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SITUATION DE L’ÉCOLE La responsabilité historique des Socialistes

Lors de la réunion de leur Secrétariat Exécutif National (SEN), les Socialistes, par la voix autorisée de Me Moussa Bocar Thiam, invitent l’État à sanctionner les enseignants grévistes, d’abord pour soutenir indubitablement leur camarade Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Éducation nationale, et ensuite manifester un loyalisme partisan à Macky Sall. La sortie diplomatique de Tanor pour assouplir la position du PS est louable. Mais les Socialistes ont une lourde et historique responsabilité dans la situation actuelle de l’École qui a commencé son déclin sous leur magistère. L’histoire rend bien compte, derrière les sanctions qu’ils conseillent, d’un esprit politicien aux effluves totalitaires, un esprit incapable de regarder le rétroviseur pour bien participer à l’accélération de la cadence.
Quand il fut pendant des décennies au pouvoir comme aujourd’hui où il y est associé, le Parti socialiste (Ps) a toujours été et un appareil partisan qui ne solutionne les problèmes que par des mesures impopulaires, unilatérales et parfois despotiques. L’une des preuves de cette tendance est la position qu’il vient d’adopter devant la situation actuelle du système scolaire, par la voix de son Porte-parole adjoint, Me Moussa Bocar Thiam.

L’École dont ils ont la charge est minée par un bouillonnement social. Son Secrétariat Exécutif National (SEN) invite l’État du Sénégal, face aux blocages, non à trouver une solution adéquate de sortie de crise, mais à brandir le bâton contre les syndicats d’enseignants parce que considère-t-il, « aller en grève et percevoir son salaire est inadmissible ».
Cette position mobutesque illustre la véritable identité d’un parti qui se proclame socialiste mais qui adopte, depuis des décennies, des positions totalement en déphasage avec les valeurs et les principes du socialisme, de la social-démocratie et du socialisme démocratique.

La culpabilité des Socialistes

Les Socialistes, particulièrement ceux du régime Diouf, ont une responsabilité historique sur la crise et le désastre dans lequel se trouve l’Éducation nationale.
Abdou Diouf a succédé, le 01 janvier 1981, à Senghor dans un contexte délicat marqué par une situation nationale obscure et par les séquelles sociales de la crise globale de 68. Paradoxalement, le mot d’ordre de son nouveau régime à « désenghoriser » était essentiellement axé sur les impératifs du développement économique, de l’unité nationale à conserver et de l’édification d’un État fort. Et seuls les secteurs dits productifs ont été privilégiés dans les investissements et la mobilisation des énergies.

Mais la situation de l’École était telle qu’Abdou Diouf s’est vu dans l’obligation de convoquer des États Généraux de l’Éducation et de la Formation (EGEF) pour instituer une École nouvelle qui s’inscrit dans une dynamique de stabilité et de progrès. Ces EGEF, dont les travaux et les conclusions ont été novatrices, ont amené l’excellent ministre de l’Éducation nationale d’alors, Iba Der Thiam, à créer une Commission Nationale de Réforme de l’Éducation et de la Formation (CNREF) dont la mission fut « d’exploiter les conclusions, propositions et recommandations des États Généraux de l’Éducation approuvées par le Gouvernement en vue de leur exploitation concrète ».

La volonté d’Iba Der Thiam, Ministre de 1982 à 1988, était de créer une excellente École de quantité et de qualité. Mais tout a fini par être saboté. L’excellente Loi d’Orientation bien élaborée par ces États Généraux n’a jamais été promulguée par les Socialistes en raison d’une conception hautaine et despotique de l’Autorité.
Non seulement ils ont montré leur asthénie à mettre l’Éducation nationale sur une bonne orbite, mais ils l’ont déstabilisée et déstructurée avec une spirale de pseudo-réformes inefficaces, unilatérales et totalitaires.

Pire, face aux saturnales de crises scolaires et universitaires, les Socialistes n’ont jamais eu la présence d’esprit de s’inscrire dans une dynamique de recherche concertée de solutions réalistes parce que ne supportant ni la contestation, ni les divergences.
Iba Der Thiam a vu toutes ses initiatives et la Loi d’orientation qu’il avait conçue être barbouillées par les Socialistes, particulièrement par leur vice-dieu politique de l’époque, Jean Collin, alors puissantissime Secrétaire général de la Présidence de la République.

Plus grave, le Sénégal s’est retrouvé avec les Socialistes avec un système éducatif claudicant et incapable d’évoluer au rythme des exigences de développement et des bouleversements sociaux. C’est sous leur régime que les Écoles normales régionales et l’École normale supérieure ont perdu toute leur force d’avant-garde.

C’est avec les Socialistes que la dégradation de la qualité pédagogique de l’École a commencé avec les résultats catastrophiques aux examens nationaux, la baisse monstrueuse du niveau des élèves à cause des classes à double flux totalement avilies par une débile politique et le recrutement sans aucune formation normalienne de volontaires et de vacataires qui, ne disposant pas de génie pédagogique, n’ont jamais pu utiliser des méthodes didactiques pour donner à l’élève des moyens d’apprendre à apprendre et à être capable de créer les conditions de son épanouissement.
À cela, s’ajoute une dévalorisation de la fonction enseignante, sous les Socialistes. Leur État a plus recruté des personnes qui agissent pour gagner d’insignifiants salaires que des pédagogues qui enseignent. Aujourd’hui, même quand un instituteur ou un élève ou même un étudiant, s’exprime, c’est un désastre, signe édifiant de la situation de l’École.

Et l’Éducation nationale revient encore aux Socialistes

Abdoulaye Wade, en accédant au pouvoir, a hérité d’un système éducatif dans un sombre état qu’il a voulu remettre dans une situation nouvelle. Mais le déclin semblait et semble encore irréversible à cause des multiples maladies dont souffre ce mammouth qu’est l’Éducation nationale. Il a trouvé, en elle, une plaie immense et saignante difficile à soigner.

Les syndicats d’enseignants sont nombreux et ne font cadeau à aucun État pour une revalorisation de la fonction enseignante et l’amélioration de leurs conditions de travail.

Certes, leurs revendications ont toujours été légitimes. Mais elles sont permanemment inscrites dans une fermeté et un radicalisme qui porte préjudice à la Nation.

Mais si les Socialistes avaient réussi durant leur règne à bâtir une École nationale stable, novatrice et démocratiquement administrée avec un esprit d’avant-garde et d’anticipation, ils n’allaient jamais laisser au Sénégal un système éducatif dans un état si désastreux qu’il est impossible même d’apporter des solutions en raison du contexte national et des priorités.
Wade a consenti beaucoup d’efforts. Il faut le lui reconnaitre. Mais le problème est resté et reste encore entier parce que les maux sont nombreux, profonds et historiques, une historicité qui renvoie bien aux Socialistes.

Aujourd’hui, Macky Sall a eu l’intelligence politique, à la faveur de leur quota gouvernemental, de donner aux Socialistes l’Éducation nationale, ce Ministère à problèmes, des problèmes dont ils sont eux-mêmes les premiers responsables.

Pourtant, l’actuel Ministre socialiste, Serigne Mbaye Thiam, est un homme intelligent, clairvoyant et sagace à l’esprit cultivé et pétillant. Mais il a le défaut d’une personnalité politique radicale, intransigeante et extrêmement sûre de ses certitudes. Sa décision de défier l’autorité judiciaire, un acte grave que Macky Sall a béni juste par loyauté politique, en donne une parfaite illustration.

Juste qu’ici, Serigne Mbaye Thiam n’a pas réussi à stabiliser le système éducatif. Un dialogue avec lui est une confrontation et non un moyen de recherche concertée de solutions aux problèmes. Sa méthode ne s’accommode d’aucun esprit de coopération, de dialogue et d’ouverture, un esprit avant-gardiste qui, dans un système démocratique, n’exclut quand même pas les divergences.

Autant les enseignants devraient être appelés à plus de souplesse et d’esprit patriotique, autant l’État a une lourde responsabilité. Cette responsabilité est assumée par le Socialiste, Serigne Mbaye Thiam, qui comprend mieux que quiconque la définition que son camarade Lionel Jospin donne à sa charge ministérielle : «  L’Éducation est le berceau de la République », enseigne l’ancien Premier ministre français. Mais Serigne Mbaye Thiam donne-t-il à cette belle vision de l’Éducation toute sa signification dans sa gestion du Ministère ? Voila la question.

Pape Ndiaye

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