23 avril, 2014
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SISTER THIABA ANIMATRICE A WALF « La promotion Canapé est une réalité du métier »

SISTER THIABA ANIMATRICE A WALF « La promotion Canapé est une réalité du métier »

Il était midi, lorsque le réceptionniste du groupe Walfadjri nous annonçait au rendez-vous, fixé, la veille, avec l’animatrice de «Takkander», une émission de Walf tv, pour une interview. Sister Thiaba, de son vrai nom Thiaba Dramé, emmitouflée dans une chemise vert-menthe comme ses chaussures haut talon cassées par un jean noir qui épousait bien ses hanches de gazelle, se matérialisa, tout sourire, devant vos serviteurs. Cette jeune fille, scientifique à l’école, n’en finit de s’étonner d’avoir atterri dans ce métier où tous les coups et tentations sont permis. Confessant préférer ses valeurs à la «starmania», elle ne nie pas le recours, dans l’exercice du métier, à «la promotion canapé».

Entretien

Qui est Thiaba Dramé?

Une personne de très simple qui est née et a grandi à la Médina, rue 11 et où elle est revenue après un passage scolaire – CI et CP- aux Hlm. Thiaba a fait le reste de son cursus scolaire à l’école Alassane Ndiaye dit Alou.



Quel est votre niveau de scolarité?

J’ai fait mon cursus Moyen au Cem de la Médina, avant de suivre des cours secondaires scientifiques –série S2- au Lycée John Fitzgerald Kennedy. N’ayant, malheureusement, pas pu décrocher mon baccalauréat, vu la délicatesse de cette série, avec des coefficients élevés, j’ai dû me résoudre à suivre une formation en Informatique, à Iseg et, pour rester fidèle à ma vocation scientifique, une autre en Comptabilité. Têtue, je me suis encore essayée au bac, en candidature libre mais, le Bon Dieu en a décidé autrement.

Que fait une scientifique dans l’animation ?

Bien avant l’animation, j’ai titillé le métier d’hôtesse, lors de la Semaine Nationale de la jeunesse, en 1997 et en 1999. J’étais encore à Kennedy, ma noirceur, ma démarche et ma voix, en avaient subjugué plus d’un. Et, avec le recul, je me dis que ces atouts dans mon métier d’hôtesse, continuent de me servir en tant qu’animatrice, même si j’y suis comme un ovni. Mes cours facultatifs de musique au collège m’ont aussi, servie.



Mais, pourquoi une telle reconversion?

Je vais être fataliste et voir cela comme mon destin. Petite, je me prédestinais, fan de feu mon père qui était comptable, Directrice de Banque. À mes débuts dans l’animation, je me surprenais à bénir mes cours de musique à l’école. Mais, on peut relativiser le terme reconversion car, j’ai très tôt, titillé le micro: j’ai lu le premier discours sur le Sida, en 1989, à l’école primaire. Ma voix passait sur Radio Sénégal de même que mon image à la télévision nationale. Donc, je ne suis pas, tant que ça, en terre étrangère, dans l’animation.



Depuis quand avez-vous intégré ce métier?

Entre 2001 et 2002. J’ai démarré à Sokhna Fm grâce à une opportunité que m’avait offert Ben Basse Diagne, avec à l’époque, Edouard Adama Bou Diol Coumba, comme Directeur des programmes. J’étais toute timorée, mais ma formation en Informatique a été un atout dans mon dossier de candidature. Je suis restée des mois sans passer ni à la radio ni à la Mosaïque. Mais, je considère Dunya comme une école de formation où en plus de l’animation, je m’essayais à la technique. Amdy Mustafa, à travers son émission de Jazz, «Maxi vibes», a, été une étape difficile de débutante, mais je me suis adaptée.



Qu’est-ce qui a le plus marqué Thiaba?

Je ne saurais trop m’en souvenir, mais je puis vous assurer que c’est un métier très éprouvant. Des actifs dans l’animation vous feront part de l’impératif de devoir passer par des chemins occultes, pour devenir stars. Mais, je rétorquerais aux partisans de «la promotion canapé: Ndlr» que vouloir me faire un nom, dans le milieu, ne me poussera jamais à de telles bassesses! Même étant native de la Médina, je n’ai été dans une boite de nuit, que lorsque je suis devenue animatrice. En tant qu’animatrice, je ne vais en boite que si une émission m’y résoud.



Vous confirmez donc la réalité de la promotion canapé…

Bien sûr! Pour celles qui ne donnent aucun crédit à la dignité. Mais, il faut dire que j’ai atterri, dans le métier, presque par inadvertance. Certaines animatrices ont été, d’abord, auditrices des stations radios. Et, chaque fois qu’une fille cherche à intégrer le métier, je lui conseille courage, abnégation et lucidité car, le chemin de la réussite y est truffé d’embuches. J’aurais fait autre chose, si c’était à refaire. Parfois, certains prédateurs demandent aux animatrices ingénues de les retrouver chez eux ou à leurs lieux de travail, à des heures insoupçonnées. La facilité est un mauvais argument, dans ce métier. L’animation est noble; on y soigne son image, y pèse ses mots. C’est un lieu d’expression de sa personnalité et, dès lors, l’éducation de base y apparait.



Que dire des relations avec vos collègues à Walf?



Nous entretenons d’excellentes relations avec de la complicité. J’ai connu Maty bien avant Walfadjiri. Je l’appelais Maty et carré.com par ce qu’elle était dans une imprimerie qui portait ce nom. J’ai de bonnes relations dans les autres stations. J’ai la réputation d’être l’amie de tout le monde. Mais je tiens à mes principes et je sais me faire respecter.

Toutes les animatrices le disent, alors que…

C’est la marque de l’hypocrisie et de la fausseté. Mais, tout cela n’est plus important car, je vais bientôt quitter ce métier.



Pour quelle raison?

Les durs sacrifices que cela demande et que tout a une fin. Je me donne entièrement à ce métier et c’est très éprouvant.



On vous croise souvent sur le théâtre des reportages; le journalisme vous attire?



Peut-être bien, c’est une probabilité. Aissatou Diop Fall, de même que Pape Cheikh Sylla me l’ont suggéré. Mais, je ne suis pas trop littéraire et je me sens bien dans l’animation. Mieux, un animateur doit avoir des talents journalistiques pour informer auditeurs et téléspectateurs.



Thaba côté cœur?

Encore célibataire. Puisse le Tout-puissant m’aider à trouver le bon homme.



On vous stigmatise trop exigeante…

Je me méfie juste des trompeurs que j’éconduis, gentiment mais, fermement. Toutefois, on ne peut chasser son mari; le moment venu, l’union sera scellée.

Propos recueillis par Khary DIENE & Yandé DIOP