête serment comme président de la République nouvellement élu, où il s’engageait à ramener la durée du mandat du président de la République à 5 ans et à limiter le nombre des mandats à 2. Une deuxième fois, au lendemain de sa victoire en février 2007 où il s’est glorifié d’avoir verrouillé la Constitution, ce qui l’empêche d’être candidat en 2012. Et une troisième fois, lors de la modification de la Constitution qui ramenait la durée du mandat à 7 ans, quand il affirmait qu’il travaillait pour son successeur. Par conséquent, la conviction constante de Wade en la matière est l’impossibilité de sa candidature pour un troisième mandat, jusqu’à ce qu’il découvre le «Wax waxeet». Et d’ailleurs, lors du dernier séminaire du M23, d’éminents constitutionnalistes sénégalais ont bien démontré qu’il n’y avait aucune difficulté d’ordre juridique sur ce sujet.

Propos recueillis par Barka Isma BA

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