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Soixante ans de stars, de scandales et de chefs d’oeuvre à Cannes

De «La bataille du rail» à «Indigènes», de Michèle Morgan à Penelope Cruz, quelques-unes des plus belles pages du cinéma ont été écrites au Festival de Cannes.

Source: Liberation.fr
1939: «Le Bossu de Notre-Dame» ouvre ce qui devait être le premier «Festival international de Cannes», le 31 août.

A l’origine de l’événement avec le soutien du ministre à l’Education et aux Beaux arts Jean Zay, le diplomate Philippe Erlanger souhaite faire pièce à la Mostra de Venise, devenu un outil de propagande fasciste qui vient de couronner le documentaire allemand «Les Dieux du stade» de Leni Riefenstahl.

Mais l’Allemagne envahit le lendemain la Pologne, la guerre est déclarée et le festival de Cannes annulé.

1946: Diplomatie oblige, le «vrai» premier festival de Cannes (20 septembre/5 octobre) couronne onze films, un par pays représenté, dont déjà plusieurs chefs d’oeuvre, comme «Rome ville ouverte» de Roberto Rossellini qui inaugure le style néo-réaliste. «La bataille du rail» de René Clément plonge le Festival dans le combat encore si récent de la Résistance française.

1948: pas de Festival, faute de financement dans une France qui commence tout juste à se reconstruire. Idem en 1950.

1954: Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Rossana Podesta font tourner les têtes et ancrent le mythe de la beauté sensuelle italienne.

Robert Mitchum se fait piéger lors d’une séance photo en serrant une starlette britannique aux seins nus, Simone Silva. Le sulfureux acteur américain se remettra de la polémique suscitée par les clichés, mais pas la pin-up, expulsée de Cannes, harcelée par les ligues de vertu, et qui se suicidera trois ans plus tard.

1955: Trois ans après avoir succombé à Marlon Brando dans «Viva Zapata», Cannes découvre James Dean dans «A l’est d’Eden» le film d’Elia Kazan qui rate de peu la première «Palme d’or» décernée par le Festival, à la place du «Grand Prix».

Invitée d’honneur du Festival, Grace Kelly fait la connaissance, lors d’une visite de la Principauté voisine, du Prince Rainier, qu’elle épousera un an plus tard.

1956: le documentaire d’Alain Resnais sur les camps de concentration, «Nuit et brouillard», est retiré de la sélection sur l’insistance de la délégation allemande.

Le réalisateur français subira la même mésaventure en 1959, avec le retrait de la sélection de «Hiroshima mon amour» à la demande des Américains, dans un Festival alors contraint de composer avec les gouvernements.

Les photographes, eux, s’intéressent surtout à Kim Novak, qui émeut jusqu’au jeune critique radical François Truffaut, et à Brigitte Bardot, qui tourne cette année-là «Et Dieu créa la femme».

1959: Couvé par Jean Cocteau, flanqué d’un adolescent du nom de Jean-Pierre Léaud, François Truffaut, 28 ans, fait l’événement à Cannes avec «les 400 coups», qui obtient le prix de la mise en scène. Premier ministre de la Culture à se rendre au Festival, André Malraux célèbre «la merveilleuse fraternité des images de la terre heureuse et de la terre sanglante ou menacée».

1960: une des plus mémorables années à scandale de l’histoire de Cannes. Des rixes opposent les spectateurs conquis ou hostiles au récit déconstruit de «L’avventura» d’Antonioni, et des sifflets accueille la Palme d’or attribuée à «La dolce vita» de Fellini.

1968: les événements de mai 68 «débordent» à Cannes. François Truffaut et Jean-Luc Godard s’accrochent au rideau de la scène pour empêcher la projection d’un film. Le réalisateur de «La Chinoise» interpelle les festivaliers: «moi je vous parle solidarité avec les ouvriers qui occupent les usines Renault et vous me répondez travelling et gros plans». Dans la cohue générale, le Festival est contraint de clore le 19 mai, cinq jours avant son terme.

Milos Forman, venu à Cannes présenter un film au titre de circonstance, «au feu les pompiers», sera bloqué en France par la répression soviétique du Printemps de Prague, et ira poursuivre sa carrière aux Etats-Unis.

1973: Nouveaux scandales après les projections de «La grande bouffe» de Marco Ferreri et de «La maman et la putain» de Jean Eustache. Cannes reflète les soubresauts des années 70: intervention violente des CRS lors d’une projection hors compétition d’un film pro-avortement, «Histoire d’A», en 1974. Un mystérieux poseur de bombe décède dans l’explosion de son engin l’année suivante. En

1976, le très cru «Empire des sens» de Nagisa Oshima, découvert par la Quinzaine des réalisateurs, fait courir tous les festivaliers.

Deux ans plus tard, un culturiste, venu présenter dans l’indifférence générale un documentaire sur sa pratique, s’efforce d’attirer l’attention sur la plage en bombant les pectoraux: Arnold Schwarzenegger.

1980: la direction du Festival — Robert Favre Le Bret, et, depuis 1978, Gilles Jacob — multiplie les subterfuges pour pouvoir projeter l’hallucinant «Stalker», d’Andrei Tarkovsky, au nez et à la barbe des Soviétiques. Les bobines arrivent sous un nom d’emprunt, le projectionniste est enfermé dans sa cabine, et la délégation soviétique furieuse sera promenée d’un bout à l’autre de la Croisette pour laisser la projection aller à son terme.

1981: Palme d’or pour «L’homme de fer» du Polonais Andrzej Wajda, dont «L’homme de marbre», sur la naissance du syndicat Solidarité, avait déjà fait sensation en 1978

1987: Lady Diana vole la vedette à toutes les actrices à Cannes. La dernière Palme d’Or décernée à ce jour à un film français revient à Maurice Pialat pour «Sous le soleil de Satan». «Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus», lance le réalisateur à la partie de la salle qui siffle copieusement sa récompense.

1998: Il n’a obtenu pour «La vie est belle» que le Grand prix, et pas la Palme d’or qui lui paraissait promise. Mais Roberto Benigni transforme cette demi-déception en triomphe, en parcourant les travées et en multipliant les embrassades, y compris au malheureux président du jury Martin Scorsese, au comble de l’embarras.

1999: une mémorable bronca accueille les choix radicaux du jury présidé par le Canadien David Cronenberg: la Palme à «Rosetta» des frères Dardenne, trois prix à «L’Humanité» de Bruno Dumont, et seulement un accessit pour «Tout sur ma mère» d’Almodovar, chouchou de Cannes.

2004: un an après le début de la guerre en Irak, le jury présidé par Quentin Tarantino attribue la Palme d’or à «Fahrenheit 9/11», charge anti-Bush signée Michael Moore. La Maison Blanche encaisse ce «missile de Croisette» (dixit le quotidien Libération) en y voyant une preuve de la vitalité de la liberté d’expression aux Etats-Unis.

C’est le clou d’une édition pas comme les autres, perturbée par les manifestations d’intermittents… et par une grève du personnel du palace Carlton.

2006: Triomphe public et prix d’interprétation collective masculine pour «Indigènes», de Rachid Bouchareb, qui honore le rôle des soldats des colonies françaises pendant la seconde guerre mondiale

(sources: «Le roman du Festival de Cannes», Ed du Rocher, «Festival de Cannes, 60 ans d’histoire» Ed Backstage/Auzou, «En haut des marches, le cinéma» Ed Les carnets de l’info)


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